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  [Carrière]
Quand le patron est en vacances
Bosser sans le boss

par Marie-Eve Cousineau

«Quand le chat n'est pas là, les souris dansent.» Et quand le patron est absent, les employés travailleraient-ils moins... mais mieux?

Arriver quelques minutes en retard au bureau, allonger la pause du repas, jaser au téléphone, faire des blagues crues et pourquoi pas siroter une bière le vendredi après-midi! Quand le patron part se faire dorer la couenne sur une plage du Sud, il arrive que les employés prennent de petites libertés. Et parfois même de plus grosses...

«Quand le boss n'était pas là, c'était le party!» se rappelle le Montréalais Alexis Bourdeau, ex-employé d'une entreprise de transport, qui avait pour tâche fastidieuse de charger des camions de pneus. «On diminuait la cadence de moitié.» Pour lui, cette attitude était justifiée par la piètre qualité de ses conditions de travail : sur ses 12 heures en poste, il ne bénéficiait que d'une pause-repas d'une demi-heure et d'un repos de 15 minutes. Tout cela au salaire minimum. «On est davantage tenté de se payer du bon temps sur le dos du patron quand on se sent exploité», souligne Alexis, maintenant satisfait de son sort de jointeur (entretien de lignes souterraines) chez Hydro-Québec.

L'ex-cuisinier Jean-Sébastien Meloche avoue quant à lui s'être «laissé un peu plus allé» lorsque le propriétaire du restaurant pour lequel il travaillait jusqu'en 2002 partait en vacances. Durant ces deux semaines, il permettait même aux huit employés de s'asseoir quelques minutes pendant les heures de travail. Un repos interdit sous le regard du patron! «Ils avaient terminé leurs tâches lorsqu'ils s'assoyaient», souligne le jeune homme, qui est retourné aux études en génie mécanique depuis. «Mais je ne me creusais pas la tête pour leur trouver d'autres choses à faire!»

La productivité des employés diminuerait-elle quand le patron est en vacances? Difficile à dire, car aucune étude universitaire ne semble avoir été effectuée sur le sujet. Mais selon Estelle M. Morin, professeure titulaire spécialisée en management à HEC Montréal, le rendement des employés n'est généralement pas ou peu affecté par l'absence d'un supérieur.

«Les gens qui donnent une mauvaise performance n'attendent pas que le patron ne soit pas là pour agir de la sorte», dit-elle en soulignant que les employés sont des adultes responsables et non des enfants. Selon la spécialiste, il est même probable que la majorité des travailleurs mettent les bouchées doubles durant cette période.

C'est souvent le lot des travailleurs du secteur de la santé. Frédéric, infirmier dans une clinique pour toxicomanes, appréhende toujours les vacances de sa patronne et de ses collègues. Lors du récent congé de convalescence de l'infirmière en chef, il a même fait un burnout. «On manque déjà de personnel, explique-t-il. Son départ a été le coup de grâce. J'avais déjà trop de patients à ma charge et comme elle n'était plus là, je ne pouvais pas prendre congé.» Sans l'oreille attentive de sa supérieure pour «ventiler», Frédéric a éclaté. Après son départ, les employés restants ont pris les grands moyens : ils ont réduit les heures d'ouverture de la clinique. Il effectue aujourd'hui un retour progressif au travail.

On souffle!
Le départ du patron est souvent loin d'être aussi dramatique. Pour certains types de professionnels qui mènent leurs propres dossiers, comme les avocats, il peut même passer inaperçu! Les travailleurs en usine ou ceux qui sont «gérés de façon autocrate» (qui sont peu appelés à prendre des initiatives), comme les décrivent les spécialistes du travail dans leur jargon, ont le plus souvent droit à un remplaçant.

L'attitude des travailleurs durant cette période dépend beaucoup du type de patron auquel ils ont à faire face, d'après Luc Brunet, professeur titulaire au Département de psychologie de l'Université de Montréal et spécialiste de la psychologie du travail et des organisations. «Des études de leadership ont démontré que les employés gérés de façon autocrate ne savent souvent pas trop quoi faire quand le boss n'est pas là», dit-il. Devant un problème à résoudre, ceux-ci ne courent aucun risque : plutôt que de prendre une mauvaise décision, ils se croisent les bras et se tournent les pouces jusqu'à son retour.

Patrons «contrôlants» ou pas, reste que les employés semblent moins stressés lorsque le dirigeant part en vacances. C'est le cas du personnel d'une petite entreprise environnementale de Rivière-du-Loup qui a doublé son nombre d'employés l'an dernier et dont le propriétaire s'investit beaucoup dans la production. Lorsque qu'il est absent, les employés sont aussi performants mais plus détendus, indique une contrôleuse, qui souligne que la productivité ne diminue pas pour autant.

Les vacances du patron ne détendent donc pas que lui. Mais mieux vaut en profiter avant qu'il ne revienne plus en forme que jamais!


 
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