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  [Entrevue avec Mme Johanne Bourassa, directrice des mesures d'emploi et des services aux individus chez Emploi-Québec]

La Politique gouvernementale d'éducation des adultes et de formation continue

Le gouvernement Charest maintient le cap
par Guylaine Boucher

En mai 2002, le gouvernement du Québec adoptait un plan d'action visant à promouvoir et à faciliter l'éducation aux adultes et la formation continue. Depuis, la politique Apprendre tout au long de la vie a fait un bout de chemin. Conscient de l'importance des enjeux, le nouveau gouvernement priorise plus que jamais la formation continue. Tour d'horizon du travail accompli et des défis à venir en compagnie de Johanne Bourassa, directrice des mesures d'emploi et des services aux individus chez Emploi-Québec.

Q. - La Politique gouvernementale d'éducation des adultes et de formation continue a été pensée et adoptée par le gouvernement précédent. Il n'est pas rare que lorsqu'un nouveau premier ministre entre en poste, il fasse table rase des actions entreprises précédemment. Quelles sont les intentions du gouvernement actuel en matière de formation continue?

R. - M. Claude Béchard, le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille a rencontré le comité mandaté pour faire le suivi de la politique. Il a affirmé sa volonté de réaliser les objectifs qui étaient prévus au plan d'action initial. Dans le contexte démographique que l'on connaît, il y a des risques réels de pénurie de travailleurs. Il faudra donc que la main-d'oeuvre susceptible d'occuper les emplois disponibles ait les compétences pour le faire. Le gouvernement est sensible à cette question, et le plan d'action et la politique de formation continue demeurent très actuels.

Q. - Le plan d'action prévoyait quatre grands axes d'intervention. Le premier avait trait à la formation de base chez les adultes. Des objectifs quantifiables y étaient rattachés. Les chiffres visés ont-ils été atteints et le bilan de l'an 1 est-il positif?

R. - Oui. Notre objectif est de faire passer de 230 000 à 263 000 le nombre de personnes inscrites à une activité de formation de base entre 2002 et 2007. Pendant la première année, Emploi-Québec devait augmenter de 2 000 le nombre de personnes inscrites et ce but a été atteint.

Q. - Comment expliquez-vous le succès obtenu?

R. - Plusieurs activités de sensibilisation ont été menées. Ainsi, du côté d'Emploi-Québec, nous avons tâché de faire connaître à la population les secteurs où il y aura de l'emploi. En collaboration avec le ministère de l'Éducation, on a fait énormément de publicité autour de la formation professionnelle et technique. À mon avis, ces activités ont porté fruit.

Q. - Le plan d'action prévoyait aussi des efforts dans le but d'accroître la persévérance aux études. Où en êtes-vous sur ce plan?

R. - On a jeté certaines bases et on devrait pouvoir travailler de façon plus concrète dans ce dossier cette année. La difficulté avec la formation aux adultes, c'est qu'on ne peut pas mesurer la persévérance de la même façon qu'avec les jeunes. Un adulte fait souvent le choix de suivre une formation d'appoint pour laquelle il n'y a pas nécessairement de diplôme émis. Actuellement, nous étudions ces questions avec le ministère de l'Éducation et tentons d'y apporter des solutions.

Q. - Le plan d'action parlait aussi de la formation continue liée à l'emploi, et de l'engagement des employeurs dans ce domaine. Récemment, le gouvernement a modifié le règlement découlant de la loi 90 sur le développement de la formation de la main-d'oeuvre, aussi connue sous le nom de loi du 1 %. Désormais, les employeurs dont la masse salariale est inférieure à un million de dollars ne seront plus obligés de consacrer un certain montant par année à la formation de leurs employés. Pourquoi ce changement? En quoi cette décision a-t-elle influencé le plan d'action?

R. - Des changements ont effectivement été apportés à la loi 90, conformément aux intentions du gouvernement actuel. Par ce geste, le gouvernement veut libérer les entreprises ayant une masse salariale inférieure à un million de dollars d'un fardeau administratif, tout en leur rappelant qu'elles doivent continuer d'offrir de la formation à leurs employés si elles désirent rester compétitives. