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[À la une]
Les jobs du futur
Recherche et rédaction : Éric Grenier et Martine Roux
Coordination : Martine Roux
Nous porterons peut-être un jour des lunettes qui projetteront des images directement sur notre rétine. Ou un système GPS dans la semelle de nos souliers. Mais ce sont surtout les tendances sociales déjà à l'oeuvre, comme notre recherche d'une meilleure qualité de vie et le vieillissement de la population, qui risquent de dessiner le futur du travail.
Dans 15 ou 20 ans, vous collectionnerez sans doute les expériences de travail et vos compétences seront rapidement dépassées. Vous devrez être flexible et prêt à apprendre constamment. Vous n'habiterez ni ne travaillerez peut-être plus en ville.
Mais vous aimerez probablement davantage votre job que vos ancêtres du XXe siècle.
Bienvenue dans le futur.
Il y a 20 ans, on n'aurait pu imaginer l'existence de spécimens appelés webmestres ou architectes de réseaux. «Et en 1994, le groupe de travail dont je faisais partie au sein du gouvernement fédéral voyait Internet comme une technologie intéressante... mais qui ne changerait pas le monde», se souvient Adam Holbrook, professeur et directeur associé du Centre for Policy Research on Science and Technology à l'Université Simon Fraser de Vancouver et directeur de InnoCom, un réseau de chercheurs sur l'innovation.
Aujourd'hui, les métiers liés à Internet sont essentiels à l'économie et le réseau lui-même fait partie intégrante de notre quotidien. Ça change pas le monde, sauf que...
Au nombre des métiers du futur, on retrouve évidemment ceux qui n'existent pas du tout en ce moment, comme le réparateur d'implants ou l'amnésiste (voir ci-dessous). Mais il y a aussi les métiers émergents, c'est-à-dire ceux qui occupent présentement un certain nombre de personnes, mais sont susceptibles d'en accaparer plusieurs autres dans l'avenir. Les aides familiaux, qui fournissent des services de maintien à domicile aux personnes âgées ou convalescentes, en constituent un bon exemple. Enfin, les métiers mutants existent déjà sous une certaine forme, mais évoluent à la vitesse grand V, comme ce fut le cas pour les techniciens en animation lorsqu'ils sont passés de la planche à dessin aux modulations en trois dimensions sur ordinateur.
La technologie n'est qu'un des moteurs engendrant de nouvelles occupations. Les bouleversements démographiques - la population vieillissante, le nombre réduit d'enfants - et les préoccupations sociales comme la santé, l'environnement, l'éducation, l'éthique ou l'hédonisme pèsent aussi lourd dans l'avenir du travail.
Nous avons demandé à des spécialistes du marché du travail d'anticiper les façons dont nous travaillerons dans 10 ou 20 ans et les rôles que nous occuperons. Voici leurs conclusions, regroupées selon cinq grandes tendances actuelles qui forgeront le marché du travail de demain.
UN. Le retour à l'humain
Le clonage d'embryons humains, la perfection génétique, l'amélioration du corps et du cerveau, c'est bien beau. Privilégiera-t-on la déshumanisation en évoluant au milieu d'êtres parfaits, posthumains, sortes de mélanges de sang et de puces?
Au contraire, disent les spécialistes : l'humain sera au coeur des innovations technologiques et sociologiques. Au fur et à mesure qu'évoluent les technologies de l'information et de la communication (TIC), les gens cherchent à communiquer et à établir des liens, sont informés rapidement et se sentent davantage concernés par des événements ayant lieu à l'autre bout de la planète. «Je m'attends à voir des transformations technologiques très fortes, mais avec de plus en plus d'accent sur l'humain, la communication et la collaboration entre les personnes», avance Éric Lacroix, directeur Veille stratégique et enquêtes au Centre francophone d'informatisation des organisations (CEFRIO).
