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  [Formation | Emploi]
Se former ou se perfectionner hors du Québec
Mes livres, ma brosse à dents!

par Louis St-Jean

Apprendre une deuxième langue, découvrir une autre culture ou voyager : voilà autant de bonnes raisons pour étudier ou se perfectionner à l'extérieur du Québec. Et ceux qui osent prendre la route y trouvent de nombreux avantages!

Étudier à l'ombre des Rocheuses, de la tour Eiffel ou de la tour du CN : pourquoi pas? Qu'il s'agisse de décrocher un diplôme ou de perfectionner ses compétences, la formation hors du Québec est une option qui demande beaucoup d'organisation, mais qui ajoute du poids à l'expérience personnelle autant qu'au CV.

Julien Laroche, étudiant en philosophie à l'UQAM, vient de terminer deux sessions à l'Université Paris IV (Sorbonne). Il a notamment traversé l'Atlantique pour ajouter le nom d'une autre institution dans son parcours universitaire. Surtout, il a bénéficié d'un contact inspirant avec certains des plus grands chercheurs et auteurs de sa discipline, raconte-t-il. «Étudier à la Sorbonne pendant huit mois a été une expérience enrichissante parce qu'elle m'a permis de diversifier mon apprentissage tout en profitant du bouillonnement culturel de Paris.»

Il y a en effet de nombreux avantages à s'expatrier, assure Philippe Boulanger Després, conseiller à la Maison internationale de l'Université de Montréal, qui encadre les étudiants de l'Université participant à des programmes d'échange à l'extérieur du Québec. «En plus d'apprendre d'autres techniques, parfois même une autre langue, l'étudiant vit une expérience humaine positive et enrichissante sur le plan personnel. Ça ouvre l'esprit et ça développe le sens de la débrouillardise», explique-t-il.

Mieux vaut faire ce genre d'expérience dès que possible, conseillent les spécialistes. Idéalement avant que ne déboulent responsabilités, maison, marmaille... «Les étudiants qui partent en échange international restent parfois jusqu'à dix mois à l'étranger, dit Philippe Boulanger Després. Quel travailleur peut se permettre de s'absenter aussi longtemps?»

Si les méthodes d'enseignement et le contenu des cours ou des séances de formation varient selon les pays ou les provinces, plusieurs programmes - mais pas tous! (voir le carnet Web p. 35) - peuvent mener à des équivalences ou à une reconnaissance des acquis au Québec. «La médecine dentaire [voire la médecine en général], par exemple, peut difficilement être étudiée à l'étranger, car le contenu des cours est approprié à la pratique québécoise. Mais dans certains secteurs comme le design industriel, le droit, la politique internationale, l'administration ou les communications, il est dans l'intérêt des étudiants d'étudier ailleurs, car ils prennent conscience des réalités de ces milieux professionnels à l'étranger», explique M. Boulanger Després.

Un diplôme plus vite
Certains établissements canadiens offrent des formations qui mènent à un diplôme en moins de temps qu'au Québec. C'est notamment le cas du Collège d'Alfred, un petit campus de l'Université de Guelph, en Ontario : les étudiants inscrits en agriculture, en alimentation, en développement international, en gestion environnementale ou en soins vétérinaires obtiennent, en deux ans, un diplôme d'études collégiales équivalent à celui que reçoivent les cégépiens du Québec en trois ans. Les cours de français et de philosophie en moins! Voilà qui explique notamment pourquoi 45 % de sa population est québécoise. «Ça coûte plus cher en matière de frais scolaires et il faut se loger sur place, mais l'étudiant arrive un an plus tôt sur le marché du travail», indique l'agente d'information Nathalie Lalonde.

Au campus Glendon de l'Université York, à Toronto, les titulaires d'un diplôme d'études collégiales (DEC) qui s'inscrivent à un programme universitaire de premier cycle atteignent directement la deuxième année d'études. «Les étudiants québécois savent que leurs études coûtent plus cher à Toronto qu'au Québec, mais en contrepartie, ils font une année de moins», illustre l'agente de liaison Isabelle Creusot.

