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  [Marché du travail]
Ça s'explique
par Frédéric Perron

Le marché du travail recèle d'étranges phénomènes qui semblent inexplicables ou même contraires au bon sens. Jobboom tentera chaque mois de résoudre l'un de ces mystères.

Les immigrants «volent nos jobs», entend-on parfois. Qu'en est-il vraiment?

Le Québec, qui compte quelque 300 000 chômeurs, accueille chaque année entre 30 000 et 40 000 immigrants. Dans certaines chaumières québécoises, la corrélation entre le nombre élevé de sans-emploi et le nombre d'immigrants est toute trouvée... Qu'en est-il vraiment?

«Vous avez tout à fait raison de traiter ce genre de question, même si elle ne semble pas politiquement correcte, dit Étienne Wasmer, professeur au Département des sciences économiques de l'UQAM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en marché du travail. Quand on refuse de répondre à une question taboue, on laisse les gens vivre avec leurs peurs et le débat public n'avance pas du tout.»

Il est faux de prétendre que les immigrants «volent des emplois», explique-t-il. Différentes études internationales démontrent que l'immigration a un effet neutre ou positif sur le niveau d'emploi. «En général, le nombre d'emplois augmente en proportion du nombre d'immigrants», fait valoir le professeur. C'est qu'une fois ici, les immigrants consomment et dépensent. «Ils créent donc une demande et cela contribue à augmenter le niveau d'emploi.»

D'ailleurs, la majorité des immigrants au Canada sont sélectionnés en fonction de leur apport probable à l'économie canadienne, c'est-à-dire que s'il était prouvé qu'ils enlèveraient des emplois aux Canadiens, ou que leur présence au pays n'ajouterait rien à l'économie canadienne, ils seraient refusés. En 2002, 60 % des immigrants étaient classés dans cette catégorie des «économiques». Parmi ceux-ci, on compte notamment les immigrants investisseurs. Les autres font partie de catégories plus humanitaires, comme les réfugiés politiques et les familles réunifiées.

Au cours des dernières années, le Canada a également accueilli environ 90 000 étrangers pour du travail temporaire. En général, il s'agit de spécialistes ayant des compétences difficiles à trouver au pays.

Dans les années 1990, les immigrants ont représenté 70 % de la croissance de la population active (la part de Canadiens actifs sur le marché du travail), indiquent les données du ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration du Canada. Le ministère estime que les immigrants pourraient composer la totalité de la croissance nette de la main-d'oeuvre d'ici à 2011. Autrement dit, sans l'immigration, le Canada pourrait compter de moins en moins de contribuables à partir de la prochaine décennie.



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