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[Formation | Emploi]
Survivre à la fin des vacances
Déprime saisonnière
par Marie-Eve Cousineau
On est à peine revenu de vacances qu'on rêve déjà aux suivantes. De retour au travail, comment reprendre le collier en douceur?
Pour ses 40 ans, Louise, une infirmière en santé et sécurité au travail, a reçu tout un cadeau de la part de son conjoint : un premier voyage en Europe. Paris, Nice, Venise, Rome... Pendant deux semaines, le couple a dormi dans des hôtels quatre étoiles, a bu du bon vin et s'est régalé de spécialités locales. «J'étais sur un high, raconte Louise. J'ai décroché complètement.»
De retour au bureau, Louise n'avait évidemment pas la tête au boulot. Pendant deux semaines, l'infirmière a broyé du noir. «La nuit, je rêvais que j'étais en Europe», dit-elle. En fait, elle souffrait du syndrome postvacances, une période généralement passagère caractérisée par un manque d'enthousiasme face au travail.
«Le blues du retour de vacances ressemble à celui du dimanche», constate Marie Claude Lamarche, psychologue spécialisée dans le domaine du travail et fondatrice de Lamarche Cabinet-Conseil. «Le week-end est terminé, on revient à la réalité en se disant qu'on en aurait bien pris un de plus! C'est un sentiment normal.»
Cette nostalgie peut durer quelques semaines, d'après Nicolas Chevrier, psychologue du travail chez Services psychologiques Séquoia. «On pense à nos vacances et on se rappelle qu'on était bien», précise-t-il. C'est donc avec un pincement au coeur qu'on retourne au bureau, même si on est reposé et heureux de notre congé. «Plus nos vacances ont été satisfaisantes, plus cela nous permet de revenir au travail avec entrain et aplomb», croit pour sa part la psychologue Marie Claude Sauriol, qui possède son propre cabinet. «Tout cela dans la mesure où on a la chance d'avoir un travail qu'on apprécie.»
Une chance qui n'est pas donnée à tout le monde. La psychologue Marie-Andrée Durocher rapporte que 20 % des gens sont généralement insatisfaits au travail. «Et 60 % des travailleurs sont partiellement heureux, c'est-à-dire qu'ils ont des frustrations à des degrés divers», ajoute-t-elle. Pour certains travailleurs, les vacances et les journées de congé représentent ainsi de véritables bouées de sauvetage auxquelles ils s'accrochent tout au long de l'année. «Ces gens rêvent d'être toujours en vacances, dit Marie-Andrée Durocher. Leur retour au travail est très frustrant.»
Pour ces malheureux, le blues postvacances frôle la déprime. En fait, il est symptomatique d'un malaise ou d'un problème au boulot, comme des conflits avec un collègue ou une surcharge de travail. Quant aux bourreaux de travail ou aux personnes qui occupent un emploi très stressant, ils sont parfois incapables de revenir, indique Marie Claude Lamarche. Habitués de fonctionner sur l'adrénaline, ils s'effondrent carrément lorsqu'ils prennent finalement le temps de s'arrêter.
D'après la psychologue, des vacances assez longues (environ trois semaines) permettent de prendre du recul et de réfléchir, par exemple, à son avenir professionnel. Louise et son conjoint, eux, ont effectué une véritable prise de conscience après leur voyage en Europe. Le couple, ensemble depuis 24 ans, a tout à coup réalisé que de façon générale, il dépensait et consommait beaucoup. «Pourquoi est-ce que cela prend tout cela pour décrocher? se questionne l'infirmière. Quand on étudiait à l'université, on vivait dans un deux-pièces et on était heureux.»
Un retour mollo
Mais comment reprendre le collier quand on est encore en mode «vacances»? D'abord, il ne faut pas s'attendre à soulever des montagnes durant la première journée de travail, voire au cours de la première semaine. «Dans toute situation d'adaptation, il est normal d'avoir une baisse de productivité, remarque Nicolas Chevrier. Lorsqu'on revient de vacances, on est plus détendu.» Dans les semaines qui suivront, les travailleurs seront de toute façon plus productifs - à moins qu'ils se soient épuisés à rénover la maison ou à courir ici et là pendant leur période de repos.