Autre avantage de certaines formations hors du Québec : passer directement du secondaire à l'université. «On a entre 30 et 50 étudiants québécois par année qui arrivent du secondaire. Mais ils doivent avoir une moyenne minimale de 85 % et un dossier exceptionnel», précise François Chapleau, vice-recteur adjoint à la gestion des effectifs scolaires et registraire à l'Université d'Ottawa, qui compte plus de 4 000 Québécois parmi 30 000 étudiants. Quant à ceux qui sont passés par le cégep, ils recevront 30 crédits, soit l'équivalent d'un an à temps plein à l'université, s'ils ont obtenu leur DEC avec une moyenne de 70 %.

L'Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick, accepte quant à elle les diplômés du secondaire qui ont une moyenne de 75 %. «Ils passent alors directement à l'université», confie Denis Boucher, responsable de la promotion et du recrutement.

Au Collège d'Alfred, un élève qui désire poursuivre des études universitaires jouira d'une passerelle qui le conduira directement sur les bancs de l'Université Laval ou de Guelph. «Selon le dossier du candidat, signale Nathalie Lalonde, il peut même avoir un crédit d'un an et demi à l'université. C'est donc très avantageux pour ce qui est de la durée des études.»

Bilinguisme
Étudier sur le campus francophone d'un établissement situé dans une autre province canadienne permet de peaufiner son anglais tout en suivant des cours en français. Le meilleur des deux mondes, estime Denis Fontaine, directeur du recrutement et du service aux étudiants de la Faculté Saint-Jean de l'Université d'Alberta. «Les étudiants repartent d'ici bilingues, et cela augmente considérablement leurs chances de trouver un emploi par la suite», déclare-t-il.

Même chose à l'Université de Moncton, enchaîne Denis Boucher. «Moncton est la seule ville officiellement bilingue au Canada. Les cours se donnent en français seulement, mais à l'extérieur du campus, c'est anglophone à 60 %.» À l'Université d'Ottawa, explique François Chapleau, l'étudiant a le choix de suivre ses cours en français ou en anglais, mais on lui suggère fortement de prendre des cours dans l'autre langue.

Comme l'Université d'Ottawa, le campus Glendon, en plein centre-ville torontois, est entièrement bilingue. On y trouve une seule faculté, celle des arts libéraux (l'équivalent des sciences humaines), mais les cours se donnent à la fois en français et en anglais, dit Isabelle Creusot. «La plupart de nos professeurs sont bilingues et ceux qui ne le sont pas cèdent leur place à un autre enseignant une semaine sur deux, lorsque le cours est donné dans l'autre langue. Pour obtenir leur diplôme de Glendon, les étudiants doivent être bilingues à la fin de leurs études, du moins avoir atteint un niveau intermédiaire dans la langue seconde.»

Organisation 101
Pour étudier ailleurs sur la planète, il faut généralement communiquer avec l'établissement d'enseignement pour obtenir une demande d'inscription ou se la procurer dans le site Internet. Si l'on est déjà inscrit dans une université canadienne, le bureau d'études internationales pourra nous guider dans cette démarche. «L'Australie et les pays scandinaves développent actuellement le créneau des études internationales et facilitent les démarches pour les étudiants étrangers», indique Philippe Boulanger Després.

S'installer dans un autre pays est cependant une entreprise complexe qui demande une préparation. Dans certains cas, il faut une permission spéciale - comme un permis d'études, - pour étudier dans un pays étranger. Pour obtenir des renseignements précis sur les conditions à remplir pour étudier à l'étranger, on doit s'adresser à un bureau du gouvernement du Canada dans le pays où l'on projette d'étudier.

