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Retour sur investissement
par Julie Leduc
Photo : Patrick Deslandes
Se former, c'est payant, autant pour les entreprises que pour les travailleurs. Si ces derniers donnent un coup de pouce à leur carrière grâce à la formation continue, les compagnies, quant à elles, sont mieux équipées pour affronter la concurrence. Voici quelques réussites.
La qualité avant tout
Leïla Rainville
Usine Bridgestone de Joliette
À l'usine Bridgestone de Joliette, 1 245 employés travaillent à produire quotidiennement plus de 16 000 pneus destinés à des manufacturiers automobiles comme Toyota, Honda et GM. «Dans un contexte de concurrence mondiale féroce, compter sur des employés qualifiés et compétents constitue la pierre angulaire du succès de notre entreprise», souligne Leïla Rainville, directrice des ressources humaines de l'usine.
La direction de l'usine ne perd pas de temps pour agir. «Dès leur embauche, tous les travailleurs, qu'ils soient employés à la production ou gestionnaires, suivent une formation d'intégration, explique Mme Rainville. Pendant une semaine, ils se familiarisent avec la philosophie et les valeurs de l'entreprise, apprennent les procédés de fabrication et l'importance de leur contribution à la qualité du produit. Ils acquièrent ainsi une vision globale des activités de l'usine.» Les nouveaux travailleurs suivent ensuite une formation qui les intègre à leur équipe de travail, puis une session d'apprentissage de leurs fonctions.
Mais cela ne s'arrête pas là. L'usine a également mis sur pied des programmes qui visent le perfectionnement des employés. Pour les travailleurs de la production, cela prend la forme, par exemple, d'ateliers sur la santé et la sécurité au travail, ou sur l'amélioration de techniques de fabrication. Pour le personnel administratif, il peut s'agir de sessions de cours sur le leadership et les normes de qualité. Les employés peuvent également participer à d'autres activités de formation plus personnalisées comme des cours universitaires, des colloques et des conférences.
L'entreprise investit chaque année plus de trois millions de dollars en formation, soit environ 4 % de sa masse salariale. Un investissement qui en vaut le coût, estime Leïla Rainville. «Nos employés sont motivés. Ils savent qu'ils peuvent poursuivre leur carrière ici et progresser dans l'entreprise. En contrepartie, l'usine possède une main-d'oeuvre qualifiée qui assure la fabrication d'un produit parfaitement adapté aux exigences des clients. En outre, depuis trois ans, l'entreprise a augmenté la variété des produits qu'elle propose. Notre production est passée de 20 à 45 types de pneus par jour. Pour réussir cette prouesse, il nous fallait des employés bien formés!»
Nouveau départ
Richard Trudel, assembleur de pneus, usine Bridgestone
Après avoir cumulé 26 années d'expérience comme assembleur de pneus à l'usine Bridgestone de Joliette, Richard Trudel a récemment donné une nouvelle direction à sa carrière.
En 2002, grâce à un programme mis sur pied par la direction de l'usine, il est devenu instructeur en assemblage. Il se consacre maintenant à la formation des nouveaux assembleurs et au perfectionnement des connaissances des employés déjà en place. Il s'est découvert des talents de pédagogue et un grand intérêt pour la formation. «Je suis très emballé par cette expérience, confie Richard. D'abord j'acquiers de nouvelles connaissances sur mon métier, et j'aime aussi montrer des choses aux autres. C'est très valorisant. Je sens aussi que la direction m'écoute et que je participe à la mission de l'entreprise qui vise l'amélioration de son produit par le développement des compétences des travailleurs.»
Richard a d'abord été reconnu comme instructeur par la direction et le syndicat pour ses compétences en assemblage et ses qualités de communicateur. Il a ensuite pu parfaire ses connaissances en suivant, avec sept autres collègues, deux journées de cours intitulés Techniques d'entraînement à la tâche. C'est là qu'il a notamment appris à vérifier la compréhension des «apprentis» qu'il forme. Il a également suivi une formation de huit heures portant sur les développements technologiques dans la composition des pneus. Pour le reste, il perfectionne son apprentissage lors de rencontres mensuelles avec un comité de formation.