Des disciplines en essor? La sociologie, la communication, l'anthropologie, la psychologie! Autant de secteurs qui nous permettent de mieux comprendre l'être humain et d'améliorer les relations entre les individus. Au sein des organisations, ces préoccupations sont déjà présentes. «Ceux qui se trouvent des emplois actuellement, ce sont les diplômés en arts et lettres, constate Sylvie Gagnon, directrice générale de Techno-Compétences, un organisme qui soutient le développement de l'emploi dans le secteur des TIC. C'est une tendance lourde : les organisations ont besoin de comprendre le monde et les gens.»
«Dans les années 70, 80 et 90, ce sont les gouvernements qui étaient à l'origine des changements sociaux et économiques, observe Adam Holbrook. Aujourd'hui, on voit que les changements proviennent des organisations non gouvernementales. C'est le cas du protocole de Kyoto [sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre] ou du dossier de contrôle des armes à feu. Les gouvernements se contentent d'emboîter le pas.» Selon lui, les diplômés en sciences sociales trouveront leur place au sein d'entreprises diverses.
La société recherchera peut-être un meilleur équilibre entre la passion et le travail, souhaite Sylvie Gagnon. Selon elle, trouver sa flamme professionnelle est «une grâce» et dans le monde du travail qui nous attend, il serait impardonnable de ne pas s'y abandonner. «Peu importe votre passion, vous y trouverez une application dans le monde du travail qui s'en vient.»
DEUX. Les percées technologiques
Pourra-t-on un jour, comme le prédit l'inventeur et homme d'affaires américain Ray Kurzweil, auteur de nombreux ouvrages sur la technologie, décupler la capacité de nos neurones à l'aide de la technologie ou télécharger nos souvenirs? Mystère et boule de cristal. «J'ai l'impression que d'ici 5 à 10 ans, on verra apparaître des choses très intéressantes qui sont actuellement en développement dans les laboratoires chez IBM ou Microsoft, par exemple, dit Éric Lacroix. Mais on ne sait pas quelles applications auront le haut du pavé.»
Les innovations technologiques influenceront inévitablement le marché du travail, créeront de nouvelles occupations et en propulseront d'autres. «Les biotechnologies, la bioinformatique et les nanotechnologies, entre autres, sont des secteurs où il y aura des besoins, dit Adam Holbrook, d'InnoCom. Mais à l'heure actuelle, on ne sait absolument pas lesquels.»
La nanotechnologie, cette science de l'infiniment petit, est une discipline qui n'existe que depuis une douzaine d'années. Elle permet de réduire presque n'importe quelle matière à l'échelle de l'atome, explique Patrick Desjardins, professeur au Département de génie physique à l'École Polytechnique et responsable de la Chaire de recherche du Canada-Physique de la matière condensée. «Plusieurs technologies sont basées sur la miniaturisation, ce qui crée toutes sortes de nouvelles applications. Ça représente déjà un potentiel d'emplois dans une foule de domaines existants. Quant aux métiers ou aux applications que la nanotechnologie pourrait permettre, on est encore à l'étape du développement. On parle d'électronique avec des molécules, de biosenseurs (des systèmes de détection à l'aide de tissus ou matériaux vivants), de nano-biotechnologies thérapeutiques. Une foule de produits existeront, ou existent déjà dans les laboratoires, mais quant à savoir lesquels seront commercialisés, c'est une autre paire de manches.»
Le secteur technologique est probablement celui où le plus grand nombre de nouveaux emplois seront créés, croit Graham Lowe, professeur de sociologie à l'Université de l'Alberta et directeur du Graham Lowe Group, une boîte spécialisée dans le développement des organisations et le futur du travail. «Au fur et à mesure que les technologies s'intègrent les unes aux autres (la téléphonie et Internet, par exemple), il est clair que de nouvelles possibilités de carrières sont créées.»
Mais la technologie demeure un outil, nuance-t-il. Et la grande question est de savoir jusqu'à quel point les employeurs pourront s'y adapter. «Elle évolue beaucoup plus vite que la capacité des entreprises à l'intégrer dans leur milieu de travail.»
