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  [Formation | Emploi]
L'Estrie et le Centre-du-Québec
Au pied des Appalaches

par Sylvain Turner

L'Estrie et le Centre-du-Québec font plus que partager les plis appalachiens. Ces deux régions ont aussi en commun des économies dynamisées par les exportations manufacturières, toutes deux étant situées sur les axes routiers menant au riche marché de la Nouvelle-Angleterre.

Même si, sur le plan de l'emploi, les derniers mois se sont révélés décevants, avec des fermetures d'usines à Drummondville et Magog notamment, les économistes du coin s'attendent à une reprise rapide. Entre autres grâce à la forte collaboration entre les milieux universitaire et d'affaires, autant en Estrie que dans le Centre-du-Québec, qui a été à la source de plusieurs nouvelles entreprises ces dernières années.


L'Estrie
Cantons sans frontières

L'Estrie connaît un rayonnement sans précédent, entre autres grâce à la création du Pôle universitaire de Sherbrooke, qui lui confère une position fort enviable dans l'économie du savoir. Elle s'illustre aussi par sa forte proportion d'entreprises manufacturières, qui doivent maintenant s'attaquer à la préparation de la relève.

Si l'Estrie a toujours su profiter largement de sa proximité avec les États-Unis, elle le fait avec encore plus d'aplomb depuis l'entrée en vigueur du libre-échange nord-américain, il y a une quinzaine d'années.

L'Estrie occupe d'ailleurs le deuxième rang des régions exportatrices au Québec, après l'île de Montréal, ce qui explique son fort développement industriel. «Environ 30 % des emplois de la région se trouvent dans le secteur manufacturier, comparativement à 18 % pour l'ensemble du Québec», explique Gilles Lecours, économiste régional à Emploi-Québec, Estrie. Les services d'enseignement et les soins de santé représentent 20 % des postes, et le tourisme, troisième secteur économique d'importance, génère 5 % de l'emploi.

À l'instar des autres régions exportatrices, l'Estrie subit cependant les effets de la hausse de la valeur du dollar canadien et de la concurrence étrangère, particulièrement dans les domaines de la fabrication de produits du bois et du vêtement, où les marges bénéficiaires sont peu élevées. «L'Accord de libéralisation du vêtement affectera aussi la région en ouvrant davantage le marché canadien aux produits étrangers en 2005, soutient Gilles Lecours. La fabrication de vêtements et le textile représentent plus de 6 000 emplois, et ce chiffre décroîtra au fur et à mesure que les entreprises à grand bassin de main-d'oeuvre continueront d'aller s'établir dans les pays asiatiques.»

Parmi les entreprises manufacturières qui génèrent le plus d'emplois, on trouve celles de la transformation du caoutchouc. D'ailleurs, l'Estrie compte le plus grand bassin d'entreprises dans cette industrie, soit 31, qui embauchent 4 618 des 12 205 travailleurs de l'industrie au Québec. «C'est aussi la seule région où il y a de la formation spécialisée dans le domaine, précise Manon Rivest, directrice générale du Comité sectoriel de main-d'oeuvre de l'industrie du caoutchouc du Québec. C'est l'attestation d'études professionnelles (AEP) en transformation du caoutchouc, un programme du Centre de formation professionnelle de Memphrémagog. Les entreprises estriennes peuvent aussi avoir recours au laboratoire spécialisé en technologie des polymères de l'Université de Sherbrooke pour la recherche et le développement.»

Certes, l'emploi est en perte de vitesse dans différents sous-secteurs de l'industrie. Cependant, plusieurs entreprises continuent de recruter des opérateurs de machines à transformer le caoutchouc, des travailleurs qui composent environ 65 % de la main-d'oeuvre de l'industrie.

Le pôle Granby-Bromont
Les villes de Granby et de Bromont font partie de la région administrative de la Montérégie, mais elles sont intimement liées à l'Estrie sur les plans culturel et économique. D'ailleurs, la région touristique dite des «Cantons-de-l'Est» couvre aussi Bromont, Granby et Sutton.

Le pôle Granby-Bromont contribue au dynamisme de l'économie estrienne, entre autres grâce à des entreprises telles que IBM et Agropur. Le siège social de cette dernière est d'ailleurs situé à Granby depuis 65 ans, et il le sera... jusqu'à l'automne, alors qu'il ira s'établir à Longueuil. La coopérative laitière continuera de jouer un rôle important à Granby, où elle emploie 700 des 3 000 personnes qui travaillent dans ses 20 usines d'Amérique du Nord.

