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  [Formation | Emploi]
L'emploi en horticulture ornementale
Pouces verts recherchés

par Sylvie L. Rivard

Il est loin le temps où les Québécois se contentaient de planter trois bégonias dans une roue de tracteur. Aujourd'hui, la florissante industrie de l'horticulture ornementale en a plein les mains! Entraînée par l'engouement croissant des jardiniers amateurs, elle croît d'environ 10 % par année. Elle a notamment besoin de spécialistes en aménagement paysager, en entretien des espaces verts, en jardinerie. Au moment où la préservation de l'environnement devient l'enjeu de l'heure, les travailleurs qualifiés ne se tourneront pas les pouces...

Le gazon est plus vert chez le voisin? Pas pour l'industrie de l'horticulture ornementale, solidement enracinée au Québec. Bien que saisonnière, elle a besoin de bras et de pouces verts à longueur d'année.

On achète des plantes vertes au supermarché ou à la quincaillerie en janvier. On creuse des jardins d'eau en mars. On fleurit le moindre recoin de balcon en juin. La nouvelle culture québécoise du jardinage est en train de permettre à l'industrie de se tailler une place au soleil dans le secteur de la production - serres, pépinières, gazonnières - comme dans la commercialisation ainsi que dans les services tels l'aménagement et l'entretien paysagers, l'entretien des espaces verts, la fleuristerie, les jardineries, l'arboriculture-élagage et l'irrigation horticole.

Avec 7 000 entreprises de production, de commercialisation et de services - principalement de petites boîtes familiales, très présentes dans les régions -, l'industrie génère un chiffre d'affaires annuel d'un peu plus de un milliard de dollars, estime la Fédération interdisciplinaire de l'horticulture ornementale du Québec. Terreau fertile pour l'emploi, elle recherche des employés très spécialisés, mais aussi des manoeuvres. Les entreprises du secteur emploient jusqu'à 36 000 personnes en haute saison... mais aimeraient en embaucher davantage.

«Les entreprises d'aménagement et d'entretien paysagers, d'entretien des espaces verts, les serres et les pépinières ainsi que les jardineries sont particulièrement touchées par la rareté de la main-d'oeuvre», constate Martine Matteau, directrice générale de l'Institut québécois des ressources humaines en horticulture (IQRHH). Selon elle, les établissements scolaires qui donnent les programmes de formation professionnelle et technique ne suffiraient pas à la demande. Chaque diplômé reçoit en moyenne quatre offres d'emploi, ajoute-t-elle.

La saisonnalité des emplois complique la tâche des employeurs, explique la directrice générale de l'IQRHH. Pendant une courte période - généralement du printemps à l'automne, à l'exception de la production de plantes -, une masse importante de travailleurs est requise. «L'industrie encourage de plus en plus le jumelage d'entreprises. Par exemple, une serre ornementale dont l'activité bat son plein l'hiver et une entreprise en aménagement paysager, active du printemps à l'automne, peuvent s'unir pour offrir à un employé du boulot à l'année.»

Production : du soleil et des machines
En plus de chercher des ressources humaines, les entreprises de production en horticulture ornementale ont plusieurs chats à fouetter. Sur le plan de la technologie, ce secteur traîne de la patte par rapport à l'Ontario et aux États-Unis, estime Luce Daigneault, directrice générale de la Fédération interdisciplinaire de l'horticulture ornementale du Québec. «Faute de capitaux, nous avons d'importants retards à rattraper dans nos méthodes de production. Les producteurs québécois font des miracles : ils sont obligés d'investir temps et énergie pour compenser le manque de technologie.»

À moins de vendre à petite échelle dans les jardineries, les producteurs ne sont plus des artisans, dit-elle. «Il y a énormément de compétition. Lorsqu'on vend en gros dans les Wal-Mart, Provigo, Zellers, Réno-Dépôt et compagnie, l'entreprise se transforme en véritable usine.»

Selon Luce Daigneault, le secteur de la production a cruellement besoin de contremaîtres, de gestionnaires et de gérants de production formés, expérimentés et qui comprennent bien ce qu'est l'exploitation à grande échelle. Idéalement, ces espèces rares s'y connaissent tant en économie qu'en finance, en gestion des ressources humaines et en ingénierie de production. «Le gestionnaire de production doit faire en sorte que toutes ses plantes, qui ont des cycles différents, soient prêtes au bon moment et restent un minimum de temps sur les tablettes, tout en utilisant le moins d'intrants possible (eau, engrais, pesticides), mais sans couper sur la qualité.» Tout un défi!

