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[Carrière]
Les défauts utiles au travail
Pardonnez-leur
par Marie-Eve Cousineau
Paresse, égoïsme, orgueil, agressivité, complexes : et si vos petits défauts pouvaient faire le bonheur d'un employeur ou propulser votre carrière? La psychologue française Odile Kerjean croit que c'est tout à fait possible.
Àchaque défaut... ses qualités! Auteure du livre Nos meilleurs défauts, Odile Kerjean est persuadée qu'il faut cesser de diaboliser certaines faiblesses de caractère. Bien assumées, ces bêtes noires peuvent se révéler carrément rentables, tant pour l'employé que pour l'employeur. Ainsi, un vendeur agressif donnera du fil à retordre à la concurrence; un comptable anxieux redoublera d'attention dans ses calculs; un cadre orgueilleux prêchera par l'exemple.
Dans son ouvrage, cette psychologue du travail et graphologue trie les pauvres pécheurs que nous sommes en cinq grandes familles : les orgueilleux, les égoïstes, les agressifs, les paresseux, et les complexés. Des travers qui donnent à chacun de nous une saveur unique, explique-t-elle lors d'un entretien téléphonique depuis Paris.
Pourquoi avoir choisi ceux-là? Selon Odile Kerjean, il s'agit là des cinq défauts capitaux, ceux qui sont à l'origine des autres. Ainsi, souligne-t-elle, l'égoïsme se rapporte au narcissisme (l'amour que l'on se porte); l'orgueil est lié à l'idéal du moi (l'estime que l'on a pour soi); l'agressivité et la paresse sont des dispositions pulsionnelles pour agir et les complexes sont des inhibitions qui entravent le fonctionnement des autres composantes de la personnalité.
Cette ancienne consultante en recrutement n'a pas la prétention de catégoriser le monde de façon scientifique. Mais chaque personne possède un type de personnalité dominant correspondant au moins à l'une des catégories, croit-elle, même si l'on peut appartenir à plusieurs familles de défauts.
Dans son ouvrage, elle associe d'ailleurs chaque type de personnalité à un autre, comme l'«agressif orgueilleux». À partir de ces descriptions caricaturales, on tire quelques leçons utiles pour les relations de travail et les employeurs. Comme celle de ne pas hésiter, parfois, à embaucher un paresseux!
L'égoïste
Dédier sa vie à une entreprise? Très peu pour l'égoïste, qui travaille avant tout pour atteindre ses buts personnels. Mais des gratifications ou des primes de salaire de la part de son employeur sont appréciées. «Il aime se faire plaisir», résume Odile Kerjean. Nombre d'égoïstes sont d'ailleurs des travailleurs autonomes. Si leur rôle les valorise, ils peuvent trouver leur juste place au sein d'un groupe, dans différents secteurs de travail. «Dans ce cas, l'égoïste apportera convivialité et rondeur à l'équipe.»
Ce sont les désirs de l'égoïste qui guident son parcours professionnel. S'il apprécie les mandats qui lui sont confiés, il fera des merveilles pour son patron.
L'orgueilleux, à la tête froide, ne supporte toutefois pas la familiarité et le sentimentalisme auquel l'égoïste peut se laisser aller. D'autant que ces deux personnalités, fortes et indépendantes, refusent de se faire mener par le bout du nez. C'est qu'elles sont toutes deux persuadées de posséder la vérité...
L'orgueilleux
Un tailleur sans un pli, des ongles manucurés et une démarche assurée. Avec son allure hyper-professionnelle, l'orgueilleux sort du lot. C'est d'ailleurs ce à quoi aspire cette personnalité ambitieuse, ponctuelle, engagée, autoritaire, froide et sélective. «L'orgueilleux a pas mal d'atouts, à condition d'être au-dessus de la mêlée, observe Odile Kerjean. Il a besoin d'être valorisé.» Pas question de l'abaisser devant ses collègues de travail. «Il risquerait de se démotiver.»
Indépendant et entreprenant, il n'accepte d'ailleurs pas les contraintes. Cependant, s'il se retrouve devant un public suspendu à ses lèvres, son orgueil sera comblé. «Il travaille souvent dans les hautes sphères de la politique et des médias ou peut être à la tête d'une entreprise», indique l'auteure. Mais attention, en présence d'un autre collègue orgueilleux, une bataille de coqs peut s'engager! Car tous deux ont le même but : gravir des échelons et atteindre le sommet. César, Louis XIV, Napoléon Bonaparte étaient de cette trempe, rappelle Odile Kerjean.
Le paresseux
Négligent, inconscient, irresponsable, mou et oisif, le paresseux semble le pire employé imaginable. Mais selon Odile Kerjean, il a sa place au sein d'une entreprise. Les postes d'exécution et les tâches routinières sont tout indiqués pour cet être zen et contemplatif. «Ce sont des gens malléables, qui se soumettent aux règles pour ne pas avoir à les remettre en question», dit-elle.