Afin de rentrer en douceur, Nicolas Chevrier conseille de planifier des activités (du sport ou des hobbys), des rencontres ou des soupers entre amis au retour. C'est alors l'occasion de partager les souvenirs de voyage. Prendre le temps de saluer ses collègues et de discuter avec eux est aussi bénéfique, d'après Marie Claude Sauriol. «Plus on travaille dans un milieu où le contact humain est présent, plus cela produit un effet positif sur notre journée et notre bien-être», rappelle-t-elle.
Tous les travailleurs ne peuvent cependant pas s'accorder ces quelques minutes. Une tonne de dossiers trônent parfois sur leur bureau. «C'est une source de stress épouvantable, déplore Marie Claude Lamarche. Dans un monde idéal, il faudrait que le travail ait été fait durant les vacances.»
Luc Brunet, professeur au Département de psychologie de l'Université de Montréal, note que certaines organisations prévoient des remplaçants pour les périodes de vacances. «Le problème, c'est que l'on fait souvent appel à des gens non formés, comme des étudiants», observe le spécialiste en gestion des ressources humaines. «On doit donc réparer les pots cassés au retour.»
Devant un tas de problèmes, surtout, pas de panique. Le sort de l'entreprise ne repose pas sur les épaules d'un seul employé. «On doit se dire qu'on n'a pas la maîtrise absolue de ce qui se passe», dit Marie Claude Lamarche. Et pourquoi ne pas prendre quelques minutes pour rêver à nos prochaines vacances...
Pour éviter le chaos
Les dossiers se sont accumulés sur le coin de votre bureau, votre boîte vocale est pleine et des centaines de courriels (ou pourriels) ont pris d'assaut votre boîte de courrier électronique. Vous venez de mettre les pieds dans l'entreprise que, déjà, des collègues vous sautent dessus comme des lions sur de la viande crue. Autrement dit, c'est le chaos. Comment l'éviter?
En préparant son retour... avant de partir en vacances! répond Ann Searles, présidente d'IBT Canada/Caraïbes, une firme-conseil destinée à rendre plus efficaces et plus productifs cadres, gestionnaires et professionnels. «N'acceptez pas, autant que possible, de rendez-vous ou de réunions durant les deux jours précédant votre départ, dit-elle. Car aussitôt qu'on saura que vous partez en vacances, les gens vous tireront à droite et à gauche.» En plus de répondre à des demandes diverses, on doit alors boucler certains dossiers importants. Ann Searles conseille aussi de se réserver la même période de temps au retour, alors qu'on se retrouvera à nouveau dans le feu de l'action.
Durant la période effervescente du retour au travail, notre bureau doit être en ordre. Faites donc un brin de rangement avant de le quitter pour les vacances, conseille François Gamonnet, fondateur de l'Institut de la gestion du temps, de Longueuil. «Le retour n'est pas le bon moment pour faire du ménage», remarque-t-il. Encore moins de chercher pendant dix minutes des informations que l'on aurait pu trouver en quelques secondes.
Si le fouillis règne au retour, le consultant suggère de se présenter au bureau une journée d'avance pour rétablir l'ordre. Mais si on ne veut pas passer son dimanche chez l'employeur, il vaut encore mieux appliquer au quotidien la méthode TTC (toucher, traiter et classer), souligne-t-il, c'est-à-dire disposer d'un dossier ou d'une information sitôt qu'on en a terminé.
Par ailleurs, si un tas de courriels envahissent la boîte électronique, relève Ann Searles, la plupart des systèmes (dont Outlook) permettent de les classifier de différentes façons, notamment en fonction de l'expéditeur. «On peut donc voir (dans l'objet du message) si une personne nous a écrit 50 fois sur le même sujet», fait-elle valoir. Et on peut supprimer systématiquement les messages de la cafétéria, qui annoncent le menu du jour...