Certains orchestrent eux-mêmes leur départ, d'autres préfèrent un encadrement par le biais de l'institution où ils sont inscrits, par exemple, ou en participant à un programme d'échange international. «L'étudiant qui part en autonomie complète se sent parfois démuni lorsqu'il arrive dans un autre pays, ajoute Philippe Boulanger Després. Celui qui part grâce à nos programmes d'échange a une longueur d'avance. On le suit étape par étape, et il n'a pas à traiter directement avec l'établissement à l'étranger.» La durée maximale d'un séjour d'études à l'étranger est toutefois limitée à une année dans le cadre de ces programmes.

En France, ce sont les dédales administratifs qui ont dérouté Julien Laroche. «Il m'a fallu deux mois pour avoir mes attestations d'études et savoir qui allait me donner mon bulletin à la fin de ma première session!»


Vancouver
Catherine Denault : étudier en voyageant

Quand Catherine Denault a quitté son Québec natal pour étudier à l'Université McGill de Montréal, elle avait déjà l'impression de s'exiler pour étudier! Consciente de l'importance de maîtriser la langue de Shakespeare, elle a apprécié recevoir un enseignement en anglais tout en pouvant remettre ses travaux en français.

Après avoir décroché son bac en génie civil, Catherine a voyagé pendant six mois en Europe et au Liban. Forte de cette expérience ainsi que d'une bourse du Conseil national de recherche du Canada, elle a considéré les offres de différentes universités canadiennes, dont certaines proposaient des bourses très alléchantes. C'est finalement le programme de maîtrise en génie civil de l'Université de la Colombie-Britannique, une bourse de 6 000 $ et l'attrait d'une agréable qualité de vie qui l'ont convaincue de partir à Vancouver. «Je me suis dit que je ferais juste le programme court, d'une durée d'un an. Finalement, je suis restée deux ans!»

Catherine a trouvé difficile d'arriver dans une ville où elle ne connaissait personne, mais elle s'est adaptée rapidement. «J'ai trouvé qu'il était plus facile d'être francophone à Vancouver qu'à McGill. Il faut dire que c'était bizarre de me retrouver en minorité linguistique dans mon milieu d'études, au Québec...»

Après sa maîtrise, l'ingénieure de 28 ans a fait un stage de cinq mois en Bulgarie, pour expérimenter le travail à l'étranger. De retour à Montréal en juillet 2002, elle a décroché un emploi quatre mois plus tard. «Mon nom n'était pas connu à Montréal, car j'avais fait ma maîtrise à Vancouver. Mais je ne pense pas que ç'a été un point négatif; au contraire, ça démontre que j'ai une certaine force et une bonne capacité d'adaptation. Et je suis bilingue!»


Moncton
Mathieu Gingras : un aller simple

C'est lors de vacances en famille il y a quelques années que Mathieu Gingras a eu le coup de foudre pour l'Acadie. Bien qu'il avait été accepté à l'Université Laval après le cégep, en 1998, c'est à l'Université de Moncton qu'il a choisi de suivre une formation en enseignement au secondaire.

«Mon objectif était de rester là un an. Je suis parti avec mon sac à dos, ma poche de hockey et mon chapeau de cow-boy! Je voulais savoir si je pouvais vivre loin de la maison, seul. J'ai tellement aimé l'expérience que je me suis dit : je vais travailler comme un fou pour ramasser de l'argent et revenir étudier ici l'an prochain.»

Ce qu'il a fait. Il a particulièrement apprécié l'encadrement serré de cette université de taille modeste où on compte 12 étudiants par professeur, dit-il.

Moncton lui a plu culturellement et socialement. Mais il est surtout heureux de parler beaucoup mieux anglais aujourd'hui qu'avant son départ. Même si les cours se déroulent en français dans cet établissement, il a dû composer avec un environnement fortement anglicisé. «Au début, je ne savais même pas conjuger les verbes être et avoir! Chez McDo, je demandais un coke with no glace!»

Il fait depuis septembre 2003 une maîtrise en administration publique, toujours à Moncton. Pense-t-il travailler au Québec un jour ou plutôt au Nouveau-Brunswick? «Ce sera une décision très difficile à prendre», conclut-il.


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