Avec la tendance galopante à délocaliser les emplois en informatique vers l'Asie, les programmeurs risquent carrément de disparaître du paysage, estime pour sa part Éric Lacroix, du CEFRIO. Que restera-t-il au Québec? La matière grise, répond-il, tout l'aspect conception, comme les services des architectes de systèmes ou des ingénieurs informatiques. «On risque d'assister à un écrémage de la qualité des emplois disponibles en informatique au Québec.»
C'est aussi l'avis de Sylvie Gagnon. «Il nous restera tout ce qui est près du client et qui consiste à analyser ses besoins. On a les "pipelines!" technologiques, c'est-à-dire l'infrastructure des TIC. Il reste à développer le contenu : l'ergonomie Web, la communication sont en essor. Ce qu'on voit présentement dans Internet n'est que le balbutiement de ce qu'on y verra dans 10 ou 20 ans.»
TROIS. La qualité de vie
Avec une préoccupation plus grande pour l'humain vient aussi la poursuite du bonheur personnel. La qualité de l'environnement, la préservation des ressources naturelles, l'équilibre travail-famille, la recherche de solutions pour diminuer le temps de transport entre le bureau et la maison : voilà autant d'enjeux aujourd'hui sur la table qui influenceront grandement notre façon de travailler dans le futur.
À moyen terme, Graham Lowe anticipe même la fin de la croissance des régions métropolitaines. «La qualité de vie est au coeur des préoccupations des jeunes générations. Ainsi, des facteurs comme la pollution ou la recherche du milieu idéal pour élever ses enfants risquent de dicter les choix professionnels dans l'avenir. Les industries du savoir, par exemple, n'ont pas besoin d'être près de certains marchés ou fournisseurs et peuvent s'établir à peu près n'importe où. C'est un ensemble de tendances qui fait qu'on peut s'attendre à voir les travailleurs troquer les avantages de la grande ville contre une vie plus paisible», remarque le sociologue.
Les horaires flexibles font du chemin, la recherche de l'équilibre entre le travail et la famille aussi. La génération Y, celle de l'égocentrisme, aujourd'hui sur les bancs de l'université ou fraîchement diplômée, boude les postes de hautes responsabilités et privilégie la qualité de vie, pense
Sylvie Gagnon. Elle façonnera probablement des milieux de travail à son image.
Quant au télétravail, il ne se répandra pas nécessairement aussi vite que les pourriels. En fait, les spécialistes croient que les employés de demain préféreront l'environnement social du bureau à la solitude de leur chaumière - une tendance déjà à l'oeuvre aujourd'hui. Par contre, ils travailleront en équipes de façon virtuelle, précise Sylvie Gagnon. «Les jeunes générations maîtrisent déjà les hot meetings (réunions en ligne) et la technologie Wi-Fi. On verra probablement une implantation réelle de ces technologies dans le marché du travail.» Déjà, certaines PME québécoises dans le secteur de l'informatique permettent à leurs programmeurs de travailler la nuit, dit-elle. «Ces gens sont branchés en permanence avec une autre équipe en Europe de l'Est, par exemple. Ça fonctionne très bien.»
QUATRE. Le mélange des genres
Professeur, agent immobilier, ingénieur au cours d'une même vie. Pourquoi pas? Dans le monde du travail de demain, la carrière ne sera plus caractérisée par une date de début et une date de fin. Elle progressera plutôt à l'horizontale (postes variés) qu'à la verticale (promotions hiérarchiques), disent les experts. En fait, les travailleurs seront plus que jamais enclins à embrasser une occupation qui les passionne. «Pour les employeurs, l'octroi d'une année sabbatique passée à faire d'autres tâches sera peut-être aussi intéressant qu'une année supplémentaire à l'université, croit Adam Holbrook. C'est un enrichissement, une occasion d'acquérir des connaissances éloignées du travail quotidien.»
Toujours sous le thème du mélange des genres, on observe aussi que les disciplines se côtoient et se combinent de plus en plus entre elles. «Les biotechnologies, par exemple, peuvent combiner la biologie, la pharmaceutique, la médecine», poursuit le chercheur de Vancouver.