La période de questions
La rentrée et le bilan de carrière
C'est la rentrée, une période tout indiquée pour repartir du bon pied. Seriez-vous mûr pour un bilan de carrière?
par Steve Proulx
La rentrée, cet instant transitoire entre la fin des vacances et le début de l'automne, est un moment idéal pour jeter un coup d'oeil au rétroviseur. Pourquoi ne pas profiter de cette période pour reconnaître vos talents ou dénicher vos ressources insoupçonnées et ainsi donner de nouvelles ailes à votre carrière?
«Souvent, on fait un bilan quand on est mis à pied ou victime d'une réorganisation structurelle, mais on devrait le faire plus régulièrement», dit Edwidge Desjardins, conseillère d'orientation et professeure de développement vocationnel à l'UQAM. Grâce à de petites rétrospections fréquentes, il est plus simple d'effectuer des ajustements en cours de route, plutôt que d'attendre de frapper un mur, et de devoir remettre en perspective l'ensemble de son parcours professionnel.
«Le bilan de carrière est un exercice que l'on fait dans le présent, qui évalue le passé, et qui prépare l'avenir», poursuit-elle. Au-delà du simple historique linéaire de ses réalisations, cet exercice est l'occasion de découvrir ses «arguments de vente» en tant que travailleur et de faire émerger des aptitudes enfouies. «Dans le fond, le bilan de carrière est un rendez-vous que l'on tient avec soi-même», résume Jean Vézina, président de Dotemtex Transition, une firme spécialisée en transition de carrière.
Depuis que de grands mouvements ont transformé le marché du travail - pertes d'emploi liées aux fusions et acquisitions, exportation de la main-d'oeuvre, augmentation des emplois atypiques, etc. -, un examen de carrière régulier s'impose. «Les travailleurs peuvent tous être échangés n'importe quand, poursuit-il. Autrefois, on confiait notre carrière à l'entreprise. Maintenant, c'est l'individu qui doit la gérer lui-même.»
le bilan devrait mener à la découverte de votre véritable identité professionnelle, souvent cachée derrière un titre d'emploi.
Le b-a ba d'un bon bilan
Il n'existe pas de recette miracle pour effectuer un bilan de carrière : chaque démarche est différente. Mais de façon générale, il vous faudra énumérer vos compétences, vos aptitudes, vos talents, ainsi que vos valeurs et vos champs d'intérêt. En fait, le bilan devrait mener à la découverte de votre véritable identité professionnelle, souvent cachée derrière un titre d'emploi.
Chez Dotemtex Transition, les individus sont invités à dresser un bilan en utilisant un outil baptisé le «portefeuille de compétences». «On essaie de regarder ce que la personne a à vendre, combien valent ses compétences et si elle est toujours intéressée à les utiliser dans son travail, dit M. Vézina. La personne se retrouve devant une liste de quelque 500 compétences parmi lesquelles elle peut choisir.»
La coach professionnelle Sophie Tremblay, quant à elle, amène ses clients à clarifier leur style de vie idéal. «Dans notre société, dit-elle, on a tendance à choisir un métier d'abord et à organiser notre vie autour par la suite. On devrait plutôt bâtir sa carrière autour des valeurs et du style de vie que l'on souhaite mener. Si une personne décide de devenir commis voyageur, mais que la famille est importante pour elle, il risque de se développer un grand fossé entre son idéal de vie et son métier.»
La coach propose aussi de se pencher sur son passé professionnel afin d'extraire et de classer les tâches que l'on a eu à accomplir. «On fait trois colonnes : une contenant les tâches qui nous passionnaient, une pour les tâches moyennement intéressantes et une dernière avec ce que l'on détestait faire. On verra assurément se dégager des tendances et il deviendra possible de faire un lien entre les tâches qu'on aime assumer et nos points forts.»
Certains préfèrent effectuer leur bilan de carrière en solo. Mais souvent, on est bien mauvais juge de soi-même. Questionner ses proches, leur demander comment ils nous perçoivent ou leur montrer notre bilan sont autant de bons réflexes. «Ce qui est intéressant lorsqu'on fait son bilan avec une personne qui nous connaît bien, c'est la rétroaction», dit Sophie Tremblay.