Tout le volet environnemental prend aussi de l'ampleur dans la production, renchérit André Mousseau, propriétaire de la serre Le Cactus fleuri, de Sainte-Madeleine en Montérégie, et président du syndicat des producteurs en serre du Québec. «Les nouveaux gestionnaires devront songer à des moyens pour limiter l'utilisation de l'eau et de l'énergie dans leur production. Ils devront aussi mieux maîtriser les conditions climatiques des serres pour éviter le développement de maladies et réduire l'utilisation de fongicides et de pesticides.»

Une fois sortis de l'école, les diplômés en technologie de la production horticole et de l'environnement du Cégep régional de Lanaudière à Joliette ne traînent pas longtemps avant de trouver du boulot. «On reçoit beaucoup d'offres d'emploi et on ne réussit pas à y répondre, affirme Caroline Chouinard, coordonnatrice du Département de technologie de la production horticole et de l'environnement. Nos sortants travaillent majoritairement pour les producteurs locaux, qui produisent à petite échelle.»

D'après Luce Daigneault, pour l'instant, l'Institut québécois du développement de l'horticulture ornementale est le seul organisme qui forme des experts aguerris offrant des services-conseils aux producteurs qui vendent en gros.

Commercialisation et services : marketing 101
Au cours des 10 dernières années, les secteurs de la commercialisation et des services ont connu un taux de croissance annuel d'environ 10 %, selon un rapport publié en mars 2003 par l'IQRHH.

Selon l'Institut, cette performance s'explique par l'engouement croissant des consommateurs pour l'horticulture et les aménagements paysagers complexes, la création et l'expansion des entreprises, la diversification des produits et des services offerts ainsi que par les besoins d'expertise suscités par les grands dossiers environnementaux, comme la nouvelle réglementation sur la vente et l'utilisation des pesticides.

«Dans le secteur de l'aménagement paysager, faute d'ouvriers spécialisés et de manoeuvres, des entreprises refusent même des contrats au plus fort de la saison», déplore la directrice générale Martine Matteau.

Les entreprises convoitent également les conseillers-vendeurs polyvalents. «L'industrie a beaucoup de difficultés à recruter des employés qui connaissent les végétaux sur le bout des doigts et l'entretien que chacun exige, mais qui sont aussi dotés d'un bon sens des affaires et conscients de l'importance du service à la clientèle», constate Luce Daigneault. En fait, la mise en marché de plantes ou de rouge à lèvres, c'est presque du pareil au même! «C'est de plus en plus "marketing, marketing, marketing". Ça prend des connaissances en mise en marché, en commercialisation.»

À son avis, pour se démarquer des grandes surfaces, les jardineries doivent accorder une attention toute particulière à la mise en marché, offrir une vaste gamme de produits et un service impeccable. Car plus que jamais, les consommateurs sont informés : impossible de leur passer un sapin! La tendance est aussi aux services clé en main, note Lise Gauthier, actionnaire et gérante de la jardinerie chez Gauthier fleurs et jardins, à Trois-Rivières. L'entreprise familiale possède une jardinerie, mais oeuvre aussi dans la floriculture, l'entretien d'espaces verts et de plantes d'intérieur et la fleuristerie.

«Dans les années 1980 ou 1990, la mode était au "faites-le vous même"! Aujourd'hui, nos clients veulent être pris en charge. Ils font leurs achats à la jardinerie et y ajoutent un ensemble de services connexes comme l'entretien du gazon et des végétaux, la taille des arbustes, le ménage du printemps, la pose de protection hivernale, etc.»

Fleuristerie : dites-le avec un diplôme
Contrairement aux autres sous-secteurs de la commercialisation et des services, celui de la fleuristerie connaît une expansion moins soutenue, selon l'IQRHH. En effet, les rayons de fleuristerie, qui se sont multipliés ces dernières années dans les grandes surfaces, marchent sur les plates-bandes des boutiques spécialisées.

Au Centre de formation professionnelle (CFP) Fierbourg de Beauport (Commission scolaire des Premières-Seigneuries), on prévoit néanmoins un avenir rose à ce secteur. Mais à condition que les fleuristes-designers capitalisent sur l'originalité, la diversité des produits et le service-conseil, nuance André Boisvert, directeur adjoint et responsable du secteur Agriculture et pêches au centre. «Certains fleuristes proposent encore des fleurs coupées démodées à des prix prohibitifs», remarque-t-il.