En fait, la biologie, la chimie et la physique se rejoignent déjà au sein des nanotechnologies, explique Patrick Desjardins, de l'École Polytechnique. «La nanotechnologie est un point de rencontre pour des secteurs traditionnellement séparés et les projets multidisciplinaires sont clairement avantagés.»
Les humains et les technologies convergent vers un système interconnecté, rappelle Adam Holbrook. «C'est une tendance qui va en s'amplifiant. Les organisations regroupent de plus en plus de travailleurs de différents horizons ou disciplines qui doivent travailler ensemble.» Dans des entreprises de logiciels, certains employeurs préfèrent même embaucher des diplômés en musique plutôt qu'en sciences, dit-il, parce qu'ils croient qu'ils sont mieux préparés à l'interconnectivité, comme au sein d'un orchestre.
CINQ. La désuétude des compétences
Cherchons avocat avec expérience dans le milieu pharmaceutique ainsi que connaissances des biomatériaux et maîtrisant les systèmes d'exploitation ABC ainsi que les logiciels de gestion intégrée XYZ : ainsi pourrait se lire une offre d'emploi dans quelques années. Les besoins se précisent à l'extrême, la liste des compétences nécessaires s'allonge et celles-ci deviennent rapidement désuètes.
«Attendez-vous à ce que vos fonctions changent au moins tous les cinq ans, que vous changiez d'occupation ou pas, prévient Adam Holbrook. Il deviendra extrêmement rare de se former pour une profession et de l'exercer de la même façon 30 ans plus tard.»
Déjà, certains employeurs estiment qu'un CV vieux de cinq ans - auquel il ne s'est pas greffé d'expériences ou de formations nouvelles - est dépassé, observe Sylvie Gagnon, de Techno-Compétences. «Que ce soit une fausse perception ou pas, il est clair que la désuétude des compétences s'accélère.»
La globalisation et la concurrence serrée des autres régions du globe accentuent ce phénomène, et peu de secteurs professionnels, sinon ceux des services aux personnes ou aux entreprises, y échappent. Même la santé! «Aujourd'hui, certains hôpitaux américains prennent des radiographies qu'ils font interpréter en Inde», souligne Sylvie Gagnon. Dans un tel contexte, le perfectionnement des compétences devient essentiel afin d'éviter de se faire dépasser par un collègue... taïwanais ou cambodgien! «On savait déjà qu'il n'y avait plus de garantie d'emploi à vie, mais cette tendance s'accélère grandement aujourd'hui.»
Le monde du travail qui se profile risque d'être fascinant. Car mises bout à bout, ces tendances convergent vers l'équilibre, constatent les spécialistes du monde du travail, équilibre entre le travail et la vie privée, entre la passion et la nécessité de gagner sa vie, mais aussi entre l'être humain et la technologie.
Courtier en pollution
(Éric Grenier)
Selon Jim Dator, directeur du Centre d'études sur le futur de l'Université d'Hawaii, les grands problèmes environnementaux qui affligent la planète, comme le dérèglement du climat, ne pourront être longtemps passés en seconde priorité. Ils nous forceront à revoir notre mode de vie et, par conséquent, auront un impact majeur sur le travail. «Nous arrêterons de penser qu'il faut toujours plus de production, toujours plus de consommation pour nous épanouir, dit-il. Nous préoccuper des menaces environnementales qui nous guettent implique que nous devrons revoir fondamentalement la manière dont s'organisent les activités humaines.»
Nous sommes loin de cette révolution, mais les préoccupations environnementales commencent déjà à laisser leur trace dans le marché du travail. Ainsi apparaît timidement, depuis moins de deux ans, une variante du métier de courtier : le courtier en pollution. À la demande de ses clients - des entreprises, des organismes gouvernementaux, des sociétés d'État -, il achète ou vend des quotas de rejets de matières polluantes dans l'environnement fixés par les gouvernements.