La croissance est au rendez-vous depuis plusieurs années chez Agropur. Or, l'adoption de nouvelles règles de commerce international viennent ouvrir toutes grandes les portes du marché canadien aux produits du lait américains. Il n'y aurait pas lieu de s'inquiéter outre mesure, croit Jean-Marc Rancourt, conseiller principal en dotation chez Agropur. «L'exportation représente une faible part de nos activités, et si on ouvrait davantage le marché canadien aux produits américains, nous aurions également la possibilité de vendre les nôtres aux États-Unis. Agropur est une entreprise nationale d'envergure internationale, et notre industrie compte parmi les meilleures au monde. Nous sommes donc prêts à faire face à toute concurrence.»

Les perspectives du marché de l'emploi demeurent favorables en Estrie, malgré les soubresauts du dollar et la concurrence étrangère plus vive.
Relève recherchée
Les perspectives du marché de l'emploi demeurent favorables en Estrie, malgré les soubresauts du dollar et la concurrence étrangère plus vive. La région affichait un taux de chômage de 8,4 % en avril dernier, contre 9,6 % pour l'ensemble du Québec.

Gilles Lecours souligne que plusieurs entreprises estriennes éprouvent de la difficulté à recruter des travailleurs exerçant des métiers semi-spécialisés et des professionnels. En fait, l'économiste estime que la préparation de la relève constitue un enjeu de premier plan dans plusieurs MRC de la région, particulièrement pour les petites et moyennes entreprises.

«Dans quelques années, elles auront de sérieuses difficultés à remplacer les travailleurs qui prendront leur retraite. C'est inquiétant, mais nous nous y attaquons, en sensibilisant les employeurs à cette problématique et en les accompagnant dans la gestion prévisionnelle de la main-d'oeuvre.»

Une des clés qui pourraient permettre à l'Estrie de mieux faire face au défi de la relève que d'autres régions, c'est la présence de nombreuses institutions postsecondaires.

En 1993, Bruno-Marie Béchard, le recteur de l'Université de Sherbrooke — le plus jeune des Amériques —, fondait le Pôle universitaire de Sherbrooke, le premier du genre au pays. Une décennie et des poussières plus tard, cette initiative lui vaut de figurer dans l'édition 2004 du prestigieux palmarès annuel des 40 leaders canadiens de moins de 40 ans (Top 40 under 40) du quotidien The Globe and Mail. M. Béchard a quitté ses fonctions en mai dernier pour joindre les rangs du Parti libéral du Canada.

Le Pôle universitaire est une alliance de neuf établissements d'enseignement, dont l'Université de Sherbrooke, l'Université Bishop's et les cégeps des environs. Il vise à accroître l'offre de service aux 40 000 étudiants qu'il accueille chaque année et à favoriser la synergie. «C'est un important créateur d'emplois, dit Bruno-Marie Béchard, avec un effectif d'environ 11 000 personnes, et l'activité qu'il génère se traduit par la création d'emplois indirects, entre autres grâce aux entreprises qui sont créées à la suite des découvertes technologiques réalisées par les chercheurs. De plus, le Pôle joue un rôle important sur les plans culturel et social.»

Fait à noter, le Pôle a été à l'origine de la création de 20 entreprises au cours des dernières années. La plus récente, SixTRON, démontre bien les fruits de la synergie qui s'opère dans le Pôle. Spécialisée dans le génie des matériaux, cette coentreprise est née des travaux réalisés conjointement par un professeur de l'Université de Sherbrooke et l'un de ses confrères de l'Université Bishop's.

La réussite du Pôle universitaire de Sherbrooke est telle que son créateur a participé à la fondation du deuxième rassemblement du genre au Québec, le Pôle universitaire de la Montérégie. Situé à Longueuil, celui-ci favorisera une synergie entre l'Université de Sherbrooke, qui a établi un campus à Longueuil, l'Université du Québec à Montréal et d'autres établissements qui possèdent des satellites à Longueuil.

En fait, c'est en bonne partie grâce à sa position de chef de file dans l'économie du savoir que l'Estrie parviendra à préparer la relève dont ses entreprises auront besoin dans l'avenir. Ce positionnement lui permettra aussi de continuer à contribuer à l'essor du Québec... et à rayonner, ici comme ailleurs.