Dégoter des plantes exotiques rares, des fleurs d'une fraîcheur impeccable, proposer des arrangements élaborés s'harmonisant avec la décoration intérieure et offrir des accessoires originaux : voilà la clé du succès, explique-t-il. Mais ce n'est pas tout! Le CFP Fierbourg - qui offre les DEP en fleuristerie, horticulture ornementale, production horticole, réalisation d'aménagements paysagers et arboriculture-élagage - travaille aussi à l'élaboration d'un code de déontologie en fleuristerie, lequel permettra aux élèves de développer des attitudes professionnelles prisées par les employeurs comme la ponctualité, l'entregent et les habiletés de communication.


Principales formations

Professionnelles
  • Arboriculture-élagage (DEP)
  • Fleuristerie (DEP)
  • Horticulture ornementale (DEP)
  • Production horticole (DEP)
  • Réalisation d'aménagements paysagers (DEP)
  • Spécialités en horticulture (ASP)
  • Aide-fleuriste (AFP)
  • Aide-horticole (AFP)
  • Aide-pépiniériste (AFP)
  • Aide en serriculture (AFP)
  • Manoeuvre en émondage (AFP)
  • Manoeuvre en aménagement paysager (AFP)
  • Préposé à l'entretien des plantes d'intérieur (AFP)
  • Préposé à l'entretien de terrains de golf (AFP)
Collégiales
  • Gestion et exploitation d'entreprises agricoles - Productions végétales (DEC)
  • Paysage et commercialisation en horticulture ornementale (DEC)
  • Technologie de la production horticole et de l'environnement (DEC)
  • Aménagement paysager et commercialisation (AEC)
  • Application de techniques en horticulture ornementale (AEC)
  • Entretien des espaces verts (AEC)
  • Entretien d'un jardin paysager (AEC)
  • Gestion d'un terrain de golf (AEC)
  • Jardinier spécialisé (AEC)
Universitaires
  • Agronomie (Baccalauréat)
  • Architecture de paysage (Baccalauréat)
  • Agriculture et horticulture (Baccalauréat)
  • Design de jardins (Mineure)
  • Horticulture et gestion des espaces verts (Certificat)
Pour plus de détails sur ces formations et pour savoir où elles sont offertes, consultez le site Inforoute FPT (www.inforoutefpt.org).


Des fleurs à valeur ajoutée

La prochaine fois que vous offrirez des fleurs à votre nouvelle flamme, assurez-vous qu'elles sont équitables. Comme pour le café, les fleurs équitables proviennent de fermes reconnues pour respecter aussi bien l'environnement que leurs employés. On les trouve désormais en nombre croissant dans les boutiques québécoises.

«L'intérêt pour les fleurs équitables, c'est tout nouveau au Québec, dit Mario Martel, copropriétaire de Fleurigros, un grossiste de fleurs coupées, d'accessoires et de potées fleuries de Sainte-Foy. Depuis un an, l'entreprise distribue à ses clients - des fleuristes - roses, rosettes, marguerites et chrysanthèmes certifiés équitables en provenance d'Amérique du Sud. «Aujourd'hui, environ 5 % de nos clients nous questionnent sur la provenance des fleurs. Quelques-uns disent ne vouloir acheter que des roses équitables.»

En achetant ces fleurs, grossistes, détaillants et consommateurs encouragent une production florale verte et responsable. Les producteurs-exportateurs s'engagent à respecter certaines normes, variant selon le type de certification (ex. : normes de santé et de sécurité au travail, conditions salariales équitables, usage de produits fertilisants biologiques, réduction de l'utilisation de produits chimiques et de pesticides, etc.).

Les consommateurs sont de plus en plus soucieux de la provenance des marchandises qu'ils consomment et des conditions sociales et environnementales dans lesquelles elles sont produites. Mais côté fleurs, il reste toutefois du chemin à faire, constate Francine Locas-Joly, propriétaire de la fleuristerie À la boîte à fleurs de Laval et chroniqueuse «Art floral» à l'émission télévisée Les saisons de Clodine. «Pour la Saint-Valentin, lorsque nous proposions des roses équitables aux clients, les réactions étaient mitigées. Ils étaient surpris, voulaient en savoir plus, mais cela n'influençait pas forcément leur choix.» Le prix des fleurs équitables se compare à celui des fleurs non certifiées, dit-elle, mais les clients optent tout simplement pour celles qui leur plaisent le plus.


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