En janvier 2005, une «Bourse de la pollution» verra le jour en Europe. Chacun des 22 pays membres de l'Union européenne déterminera la quantité maximale de CO2 rejetable dans l'atmosphère annuellement. Les entreprises industrielles de ces pays auront à leur tour des quotas de CO2 à respecter. Si elles n'y parviennent pas, elles pourront acheter, à travers un système d'échanges identique à celui de la Bourse, des quotas ou des parties de quotas à d'autres entreprises qui ne les auront pas tous utilisés.
À beaucoup plus petite échelle, une Bourse verte existe déjà en Grande-Bretagne depuis 2002. Plus près de nous, le Chicago Climate Exchange, à l'étape expérimentale depuis décembre dernier, se veut la première Bourse mondiale d'échanges de gaz à effet de serre. Des entreprises du Canada, des États-Unis et du Mexique se sont volontairement inscrites à ce programme. Elles se sont engagées à réduire leurs émissions de CO2 et, selon leur capacité à atteindre leurs objectifs, elles peuvent s'échanger des tonnes de gaz à effet de serre par l'entremise de courtiers «verts».
Décodeur interculturel
La libre circulation des travailleurs spécialisés s'accentue à travers le monde. Selon le rapport annuel de l'Organisation de coopération et de développement économiques sur les migrations internationales de 2003, les États-Unis ont accueilli en 2002 trois millions de travailleurs étrangers temporaires. Dix ans plus tôt, il y en avait moins de un million. La demande est telle que l'Organisation mondiale du commerce a ouvert en mars dernier une ronde de négociations pour la «libéralisation des échanges de main-d'oeuvre» afin qu'un plus grand nombre de travailleurs spécialisés puissent oeuvrer partout où il y a des besoins de talents.
Or, gérer des équipes de travail de plus en plus multiculturelles et multiethniques constitue une lourde tâche pour un directeur des ressources humaines. «Nous voyons venir depuis longtemps, au sein des entreprises, de nouveaux postes exigeant des compétences interculturelles», explique Lucie Houle, présidente et directrice du développement de Archétypes-Inter, une entreprise de consultants en développement des compétences humanistes et interculturelles.
Le rôle de ces médiateurs ou «décodeurs interculturels» en entreprise consisterait à comprendre les composantes des différentes cultures du personnel en vue de favoriser des relations plus harmonieuses entre les membres des équipes. Ils assisteraient aussi les employés en poste à l'étranger pour leur assurer un niveau approprié de connaissance des cultures qu'ils auront à côtoyer.
Euthanalogue
Depuis avril 2002, certaines nations comme les Pays-Bas encadrent la pratique de l'euthanasie. Ailleurs, comme au Canada, l'idée de permettre à un malade incurable de mettre fin à ses jours avec l'aide de spécialistes médicaux fait son chemin. Dans l'affaire Sue Rodriguez, qui avait demandé à la Cour suprême le droit au suicide assisté au début des années 90, quatre des neuf juges, y compris le juge en chef, avaient reconnu la légitimité de l'euthanasie.
Le débat dont l'euthanasie fait l'objet ressemble étrangement à celui entourant l'avortement il y a 30 ans. Est-ce à dire que l'euthanasie connaîtra le même sort? Si c'est le cas, une nouvelle pratique médicale se développera vraisemblablement autour de cet acte médical.
L'euthanasie est un geste grave, irréparable, où des abus seraient tragiques. Aux Pays-Bas, les médecins qui ont obtenu le droit d'euthanasier doivent se soumettre à un protocole d'intervention complexe, qui fait appel à des connaissances en psychologie, en counseling, en gestion d'informations et en lecture de diagnostics. Et même en droit : ils doivent interpréter la loi et se demander si le patient a simplement une «fatigue de vivre» - l'euthanasie serait illégale dans ce cas - ou s'il veut mourir en toute connaissance de cause. D'où l'importance de «professionnaliser» la pratique.
Amnésiste
Des découvertes scientifiques permettront un jour de créer un traitement qui effacera en partie ou en totalité la mémoire. C'est ce que croit notamment le DaVinci Institute, un groupe américain de réflexion sur le futur qui compte parmi ses clients les entreprises Ford, IBM et Hewlett-Packard. Cette découverte pourrait mener, à terme, à la création d'un nouveau spécialiste médical : l'amnésiste.