Richard fait équipe avec un autre travailleur. Au terme de leur mandat d'une durée de trois ans, un seul des deux poursuivra ses activités de formateur. Qu'à cela ne tienne, s'il doit retourner à son poste d'assembleur de pneus, Richard sait qu'il ne pratiquera jamais plus son métier de la même façon. «J'accomplirai mieux mes tâches parce que mes connaissances seront plus approfondies. J'ai aussi appris à m'engager auprès de mon entreprise et je compte bien poursuivre dans cette voie.»
Trouver sa place
Sylvain Branconnier, rembourreur, Meubles Lorenz
Il y a huit ans, quand Sylvain Branconnier a frappé à la porte des Meubles Lorenz de Montréal, une entreprise spécialisée dans le rembourrage de meubles, il cherchait avant tout du travail. Il ne se serait jamais douté qu'il y trouverait aussi un métier! D'abord engagé comme ouvrier pour confectionner des coussins de canapés et de fauteuils, le jeune homme de 28 ans est aujourd'hui rembourreur.
Sylvain n'a pas eu à retourner sur les bancs de l'école pour suivre sa formation en rembourrage industriel. Il a pu apprendre ce métier tout en travaillant grâce au Programme d'apprentissage en milieu de travail développé par Emploi-Québec. «La formation a duré deux ans, explique-t-il. J'étais jumelé avec un rembourreur d'expérience. Il était mon compagnon et moi, son apprenti. C'est en l'observant, en l'imitant et en le questionnant que j'ai appris mon métier. J'ai dû aussi réussir les examens d'Emploi-Québec pour démontrer que j'avais bien acquis les compétences nécessaires.»
En participant au programme, son employeur bénéficiait d'un crédit d'impôt qui couvrait une partie du salaire de l'apprenti et du compagnon. Sylvain a donc continué à être payé pour ses 40 heures de travail par semaine. Au terme de sa formation, il a obtenu un certificat de qualification professionnelle qui lui confère le titre de rembourreur industriel.
Pour celui qui n'avait pas terminé ses études secondaires, cette expérience s'est révélée enrichissante. «Mon métier me permet d'avoir un meilleur salaire. Cela me donne les moyens de subvenir à mes besoins et de nourrir ma famille. J'ai aussi acquis une certaine sécurité d'emploi. Je sais qu'on manque de rembourreurs au Québec. J'aurai toujours du travail!»
La formation comme mission
Cuisines Laurier
Chez Cuisines Laurier, un fabricant d'armoires de cuisine et de salle de bain de la région de Chaudière-Appalaches, la formation continue est une valeur essentielle qui contribue à l'essor de la compagnie. Lorsqu'il a acquis l'entreprise alors en faillite en 1990, Léo Lévesque a fait le pari de la relever en misant notamment sur les ressources humaines. Quatorze ans plus tard, on peut dire qu'il a accompli sa mission. Cuisines Laurier a conquis le territoire américain et celui-ci représente aujourd'hui 96 % de son marché. Son chiffre d'affaires ne cesse de croître et le nombre d'employés a plus que décuplé.
M. Lévesque, PDG, est convaincu que son investissement dans la formation des travailleurs est l'une des clés de ce succès. «Ici, tout le personnel est inscrit dans un programme de formation continue, affirme-t-il. Cela représente 200 employés, du gestionnaire au travailleur de la production. La formation est variée et est offerte durant les heures de travail.» Certains employés suivent ainsi des cours d'anglais ou d'espagnol; d'autres sont formés en gestion et marketing ou perfectionnent leur technique de design ou de finition de meubles. «Quand un employé présente une demande de formation qui touche directement son travail et qui cadre avec nos activités, sa requête est automatiquement acceptée.»
Impossible, toutefois, de savoir combien l'entreprise dépense en matière de formation. «Je ne le compte pas et je ne veux pas le faire, rétorque le président. La formation répond à des besoins et elle fait également partie de la philosophie de notre entreprise, c'est tout ce qui importe. Je peux cependant vous dire que mon investissement représente beaucoup plus que 1 % de la masse salariale de l'entreprise.»
L'aventure se révèle payante pour M. Lévesque. «En formant nos travailleurs, on bonifie leurs compétences, ce qui améliore nécessairement la qualité de nos produits. De plus, en investissant dans le perfectionnement, on montre à nos employés qu'ils sont importants. C'est une façon efficace de créer un bon environnement de travail, de motiver et de retenir son personnel, ce qui est toujours rentable à long terme pour une entreprise.»
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