Imbroglio linguistique

L'Estrie a longtemps été connue sous l'appellation de «Cantons-de-l'Est», qui tirait ses origines de la traduction du nom Eastern Townships, le toponyme donné à la région par les administrateurs de la colonie britannique. Pourtant, celle-ci est située davantage à l'ouest du Québec qu'à l'est... Mais pour les loyalistes venus des États-Unis, elle se trouvait effectivement à l'est. À la suite de pressions effectuées par des mouvements de défense du fait français, le gouvernement du Québec a décrété, le 3 juin 1981, le remplacement du nom «Cantons-de-l'Est» par «Estrie». Composé du préfixe désignant le point cardinal, ce toponyme contient aussi le suffixe «trie», un mot de la langue romane qui désigne une terre fertile.

(Source : Commission de toponymie du Québec)


Le Centre-du-Québec
L'empire du milieu

Le ralentissement de l'activité économique aux États-Unis l'an dernier, l'essor de la concurrence étrangère et l'envolée fulgurante du huard ont fait perdre des plumes à l'économie du Centre-du-Québec. Pourtant, les intervenants économiques de la région se disent très optimistes... et tout indique que l'avenir leur donnera raison!

Affectée notamment par la vigueur du dollar canadien, l'économie de la région administrative du Centre-du-Québec subit depuis un an quelques bouleversements.

L'emploi manufacturier, entre autres, stagne après avoir connu une croissance effrénée entre 1996 et 2002. Les entreprises du vêtement sont particulièrement touchées.

Mais entre deux annonces de mises à pied dans ce dernier cas, d'autres secteurs affichent de meilleures mines. Ceux de la fabrication de textiles spécialisés (de membranes d'étanchéité, par exemple) et du bois ouvré (meubles et cercueils) se portent très bien. Le commerce de détail, les services et la construction bouillonnent d'activités. Il en est ainsi à Drummondville, la championne canadienne de la diversification économique en 2003 parmi les villes de moins de 100 000 habitants, selon Statistique Canada.
Drummondville est la championne canadienne de la diversification économique en 2003 parmi les villes de moins de 100 000 habitants, selon Statistique Canada.
«L'emploi est en baisse de 1 % dans le secteur manufacturier en général, mais à la hausse dans le commerce de détail et les services, affirme Martin Dupont, directeur général de la Société de développement économique de Drummondville (SDED). Cette année, 45 millions de permis de construction ont été délivrés dans le secteur commercial, du jamais vu depuis 20 ans. Et l'Hôpital Sainte-Croix travaille à des projets d'agrandissement en vue de devenir un centre hospitalier régional.»

La production de biens représente malgré tout 41 % de l'emploi dans la région, comparativement à 25 % pour l'ensemble du Québec, révèlent les données d'Emploi-Québec. La production agricole est aussi importante avec 7,6 % de l'emploi.

Attraction et rétention
Le dynamisme de la région, celui de Drummondville en particulier, est dû en partie à sa capacité d'attirer des résidents de l'extérieur sur son territoire. Martin Dupont souligne que la population de la MRC de Drummondville est passée de 88 000 à 90 000 personnes entre 2002 et 2003. En fait, le dernier recensement révèle que le Centre-du-Québec dans son ensemble a connu une hausse de 1,7 % de sa population entre 1996 et 2001, ce qui est légèrement supérieur à la moyenne québécoise.

Le Centre-du-Québec se compose des MRC d'Arthabaska (Victoriaville), de Bécancour, de Drummond, de L'Érable et de Nicolet-Yamaska. Son économie repose dans une large part sur les secteurs agricole et manufacturier.

Par contre, Éric Lampron, analyste du marché du travail à Emploi-Québec Centre-du-Québec, rappelle que le taux d'exode des jeunes a atteint près de 15 % lors de la même période et que la population en âge de travailler décroîtra au cours des prochaines années. «Pour sensibiliser les employeurs à ces problématiques, une stratégie de rétention et d'attraction a été lancée au printemps 2003 par le Conseil régional des partenaires du marché du travail du Centre-du-Québec, en collaboration avec Emploi-Québec. Des actions sont aussi mises de l'avant pour inciter des immigrants à s'établir dans la région.»

