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  [Marché du travail]
Bâtir l'esprit d'équipe par l'aventure
Sauvez le président!

par Frédéric Perron
Photos : Patrick Deslandes

Le président vient d'être enlevé par de méchants terroristes. La mission de votre équipe : le délivrer et lui sauver la vie! De plus en plus d'entreprises utilisent des jeux de rôle grandeur nature, en plein air, pour forger l'esprit d'équipe de leurs employés.

Le printemps dernier, Marylène Filion faisait partie d'un commando qui devait faire face à un plan diabolique. En pleine brousse, elle et son équipe disposaient d'une heure trente pour trouver des informations cruciales, sans quoi, caboom!

«Il fallait se rendre dans des bunkers pour aller chercher des codes qui nous serviraient ensuite à ouvrir un coffre-fort à l'intérieur duquel se trouvait une bombe, raconte-t-elle. Avec l'aide d'un autre code, il fallait couper le bon fil pour désamorcer la bombe.»

Mais ce n'était pas tout. Une sorte d'émule de Ben Laden terrorisait la région. Toutes les tentatives pour l'anéantir avaient jusque-là échoué. La dernière patrouille à s'y risquer s'est même fait complètement éliminer durant sa mission de repérage. La sale besogne revenait maintenant à l'équipe de Marylène. «Notre mission consistait à entrer dans une tour pour éliminer le chef terroriste.»

Marylène n'est pas membre des unités spéciales de combat des Forces canadiennes en mission dans les montagnes d'Afghanistan ou dans les ports pétroliers de l'Irak. Elle est coordonnatrice en gestion de changement chez Bombardier Produits récréatifs (BPR)! Son combat n'est pas la guerre au terrorisme, mais la recherche du bien-être des employés du service des ressources humaines chez le fabricant des célèbres motoneiges de Valcourt.

Son équipe de travail a participé à une expérience de formation en plein air par des jeux de rôle, dont l'objectif était de développer l'esprit d'équipe et le sens de la communication entre collègues d'une même entreprise ou d'une même division.

Chez Safari Loowak, où le groupe de BPR s'est exercé au désamorçage de bombes et à l'assassinat de faux Ben Laden, il y a près de 15 ans maintenant que ce genre de jeux de rôle pour adultes consentants fait fureur auprès des entreprises. Ce centre d'aventures demeure l'un des rares du genre au Québec, avec un autre situé à Val-David, dans les Laurentides. «Au début de Safari Loowak, je ne savais pas que mes jeux avaient autant de potentiel dans le développement de la communication et du travail d'équipe», s'étonne encore Serge Poirier, fondateur du centre.

Safari Loowak compte aujourd'hui parmi ses clients plusieurs importantes entreprises canadiennes et américaines. Selon la publicité dans son site Web, 350 des 500 plus grandes entreprises canadiennes ont eu recours à ses services.

Pourtant, les aventures de Safari Loowak visaient à l'origine les écoles, les services de loisirs et les services de garde! Après quelques années, des entreprises, dont Bell Canada, ont commencé à vouloir se servir des jeux à des fins de formation.

Ancien banquier, Serge Poirier a multiplié ses scénarios hollywoodiens dans la paisible campagne de Waterloo, dans les Cantons-de-l'Est, où son vaste domaine d'environ 240 hectares sert de terrain de jeux pour quelque 50 scénarios différents.

Action!
«Dis à un enfant de ne pas toucher au poêle parce que ça brûle. Il sera toujours tenté de le faire, juste pour voir. Quand il y aura touché, il ne le fera plus jamais!»

C'est ainsi que Serge Poirier explique la différence entre la formation en plein air offerte par son entreprise et un cours entre quatre murs. Selon lui, rien ne vaut l'action pour apprendre! «Dans mes jeux, il y a énormément d'adrénaline et de stress, affirme-t-il. Ce sont des scénarios de films dans lesquels les participants deviennent les vedettes sans même s'en rendre compte.»

