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[Marché du travail] Ça s'explique par Frédéric Perron Le marché du travail recèle d'étranges phénomènes qui semblent inexplicables ou même contraires au bon sens. Jobboom tentera chaque mois de résoudre l'un de ces mystères. Pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas simplement augmenté le salaire minimum au lieu de créer le programme Prime au travail pour venir en aide aux bas salariés? Le gouvernement du Québec introduira en 2005 le programme Prime au travail, qui bonifie les revenus des petits salariés. Il remplacera l'actuel programme Aide aux parents pour leurs revenus de travail (APPORT). Contrairement au programme APPORT, le nouveau programme s'adresse à l'ensemble des petits salariés, plutôt qu'aux seules familles avec enfants. Plus de 500 000 personnes pourraient être touchées par cette mesure, contre 30 000 avec APPORT. Prime au travail attribuera des allocations selon le salaire et la situation familiale des travailleurs. Par exemple, un couple avec enfant(s) qui gagne un revenu annuel de 14 800 $, soit l'équivalent d'un emploi à temps plein au salaire minimum, recevra 2 800 $ du gouvernement. Les coûts de ce programme, qui s'élèvent à 240 millions de dollars par an, seront couverts par les contribuables. Ne serait-il pas plus simple (et plus juste pour les contribuables) d'augmenter le salaire minimum? Pierre Lefebvre, professeur au Département des sciences économiques de l'Université du Québec à Montréal, croit que non. «Des emplois disparaissent quand on augmente le salaire minimum de façon importante. Ça rend le travail plus coûteux et ça peut inciter les employeurs à délaisser les travailleurs peu qualifiés ou moins productifs. Ça crée plus de revenus pour ceux qui conservent leur emploi, mais plusieurs le perdent.» Selon lui, une hausse du salaire minimum entraîne aussi un effet de contagion : les gens mieux payés exigent à leur tour des augmentations - qu'ils obtiennent, puisque les employeurs doivent assurer une certaine équité entre les salaires des différents niveaux hiérarchiques dans l'organisation. L'augmentation du salaire minimum a également des répercussions sur le décrochage scolaire. «La plupart des études montrent que les jeunes qui aiment plus ou moins l'école sont portés à décrocher quand le salaire minimum augmente», affirme le professeur. Voilà pourquoi plusieurs pays comme les États-Unis et la France choisissent de créer des programmes tels que Prime au travail plutôt que de hausser le salaire minimum. «C'est une prime intéressante parce qu'elle incite les gens à rester sur le marché du travail et à accumuler de l'expérience. Pour gravir les échelons, il faut de l'expérience et c'est en restant sur le marché du travail qu'on a des occasions, qu'on change d'emploi, qu'on se fait valoir, même si on est peu scolarisé.» Pierre Lefebvre est favorable au nouveau programme. Il a calculé qu'une famille monoparentale qui travaille à 8 $ l'heure pendant 1 500 heures pourrait recevoir l'équivalent de sept semaines de salaire en primes. Nul besoin de s'inscrire à Prime au travail : on reçoit la prime automatiquement selon ses revenus et sa situation après avoir fait sa déclaration d'impôts. On peut même demander des avances en début et en milieu d'année, avances qui sont basées sur les revenus de l'année précédente. Un phénomène du marché du travail vous apparaît insensé? Faites-nous parvenir votre question! par courriel : lemagazine@jobboom.com par télécopieur : (514) 890-1456 |
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