«La thérapie par l'amnésie sera un jour largement répandue afin d'effacer certains éléments de la mémoire, pour traiter certains traumatismes mentaux, par exemple», soutient Thomas Frey, directeur de l'institut. Plus encore, l'amnésiste pourrait remplacer le bourreau dans les cas de peines de mort. Une sentence qui se révèlerait beaucoup moins barbare que l'électrocution ou l'injection mortelle. Thomas Frey juge que la question mérite d'être posée : «Si vous étiez membre d'un jury qui aurait à décider du sort d'un meurtrier, et que vous ayez à choisir entre l'envoyer à la chaise électrique ou le condamner à l'amnésie totale, quelle serait votre décision?»
Réparateur d'implants
Pour Jim Dator, directeur du Centre d'études sur le futur de l'Université d'Hawaii, il ne fait aucun doute que les nanotechnologies deviendront un grand stimulateur de changement dans nos vies. Le gouvernement américain consacrera 2,5 milliards de dollars à la recherche en nanotechnologie d'ici à 2005 pour créer des machines aussi petites que des cellules humaines. Comme des puces sous-cutanées qui amélioreraient les performances physiques de l'humain ou encore des implants hyperintelligents qui s'attaqueraient à différents maux du corps. Or, comme les lecteurs de DVD ou les motoneiges, ces implants cellulaires ne seront pas exempts de ratés. Selon une étude réalisée en 2003 à l'École des Sciences de la vie de l'Université de Londres, ces technologies seront si complexes que seuls des ultraspécialistes dans le domaine des nanotechnologies pourront en assurer l'entretien.
Protecteur de données personnelles
Il y a tellement d'informations personnelles qui circulent dans les réseaux informatiques et dans Internet qu'un protecteur de données sera sûrement utile dans quelques décennies. Il surveillera tout ce qui circule vous concernant et vous avertira (comme un système d'alarme!) de toute intrusion dans vos données personnelles et d'une utilisation non autorisée de votre identité. Ces informations circulant à une vitesse folle peuvent, en moins de temps qu'il ne le faut pour appuyer sur DELETE, détruire à tort - ou à raison - n'importe quelle réputation. Aussi Thomas Frey, du DaVinci Institute, croit-il que des «réparateurs de réputation» en ligne seront aussi nécessaires pour protéger et refaire, au besoin, l'image d'un client ternie à travers le Web.
Éthicien en entreprise
Le fondateur de Sun Microsystems, Bill Joy, qui se targue de toujours prêter une oreille à sa conscience éthique dans le cours de ses affaires, croit fermement que les innovations technologiques du prochain siècle menacent rien de moins que l'humanité. Dans un texte célèbre publié par le magazine Wired en août 2000, Joy estime que les entreprises qui commercialiseront leurs découvertes, en matière d'intelligence artificielle par exemple, auront de sérieuses questions éthiques à se poser avant de rendre accessibles certaines technologies. Peut-on, au nom de l'argent, mettre sur le marché une machine à contrôler la pensée d'autrui, se demande-t-il en substance au sujet de l'intelligence artificielle. Si oui, comment, où et quand?
Les questions quant à la responsabilité d'une entreprise en environnement, en politique ou en développement social appartiendront à l'éthicien au service de la compagnie, au même titre que les questions comptables relèvent du comptable et les questions juridiques, de l'avocat.
«Entre inventer des choses et les légitimer, il y a une marge, croit Thomas Frey, du DaVinci Institute. Les questions éthiques ont pris une grande place dans notre manière de concevoir l'avenir. Encore plus depuis que la possibilité de cloner l'être humain est apparue. Tous ceux qui ont à développer les nouvelles technologies devront en tenir compte. Nous ne sommes plus dans les années 50, les gens sont beaucoup mieux informés et posent plus de questions. Ils ne se laisseront pas imposer des innovations qui pourraient leur apparaître immorales.»

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