D'ailleurs, la région est plus ouverte que jamais sur le monde. Le Centre-du-Québec s'attaque à ce que plusieurs considèrent comme le défi économique de l'heure : la mondialisation. «Nos entreprises sont très dépendantes du marché américain et elles doivent faire face à une forte concurrence asiatique, soutient le directeur général de la SDED à Drummondville. Plutôt que de la subir, plusieurs préfèrent développer des partenariats à l'étranger et tenter de tirer profit de cette réalité. Nous réaliserons d'ailleurs une première mission économique en Chine, en septembre, à laquelle participeront les dirigeants d'une dizaine d'entreprises de notre territoire.»

Un centre universitaire pour les PME
Région d'entrepreneurs, le Centre-du-Québec constitue une véritable pépinière de petites et moyennes entreprises (PME). Selon les données d'Emploi-Québec, plus de 80 % des entreprises du territoire comptent moins de 10 employés. Or, leurs dirigeants pourront miser sur une nouvelle ressource pour les soutenir dans leurs efforts. En effet, l'Institut de recherche sur les PME de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), le plus grand foyer de recherche et de formation sur les PME au monde, a annoncé la création du Centre universitaire PME du Centre-du-Québec.

L'établissement, qui ouvrira ses portes en septembre, s'établira dans la Maison de l'industrie à Drummondville. «On y donnera de la formation continue en plus d'y réaliser des activités de recherche et d'intervention auprès des PME, souligne Gilles Beaudry, directeur de l'Institut de recherche sur les PME de l'UQTR. Et pour que la formation réponde parfaitement aux besoins, nous réalisons une vaste enquête auprès des PME des territoires qui seront desservis par cet établissement, soit le Centre-du-Québec et les villes de Saint-Hyacinthe et de Sorel-Tracy.»

Très prometteuses, les initiatives mises de l'avant dans le Centre-du-Québec expliquent l'optimisme qui anime les intervenants économiques de la région. De plus, elles laissent entrevoir de belles réussites qui, dans l'avenir, pourraient inciter nombre d'entreprises et de travailleurs de l'extérieur à s'établir dans la région.


Estrie

Secteurs qui recrutent
  • Commerce de détail
  • Caoutchouc/plastique
  • Enseignement
  • Pâtes et papiers
  • Santé
Les plus recherchés
Secondaire
  • Aides et auxiliaires médicaux
  • Assembleurs de plaques et de charpentes métalliques
  • Classeurs de bois d'¦uvre
  • Conducteurs de machines
  • Monteurs et contrôleurs
Collégial
  • Agents de police
  • Éducateurs de la petite enfance
  • Infirmiers
  • Technologues et techniciens en architecture, en chimie appliquée, en dessin, en génie industriel, en laboratoire médical
Université
  • Agents financiers
  • Chimistes
  • Ingénieurs chimistes
  • Ingénieurs civils
  • Ingénieurs électriciens et électroniciens
  • Professeurs en éducation spécialisée
  • Sages-femmes et praticiens des médecines douces
  • Travailleurs sociaux
(Sources : CRHC des Cantons-de-l'Est, Emploi-Québec. Le marché du travail dans la région de l'Estrie, Perspectives professionnelles 2002-2006, 2003.)


Centre-du-Québec

Secteurs qui recrutent
  • Aliments et boissons
  • Commerce de gros et de détail
  • Hébergement et restauration
  • Matériel de transport
  • Meubles et produits connexes
  • Produits métalliques
  • Soins de santé et assistance sociale
  • Tourisme
  • Transport
Les plus recherchés
Secondaire
  • Conducteurs de machines d'usinage
  • Infirmiers auxiliaires autorisés
  • Monteurs et contrôleurs de meubles et d'accessoires
  • Soudeurs et conducteurs de machines à souder
Collégial
  • Éducateurs de la petite enfance
  • Infirmiers
  • Technologues et techniciens en chimie appliquée, en génie industriel, en génie mécanique
Université
  • Ingénieurs civils
  • Ingénieurs électriciens et électroniciens
  • Ingénieurs d'industrie de fabrication
  • Ingénieurs mécaniciens
  • Médecins spécialistes
  • Omnipraticiens
  • Pharmaciens
  • Spécialistes des ressources humaines
(Sources : DRHC, Emploi-Québec. Le marché du travail dans la région du Centre-du-Québec, Perspectives professionnelles 2002-2006, 2003.)


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