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  [Formation | Emploi]
Les métiers du transport
Des emplois qui tiennent la route

par Sylvie L. Rivard

Ça brasse dans l'univers du transport. On dirait qu'une tuile n'attend pas l'autre : attentats du 11 septembre, conflit du bois d'oeuvre, hausse de la devise canadienne. Malgré tout, les Québécois sont de plus en plus mobiles... et les marchandises aussi! Mondialisation oblige, les échanges commerciaux augmentent sans cesse. Et les perspectives d'emploi, plus nombreuses que jamais, tiennent la route : alors que leurs employés vieillissent, les entreprises du secteur peinent à recruter du sang neuf.

Par route, par mer, par rail ou par air, le Québec transporte beaucoup... et loin. La gestion d'un flux croissant de marchandises, la documentation douanière et la gestion des paiements et crédits sur le plan international aiguisent l'appétit des entreprises du secteur à l'égard des travailleurs ultra-qualifiés. Les chauffeurs et les mécaniciens, par exemple, sont accueillis à bras ouverts dans l'industrie.

Du côté des marchandises, la route est reine au Québec. Même si les entreprises de camionnage ont récemment été affectées par différents phénomènes qui ont nui aux activités dans l'axe Québec-États-Unis (comme la hausse de la valeur du dollar canadien et le ralentissement aux frontières), le trafic intérieur a obtenu des résultats satisfaisants au cours des derniers mois. Cette performance s'explique principalement par la vigueur des échanges commerciaux entre le Québec et l'Ontario. En outre, le transport routier continue de connaître une croissance légèrement supérieure à celle de l'économie québécoise dans son ensemble.

Combinée au vieillissement des routiers, la croissance des dernières années fait en sorte que la demande est plus forte que jamais sur le plan de l'emploi. C'est du moins ce que constate Camo-route, le Comité sectoriel de main-d'oeuvre du transport routier au Québec, qui observe également que le bassin de recruteurs s'est élargi.

«Entre 2002 et 2003, la croissance de l'emploi a été de 12 % dans les entreprises qui comptent plus de 50 camions, explique Guy Normandeau, directeur général de Camo-route. Le problème, c'est que dans un contexte de déséquilibre démographique, le bassin de jeunes qui pourraient constituer la relève est limité.»

Les camionneurs, qui représentent plus de 80 % de la main-d'oeuvre de l'industrie, sont évidemment les travailleurs les plus recherchés. Bien sûr, il s'agit d'un métier exigeant, qui n'a pas la réputation de faciliter la conciliation famille-travail. Par contre, il se révèle intéressant quant à la rémunération. «Le salaire annuel moyen est d'environ 38 000 $, soutient Guy Normandeau. Et les gens qui font du transport international, soit au-delà de la frontière américaine, peuvent gagner plus de 50 000 $ par année.»

Les perspectives de carrière sont aussi alléchantes dans le domaine du transport des personnes, notamment du côté de la Société de transport de Montréal, où l'on procède à l'application d'un plan de relève majeur pour remplacer les chauffeurs d'autobus qui prendront le chemin de la retraite au cours des prochaines années. Quant au transport scolaire, c'est surtout dans les grandes agglomérations que les entreprises recrutent. Dans ce domaine, le remplacement du personnel vieillissant constitue aussi un enjeu important. À titre d'exemple, le transporteur scolaire montréalais Autobus Transco devra remplacer la moitié de son bassin de chauffeurs d'ici à cinq ans, soit 300 personnes.

La situation est également favorable aux chercheurs d'emploi dans le domaine des services de messagerie, où des entreprises comme Purolator, FedEx ou UPS recherchent des chauffeurs de camions et des messagers.

La demande a aussi augmenté de façon substantielle pour d'autres travailleurs de l'industrie. En plus des camionneurs et des chauffeurs, les entreprises recrutent un nombre important de mécaniciens, de manutentionnaires, de répartiteurs et d'employés de bureau.

Dans le secteur de la logistique, on trouve des emplois liés aux approvisionnements et aux expéditions. «Ces fonctions ont une influence déterminante sur les coûts d'exploitation des entreprises, souligne Guy Normandeau. Mais ce secteur étant relativement nouveau, la demande sur le plan de l'emploi est difficile à chiffrer.»

Petit train va loin
Profitant d'une croissance des activités dans le secteur du transport des marchandises et de la popularité du train de banlieue, l'industrie ferroviaire québécoise redouble d'efforts afin de recruter la relève.

«Nous connaissons déjà des pénuries de main-d'oeuvre et la situation ne s'améliorera pas, car la moyenne d'âge dans l'industrie est de 45 ans. Elle atteint même 50 ans pour certains métiers», affirme Pierre Fallu, président et directeur général de la Société de promotion de l'industrie ferroviaire. Les entreprises devront fournir des efforts supplémentaires pour recruter des employés au cours des cinq prochaines années, dit-il.

