![]() |
[Carrière] Le monde du travail selon Hervé Sérieyx Résultats à court terme et développement durable Concilier l'inconciliable Ne nous racontons pas d'histoire : la gouvernance d'entreprise, qui prône les résultats à court terme, et le développement durable ne jouent ni dans le même sens, ni dans le même camp. Nombre de conférenciers s'efforcent d'accorder ces deux locutions «très tendance»; elles n'en demeurent pas moins profondément antithétiques dans leurs origines, dans leurs ambitions comme dans leurs conséquences. Dans cette chronique en deux parties, voyons comment l'émergence d'«organisations apprenantes» apparaît comme une source de conciliation possible entre les deux concepts.
Le capitalisme anglo-saxon a triomphé du capitalisme latin.La pression du «court-termisme» La cause semble donc entendue : dorénavant, c'est pour l'actionnaire que travaillera l'entreprise. Bien sûr, cela ne veut pas dire que celle-ci ne s'intéressera toujours qu'aux performances financières à court terme. Pourtant, ne rêvons pas : la dictature croisée des indices boursiers, des analystes financiers et des gestionnaires de fonds, elle-même renforcée par l'action perverse de ceux qui spéculent sur les produits dérivés, pousse la gouvernance d'entreprise à maximiser la performance financière immédiate. Les nouveaux types de plans de licenciement illustrent la force de ce tropisme. Il y a vingt ans, on était licencié parce qu'on n'était pas compétent; il y a dix ans, parce qu'on coûtait trop cher à l'entreprise; il y a cinq ans, parce qu'on avait la malchance de travailler dans les activités données en sous-traitance; dorénavant, on court le risque d'être licencié parce que le rendement du capital investi est jugé trop faible par les actionnaires. Cette pression vers le «court-termisme», que le gouvernement d'entreprise risque d'exercer de plus en plus sur les entreprises cotées en Bourse, se transmet d'ores et déjà dans tout le tissu entrepreneurial des PME qui ¦uvrent en sous-traitance pour la plupart de ces grands «donneurs d'ordres». Devant cette injonction de la corporate governance venue du monde financier («travaillez pour vos actionnaires et rapportez-leur des sous le plus vite possible»), l'entreprise se voit progressivement confrontée à une autre obligation issue de la société et de l'opinion : celle du développement durable («ne prenez que des décisions qui garantissent la durée et ne compromettent pas le futur»). À l'évidence, il y a de l'injonction paradoxale dans l'air. On peut considérer que conjuguer les exigences de la corporate governance et celles du développement durable revient, pour l'entreprise, à devoir concilier l'inconciliable; on peut inversement estimer qu'il s'agit là d'une de ces contradictions fécondes propres à la complexité, une de ces dialogiques chères au sociologue Edgar Morin où s'affrontent et se complètent des logiques à la fois antagoniques et complémentaires, moteur indispensable de tout système vivant. Mais encore faut-il que le processus selon lequel ces deux logiques s'affrontent et se confrontent soit créateur de vie et non mortifère. Le concept d'«organisation apprenante» devrait permettre à l'entreprise de réconcilier dynamiquement ces deux tensions qui semblent orienter ses décisions stratégiques dans des sens opposés. Le magazine Jobboom a invité Hervé Sérieyx, spécialiste français du management et de la gestion des ressources humaines, à commenter le monde du travail. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont La nouvelle excellence - Réussir dans l'économie nouvelle (2000) et Les jeunes et l'entreprise : des noces ambiguës (2002). Il est aussi vice-président du conseil de surveillance du Groupe ITEO et vice-président du conseil d'administration du Groupe Conseil CFC (www.groupecfc.com). |
|||
|
|||||||
![]() |
|
||||||