L'attitude de laisser-aller de ces Roger Bontemps s'accompagne souvent de certaines qualités comme la ponctualité, un caractère stable et régulier et même un souci d'application. «Les paresseux trouvent parfois des raccourcis afin d'accomplir plus facilement leur travail», ajoute-t-elle. «Trésors de patience», ils constitueraient, selon Odile Kerjean, de bons candidats à des postes d'accueil comme à des guichets de renseignements, ainsi qu'à des postes dans le domaine de l'enseignement.
L'agressif
L'agressif est du genre à entrer par la fenêtre après qu'on l'a jeté dehors par la porte. Individu mû par l'action, souvent sportif, l'agressif a le profil type d'un bon vendeur ou d'un travailleur manuel. Il a le nom de son entreprise tatoué dans le coeur et ne rechigne pas devant les initiatives, bien au contraire. «Il aime se battre contre les difficultés», dit Odile Kerjean. En revanche, la routine et la discipline le tuent. Soupe au lait et fort en gueule, parfois carrément dérangeant, il réagit le plus souvent sous le coup de l'émotion. «En entrevue d'embauche, par exemple, il prend la balle au bond. Mais il ne réfléchit pas souvent avant de parler.»
Pour désamorcer le caractère intempestif de l'agressif, on a tout intérêt à le mettre en équipe avec un paresseux. Empreint de passivité, ce dernier ne réagit pas aux attaques du premier.
Le complexé
Avant d'oser émettre un commentaire sur un sujet, le complexé lit tout ce qui s'y rapporte de A à Z. Fragile, angoissé et hésitant, il n'est en sécurité que s'il possède une expertise. Il se sent donc à son aise dans le domaine scientifique. «C'est quelqu'un qui a tendance à se poser des questions», remarque Odile Kerjean. Pour se faire accepter d'une équipe de travail, il n'hésite pas à donner un coup de main à ses collègues. Selon elle, le complexé est tendre, délicat et attentionné.
En compagnie d'un agressif confiant, le complexé pourrait trouver une certaine assurance, croit Odile Kerjean. Mais il peut aussi servir de «faire-valoir ou de souffre-douleur» à l'orgueilleux, qui n'hésite pas à utiliser ce faible individu. N'empêche, il trouve sa force tranquille dans les domaines techniques comme l'informatique, où les équations sont claires.
Quel est votre meilleur défaut?
Entourez la ou les propositions qui vous ressemblent le plus (ou aucune si vous n'en trouvez pas à votre convenance).
1. Un test?
e. Et puis quoi encore... j'ai assez perdu de temps comme ça!
b. Chouette, j'adore les tests qui me parlent de Moi.
c. Je n'ai absolument pas besoin de ça pour savoir ce que je vaux!
d. Un test, pourquoi pas, s'il n'est pas trop prise de tête...
f. Les tests, ça m'intéresse, même si j'ai toujours un peu peur des résultats.
2. Votre couleur préférée?
b. Une couleur gaie et qui me va bien au teint.
e. Une couleur vive, pétante, qui se voit de loin, rouge, par exemple.
c. Vieil or, noir ou blanc, une couleur distinguée, rien de criard ou de vulgaire.
f. Dans les demi-teintes.
d. Je ne sais pas, ça dépend...
3. Votre animal préféré?
b. Mon chat, mon poisson rouge et mon hamster.
c. Un animal noble et racé, rare et élégant.
f. Un petit animal doux et inoffensif.
e. Un grand fauve qui n'a peur de rien.
d. Un animal qui peut nous porter, nous rendre des services, et dont on n'a
pas à s'occuper.
4. Votre livre préféré?
e. Un livre d'action, à la limite, mais de toute façon, je n'aime pas lire.
b. Un roman plein de bons sentiments, dans lequel je puisse me reconnaître
et qui se termine bien.
c. Un livre instructif qui élève l'esprit.
d. Un livre facile à lire et à comprendre.
f. Un livre qui réponde à mes questions ou me les fasse oublier.
5. Votre rêve le plus cher?
c. Gloire et puissance.
b. Rester avec les miens.
f. Me sentir bien, enfin.
e. Une vie trépidante et aventureuse.
d. Une vie facile.
6. Vos qualités préférées?
f. La gentillesse, la douceur, le tact, la discrétion.
b. La bonne humeur, la confiance.
c. L'éthique, le sens de la qualité, l'honneur.
e. L'entrain, la pétulance, l'esprit d'aventure.
d. Le calme, la tranquillité.
7. Votre paysage préféré?
c. Les montagnes, les sommets, les points de vue d'exception.
b. Autour de chez moi.
e. Exotique, extrême, excitant, loin.
f. Joli, frais, rassurant.
d. Moelleux, confortable, plat.
- Vous obtenez une majorité de e :
serrez les poings, car vous êtes agressif!
- Vous obtenez une majorité de b :
bienvenue au sein des égoïstes.
- Vous obtenez une majorité de c :
chapeau bas, digne descendant d'orgueilleux.
- Vous obtenez une majorité de d :
laissez-vous aller, vous êtes parmi les vôtres, paresseux.
- Vous obtenez une majorité de f :
complexé, ça vous étonne?
- Un peu de tout? Seriez-vous le prototype de la personne idéale?
(Extrait de : Nos meilleurs défauts d'Odile Kerjean, Paris, Éditions Anne Carrière, 2002, p. 313-315.)
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