Le porte-parole de l'industrie estime que les métiers les plus affectés par les besoins de main-d'oeuvre sont ceux de mécanicien de locomotive - qui est dans les faits un «chauffeur de train» et non un mécanicien - et de chef de train, un travailleur qui prépare le convoi avant le départ, en s'assurant entre autres que les wagons sont bien reliés les uns aux autres.

Pour devenir mécanicien de locomotive ou chef de train, il faut suivre une formation de 10 mois et réaliser un processus d'accréditation d'environ 4 mois. «Actuellement, un mécanicien de locomotive ou un chef de train gagne facilement 70 000 $ par année, précise Pierre Fallu. Ces conditions incitent d'ailleurs plusieurs employés de plus de 50 ans, aptes à la retraite, à continuer de travailler.»

Les mécaniciens de mécanique lourde de locomotive sont aussi très recherchés, tout comme les électriciens. Depuis peu, les agents de voie et les wagonniers, respectivement chargés d'entretenir et de réparer les voies ferrées et les wagons, constituent également une rareté.

Prendre le large
Depuis 20 ans, l'activité a diminué substantiellement dans le secteur maritime, cette industrie ayant perdu des parts de marché importantes du transport des marchandises au profit d'autres modes, dont le camionnage. Elle reste néanmoins un acteur économique de premier plan.

«L'industrie maritime, c'est 17 300 emplois directs et 9 000 emplois indirects, explique Dominique Lapierre, coordonnatrice de la Table sectorielle de l'industrie maritime du Québec. Elle offre des emplois très intéressants et les perspectives continueront d'être favorables au cours des prochaines années. On prévoit d'ailleurs des besoins importants pour les postes d'officiers de 1re et de 2e classe, car l'âge moyen de ces professionnels est de 50 ans.»

Pour devenir officier de 1re ou de 2e classe, il faut d'abord être officier de 4e classe puis de 3e classe. Ce grade peut s'acquérir après l'obtention d'un diplôme d'études collégiales en navigation ou en mécanique de l'Institut maritime du Québec. Deux avenues sont possibles : le travail sur le pont ou la mécanique. Par la suite, un cumul du temps de mer, combiné à une formation continue et à la réussite d'examens de certification de Transports Canada, permettent de gravir les échelons et d'accéder aux postes d'officiers de 1re et de 2e classe.

Il faut être déterminé pour atteindre ce titre, car le cheminement peut nécessiter de 10 à 15 ans. Cependant, les conditions sont fort enviables. «Le salaire annuel des officiers de 4e classe est d'environ 45 000 $, et celui des officiers de 1re et de 2e classe atteint les 95 000 $, poursuit Dominique Lapierre. Et ce salaire annuel s'applique en réalité à une période de 10 mois, car la saison hivernale marque généralement un temps d'arrêt pour les transporteurs.»

L'industrie estime que plus de 250 postes se libéreront d'ici à cinq ans. Y pourvoir ne sera pas facile, car le nombre d'officiers de 4e classe qui accèdent aux échelons supérieurs est insuffisant : le processus est long et ardu. D'ailleurs, la Table sectorielle de l'industrie maritime du Québec analyse différents scénarios susceptibles de faciliter l'accès aux postes supérieurs.

La logistique constitue aussi un domaine d'emploi important dans le secteur maritime. Bien que de jeunes diplômés en logistique soient recrutés par des transporteurs tels Océanex, le Groupe Desgagnés ou Canada Steamship Lines, les postes sont souvent occupés par des officiers qui, après une vingtaine d'années en mer, ont décidé de poursuivre leur carrière sur terre.

«Les jeunes qui font carrière dans l'industrie maritime ont la possibilité de travailler tant au Québec qu'à l'échelon international, dit Dominique Lapierre. Ils peuvent se diriger vers la marine marchande ou les bateaux de croisière et obtenir les brevets en conséquence. Ils ont aussi l'occasion de satisfaire leur curiosité intellectuelle par le biais de la formation continue. Mais ils ne rentrent pas nécessairement à la maison après leur journée de travail!»

La voie des airs
Après avoir affronté une zone de turbulences particulièrement intense à la suite des attentats du 11 septembre 2001, l'industrie aérienne québécoise reprend son envol. Air Canada a rappelé les 400 agents de bord qu'elle avait mis à pied l'an dernier. De plus, l'entreprise a procédé à l'embauche d'un nombre substantiel de nouveaux agents de bord au début de l'année. Des transporteurs à rabais, tels que Jetsgo, sont aussi fort actifs en ce qui a trait au recrutement.

«Lorsque nos activités ont débuté en juin 2002, nous possédions trois avions, rappelle Élaine Métras, vice-présidente aux ressources humaines et au service en vol chez Jetsgo. Nous en avons maintenant 15, et 18 autres s'ajouteront à notre flotte au cours des prochains mois. Cela illustre assez bien l'état actuel du marché de l'aviation.»

Le transporteur prévoit embaucher 650 nouveaux employés d'ici à février 2005, ce qui portera son effectif à 1 300 personnes. Les principaux postes à pourvoir relèvent du service à la clientèle et du service en vol.

