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[Carrière]
Occupation double
par Louis St-Jean
Certains les diraient indécis. Eux vous répondront qu'ils sont tout simplement plus heureux! Incapables d'emprunter une seule voie, ces travailleurs mènent une double vie professionnelle. Au nom de la passion.
L'habit fait le moine
Stéphane La Roche
Professeur de sciences / guide de canot
Depuis neuf ans, ce professeur de sciences au collège Notre-Dame-du-Sacré-Coeur, à Montréal, enfile ses vêtements de plein air à chaque fin d'année scolaire.
De juin à septembre, il devient guide de canot pour Expéditions Canots Rabaskas Sorel/Sept-Îles. Il accompagne des groupes de canoteurs amateurs dans les eaux tumultueuses des rivières Windigo-Flamand, Manicouagan, Toulnustouc et Saint-Maurice, par exemple. Vivre du plein air l'été lui permet de contrebalancer son mode de vie hivernal plus citadin. «Quand la saison de canot commence, ça me fait du bien. Mais de retour à l'école, je suis content de retrouver les jeunes, car le travail de guide est tout de même très exigeant physiquement.»
Pendant ses études en enseignement, le père d'un copain l'a invité à travailler pour l'entreprise de tourisme d'aventure qu'il venait de fonder et qui l'embauche toujours. «Je suis devenu son premier guide. Depuis, j'ai parcouru presque toutes les rivières du Québec.»
Le fait qu'il cumule ces deux emplois différents en impressionne plus d'un. «Les touristes sont étonnés de savoir que je peux autant tenir le coup devant une classe que seul en pleine forêt avec une boîte d'allumettes et un couteau! Quand je reviens au collège, couvert d'éraflures et le teint basané, les élèves trouvent que leur prof a l'air bien cool...»
Y a d'la joie
Luc Bilodeau
Clown / guide-interprète
Qu'il mène un groupe d'Africains en motoneige dans l'arrière-pays ou qu'il se donne en pâture au public lors de ses spectacles clownesques, c'est la même joie de vivre qui anime Luc Bilodeau. C'est bien simple : il carbure autant à un métier qu'à l'autre, mais surtout au plaisir de répandre la joie de vivre.
L'été, il fait le pitre. «Pendant mes études en techniques de réadaptation physique, je donnais des spectacles de jonglerie et de monocycle devant les étudiants. Mais je rêvais depuis l'enfance de créer un personnage de clown, que j'ai appelé Billy L'égaré.» Aujourd'hui, quatre ans plus tard, son métier de clown constitue son gagne-pain principal. Il se produit lors de différents événements au Québec, mais aussi dans des festivals de théâtre européens comme ceux de Courcelles-sur-Aujon, de Langres, de Phalsbourg ou de Metz.
L'hiver, il oeuvre comme guide-interprète pour la Compagnie du Nord. «J'emmène les clients en motoneige dans des endroits autrement inaccessibles et je les initie au mode de vie privilégié par les trappeurs ou les pionniers à l'époque de la colonisation.»
Il adore constater que des inconnus soient transformés à son contact. «J'ai le sentiment d'être un bâtisseur de rêves! Comme clown, quand les gens rient, c'est merveilleux. Comme guide, j'amène des touristes dormir par -40 °C dans une tente éclairée par une chandelle et ils aiment ça! Dans les deux cas, ma grande satisfaction, c'est de voir les gens repartir heureux.»
Point de chute
Marc Tremblay
Ingénieur-géologue / canyoniste
Voici un homme qui n'a pas peur de se mouiller! Pendant les mois frisquets, il plonge dans les dossiers chauds du ministère québécois de l'Environnement, où il travaille comme chargé de projet à la direction des évaluations environnementales. Il évalue, par exemple, les impacts de projets tel celui d'une usine Alcan, à Jonquière. «Je suis un peu le pivot entre le milieu industriel, qui soumet des projets, les écologistes, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement ainsi que le ministre», explique ce diplômé en génie géologique.