«Les jeux placent les employés dans des situations où ils ne peuvent pas se cacher, où ils sont eux-mêmes. Ça leur permet de découvrir leurs forces et leurs faiblesses.»
- Serge poirier, président-fondateur, safari loowak
Et quels scénarios! Dans le jeu L'enlèvement du président, l'équipe doit se camoufler afin de délivrer le président de la compagnie, enlevé par un groupe de terroristes. Dans un autre scénario, intitulé Mission Chopper, les tâches consistent à infiltrer un réseau terroriste et à le démanteler. Le groupe quitte même la base en hélicoptère (un vrai!), rien de moins. Souvent, les entreprises clientes optent pour deux scénarios. Safari Loowak s'adjoint les services de formateurs en ressources humaines pour que les jeux donnent des résultats concrets.

«Les jeux placent les employés dans des situations où ils ne peuvent pas se cacher, où ils sont eux-mêmes, affirme Serge Poirier. Ça leur permet de découvrir leurs forces et leurs faiblesses. Si on décèle des problèmes de communication, on est capable de les résoudre assez facilement par la suite.»

Annie Cloutier, experte-conseil en gestion des ressources humaines, a déjà participé à ce genre d'activité, une expérience qu'elle a jugée intéressante et amusante. Selon elle, la formation par le jeu peut aider à rapprocher des membres d'une équipe. «Par contre, dans le cas d'un conflit de travail important, je ne crois pas que ce soit la meilleure solution. Mais pour une équipe qui va déjà bien et dont on veut renforcer les liens, je crois que c'est un bon exercice.»

Dans ces activités, les participants doivent travailler en équipe. La formation est axée sur la communication, la collaboration et le leadership. Les jeux d'équipe sont parfois entrecroisés de courts exposés et de périodes d'évaluation de chacun : les aptitudes de leadership, la capacité à communiquer et à écouter, entre autres, sont passées au peigne fin.

Selon Marylène Filion, de BPR, l'expérience a permis à son équipe d'apprendre sur la communication, le travail d'équipe, le partage des rôles et la planification. «On travaille en ressources humaines, dit-elle. On est donc déjà familiarisés avec ce genre d'activité. Ça permet de consolider les liens. Dans la mission, chacun a son rôle, c'est très important.»

Chacun son rôle
Lorsqu'ils reçoivent une entreprise, les employés de Safari Loowak demandent aux patrons de laisser la place aux employés dans le jeu. «Ça permet aux gens de prendre conscience des responsabilités d'un leader qui ne doit pas laisser ses émotions prendre le dessus sur ses décisions, explique Serge Poirier. Ils comprennent mieux par la suite c'est quoi être un leader et ils respectent cette fonction.»

«Quand les clients sortent des jeux, je pourrais leur faire monter l'Everest, poursuit-il. Les gens sont high! Ils ont les larmes aux yeux quand ils viennent de gagner. On imagine toujours le compétiteur plus fort qu'il ne l'est réellement. Ils réalisent que ce sont eux qui donnent des forces à leurs compétiteurs en se sous-estimant.»

Aussi stimulantes soient-elles, ces formations ne sont pas à la portée de toutes les entreprises. Chez Safari Loowak, le jeu Mission Chopper, le plus coûteux, revient à 350 $ par personne et doit regrouper au minimum 20 équipiers. En moyenne, la facture s'élève à près de 1 000 $.

D'ailleurs, Annie Cloutier peut rarement conseiller à ses clients ce genre d'activité extérieure, pour des raisons financières. «J'agis beaucoup auprès de la PME. On fait souvent des exercices de consolidation d'équipe à l'intérieur plutôt. Ce n'est pas toujours réalisable pour une petite entreprise de fermer ses portes une journée pour aller faire une activité de formation en région. Cela s'adresse surtout à la grande entreprise, aux employés de bureau et aux cadres. Il faut en avoir les moyens.»

Serge Poirier reconnaît qu'une bonne part de ses clients sont des cadres de la grande entreprise, une situation qu'il aimerait bien changer. «L'armée ne forme pas que ses officiers, elle forme aussi ses soldats. Les entreprises devraient faire de même.» Et former l'esprit d'équipe de leurs salariés aux plus bas échelons.


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