Des professionnels en gestion de carrière peuvent évidemment aussi vous venir en aide. Leurs services demeurent toutefois coûteux et s'adressent surtout aux cadres, décideurs ou entrepreneurs. Mais dans le cas d'une réorientation complète, les conseillers d'orientation et coachs professionnels peuvent apporter une expertise que ne possèdent peut-être pas vos amis ou les membres de votre famille.
L'embarras du choix
La rentrée et le choix de carrière
Si la rentrée scolaire est pour vous synonyme d'ennui ou d'angoisse, l'heure est peut-être venue de réévaluer vos choix. Savez-vous vraiment ce qui vous attend sur le marché du travail? Il est toujours temps de s'informer... pour changer d'option.
par Martine Roux
Trop souvent, les étudiants choisissent un programme plutôt qu'une carrière. Ça donne beaucoup d'erreurs de choix.»
Directrice des services professionnels chez Brisson Legris et Associés, la conseillère d'orientation Martine Lemonde constate que la majorité des diplômés qui défilent dans son bureau ne savent tout simplement pas où leurs études peuvent les mener et quels sont les postes ou les tâches qui s'offrent à eux. «Au secondaire, plusieurs élèves font un choix simpliste qui n'est pas centré sur eux : ils peuvent être influencés par les perspectives d'emploi ou par les amis, par exemple.»
Un bon choix de carrière résulte de l'analyse de plusieurs critères, dont la connaissance de soi et le profil personnel, explique-t-elle. Mais il faut aussi prendre en considération des facteurs comme les résultats scolaires, l'endroit où le cours est offert, ainsi que la réalité sur le marché du travail. «Il faut analyser chacun de ces éléments pour toutes les possibilités de carrière qui s'offrent à nous.»
Signaux d'alarme
Démotivation, ennui, piètres résultats scolaires, confusion quant aux débouchés possibles, perte d'intérêt face aux activités ou aux lectures rattachées au domaine d'études : voilà autant de signes que l'étudiant a peut-être opté pour un programme qui ne lui convient pas nécessairement, dit Martine Lemonde.
«Avant de jeter le bébé avec l'eau du bain, la première chose à faire est de s'informer : concrètement, le programme d'études mène à quoi? Une fois sur le marché du travail, à quoi ressembleront le quotidien, les tâches, les postes? Il faut se rapprocher du domaine, participer aux activités organisées par le département ou les associations professionnelles et interroger des professeurs ou des travailleurs qui évoluent dans ce secteur afin de valider son choix.»
Un désintérêt face aux études peut simplement découler d'un manque d'information, poursuit-elle. Mais dans d'autres cas, l'étudiant réalise qu'il s'est trompé. «Un truc efficace pour déterminer si on est à la bonne place consiste à regarder la liste des cours qu'il reste à suivre ainsi que ceux terminés : si la majorité ne semblent pas intéressants, il vaut peut-être mieux reconsidérer son choix.» Par ailleurs, prenez un travail à temps partiel ou un travail d'été dans votre domaine d'études, conseille-t-elle. «Sur place, posez des questions sur les autres postes et regardez si l'environnement de travail vous convient.»
Enfin, on peut aussi décider de rencontrer un conseiller d'orientation, même à titre préventif. Ces services sont souvent offerts gratuitement par les établissements d'enseignement. Mais attention : un conseiller peut vous inciter à choisir un autre programme offert par la même institution, alors que vous devriez aussi considérer les programmes offerts dans d'autres écoles.
Si la conclusion de vos démarches est que vous n'aimez pas la carrière que vous vous apprêtez à épouser, il n'est peut-être pas nécessaire de recommencer à zéro : essayez de voir s'il est possible de faire reconnaître certains cours dans un nouveau programme, par exemple. Le conseiller d'orientation de votre établissement pourra vous guider dans cette entreprise.

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