L'été, suspendu au bout d'une corde, il guide les intrépides qui descendent la chute Jean-Larose, au mont Sainte-Anne. Canyoning-Québec, l'entreprise qu'il a fondée il y a quatre ans, se spécialise dans ce sport qui marie la randonnée et la nage en eaux vives. Sa formation d'ingénieur et son expérience au ministère de l'Environnement se révèlent très utiles dans une cascade de 41 mètres de hauteur. «Avant de poser le pied quelque part, j'évalue les ancrages, j'analyse la qualité de la roche et je m'assure qu'elle n'est pas trop friable.»
Pour cet homme de terrain, également passionné de spéléologie - ses services ont été retenus lors de la disparition de l'alpiniste Yves Laforest, l'été dernier dans les Rocheuses -, l'environnement bureaucratisé du ministère et celui, naturel, des canyons, forment un équilibre harmonieux. «Mais ce qui explique que je cumule ces deux emplois, c'est que je crois, par-dessus tout, dans la multidisciplinarité.» Bien qu'il nourrisse le rêve d'explorer un jour la planète Mars (!), Marc Tremblay envisage de façon plus réaliste son avenir comme conservateur dans un parc. En attendant, il accompagnera des touristes dans les canyons de Cuba dès l'hiver 2005. Multidisciplinaire est un euphémisme dans son cas...
Prendre son élan
Julie Lessard
Professeure de ski alpin / professeure de golf
Quand avril se pointe, Julie Lessard change de carrière : elle troque les bâtons de ski... contre les bâtons de golf! Pour cette sportive de 40 ans, impossible de trancher. Elle a deux passions et les assume.
Après ses études en sciences de l'activité physique, elle a travaillé un an dans un centre de conditionnement physique. «Je continuais à enseigner le ski, mais le golf me manquait. Et je ne pouvais supporter l'idée d'être enfermée durant tout l'été.»
L'hiver, elle forme essentiellement de jeunes instructeurs âgés de 20 à 30 ans pour l'Alliance des moniteurs de ski du Canada. L'été, elle enseigne à des golfeurs de tous les niveaux au club de golf des Quatre Domaines, à Mirabel. Deux clientèles fort différentes, explique-t-elle, ce qui constitue en soi un défi inhérent à sa double vie.
Histoire de préparer ses vieux jours, elle compte lancer prochainement une gamme de vêtements de golf pour femme. «Cela fait bien sept ou huit ans que ma famille me dit que je ne pourrai garder mes deux emplois encore longtemps, parce qu'il est très difficile de maintenir de hauts standards dans ces disciplines aussi spécialisées. Mais je continue parce que j'aime ça, voilà tout.»
Court de chant
Pierre Trépanier
Chansonnier / professeur de tennis
Devant un public ou sur un court de tennis, Pierre Trépanier veut captiver les gens. Après des études en psychologie, en anthropologie et en sciences de l'activité physique, il a décidé de se consacrer à ses deux passions : le chant et le tennis.
Six heures par semaine, il retourne la balle à ses élèves au complexe sportif Sani-Sport de Boucherville. En parallèle, on sollicite ses services de chansonnier pour diverses occasions, comme des anniversaires, des fêtes de bureau ou pour égayer l'ambiance des maisons pour personnes âgées.
«Ça peut sembler bizarre, mais ce sont les ressemblances entre le chant et le tennis qui m'ont amené à cumuler ces deux fonctions. Dans les deux cas, on se retrouve face à des gens, on doit être préparé et savoir communiquer un message. Mais le tennis est meilleur pour la santé que le chant!» affirme-t-il, en faisant allusion à l'alcool, à la fumée, et aux heures de travail tardives associées au boulot de chansonnier.
Infatigable, il a même une triple et une quadruple vie : il fait de la suppléance dans des écoles primaires et de la figuration au cinéma ou à la télévision, comme dans l'émission Music Hall ou le film Monica la mitraille. «Ce qui me rend le plus heureux, ce sont les liens que je crée avec les gens. J'aime avoir l'impression d'être utile.» On peut le qualifier d'indécis, avoue-t-il, mais il connaît ses priorités, et l'argent n'en fait pas partie. «À la stabilité financière, j'ai préféré la stabilité émotive. C'est ce que je retrouve en touchant à tous ces emplois.»
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