«Les agents de bord et les agents du service à la clientèle seront particulièrement recherchés au cours des deux prochaines années. Nous devrons aussi pourvoir à des postes administratifs liés au marketing et à la publicité. Cette hausse de la demande est attribuable principalement à la forte expansion de notre entreprise.»

Pour devenir agent de bord ou agent du service à la clientèle, il faut posséder un diplôme d'études collégiales, de préférence en tourisme, ou une expérience équivalente. Il est aussi important d'être parfaitement bilingue, d'aimer le contact avec le public et, bien sûr, de manifester un souci de tous les instants pour la qualité du service à la clientèle. Pour ce qui est des postes administratifs, on demande généralement un baccalauréat en administration ou en marketing.

«Les gens se tournent vers les carrières du transport aérien pour l'aventure, soutient Élaine Métras. C'est aussi un domaine qui offre de belles possibilités d'avancement. Par exemple, un employé peut commencer sa carrière comme agent de bord et devenir superviseur par la suite.»

Les industries du camionnage, du transport maritime, aérien ou ferroviaire ont beau offrir beaucoup de possibilités d'emploi et des salaires alléchants, ces métiers et professions ne conviennent pas à tous. Exigeants à bien des égards, ils nécessitent un sens élevé des responsabilités, des aptitudes pour le travail d'équipe, un talent pour la communication et une capacité certaine à affronter l'aventure. Si vous avez le profil, foncez : le transport a besoin de relève.


De toutes nouvelles formations

Deux nouvelles formations de perfectionnement menant à l'obtention d'une attestation d'études collégiales (AEC), l'une en conduite multibus et l'autre pour équipes de train, viennent d'être mises sur pied afin de répondre aux besoins spécifiques des transporteurs exploitant une flotte d'autobus et des entreprises ferroviaires.

Le programme en conduite multibus sera donné dans les centres de formation en transport routier à Québec et à Montréal dès l'automne prochain. «En formant des jeunes à la conduite de tous les types d'autobus, le programme contribuera à répondre à un besoin important. C'est particulièrement vrai dans les grandes agglomérations, où les chauffeurs d'autobus sont très recherchés», précise Guy Normandeau, directeur général de Camo-route, le Comité sectoriel de main-d'oeuvre de l'industrie du transport routier au Québec.

Quant à l'AEC pour équipes de train, elle marque une première dans l'industrie du rail, où la formation des mécaniciens de locomotive et des chefs de train a toujours été donnée en entreprise. Le programme débutera en mai 2004 au Collège Gérald-Godin, qui l'offrira en collaboration avec Emploi-Québec. Il sera réparti sur une période de 10 mois et comprendra des stages en milieu de travail et un stage d'intégration de 210 heures, explique Pierre Fallu, président et directeur général de la Société de promotion de l'industrie ferroviaire.

Par ailleurs, l'industrie ferroviaire évalue actuellement les façons dont elle pourrait assurer une meilleure adéquation entre la formation offerte dans le réseau public et les besoins des entreprises, ce qui serait susceptible de mener à la création de nouvelles formations. Une excellente nouvelle pour tous ceux qui souhaitent s'orienter dans ce domaine.


Recherchés

Voici quelques-uns des travailleurs les plus recherchés dans l'industrie selon les différents modes de transport.

Routier
Titre d'emploi Formation
Camionneur DEP en conduite de camion
Chauffeur d'autobus et d'autocars AEC multibus*
Chauffeur d'autobus scolaires DEP en conduite d'autobus scolaire
Mécanicien DEP en mécanique de véhicules lourds
DEP en mécanique d'autobus et d'autocars
Répartiteur DEP ou AEC en transport et logistique
Technicien en logistique DEC en logistique du transport


Ferroviaire
Titre d'emploi Formation
Mécanicien («conducteur») de locomotive AEC pour équipes de train* + formation en entreprise
Chef de train AEC pour équipes de train* + formation en entreprise
Mécanicien de mécanique lourde DEP en mécanique diesel + formation en entreprise
Électricien DEP en électricité + formation en entreprise
Technicien en logistique DEC en logistique du transport


Maritime
Titre d'emploi Formation
Officier de pont de 1re et de 2e classe DEC en navigation maritime + cumul d'expérience pratique + formation continue + réussite des examens de Transports Canada
Officier en mécanique de 1re et de 2e classe DEC en mécanique maritime + cumul d'expérience pratique + formation continue + réussite des examens de Transports Canada
Officier de pont de 4e classe DEC en navigation maritime
Officier en mécanique de 4e classe DEC en mécanique maritime
Technicien en logistique DEC en logistique du transport


Aérien
Titre d'emploi Formation
Agent de bord DEC en tourisme
Agent de réservations et de service DEC en tourisme à la clientèle
Agent de service aux passagers En entreprise


DEP : diplôme d'études professionnelles
AEC : attestation d'études collégiales
DEC : diplôme d'études collégiales

* Nouveau programme offert à compter de l'automne 2004.

Pour plus de détails sur ces formations et pour savoir où elles sont offertes, consultez le site Inforoute FPT (www.inforoutefpt.org).


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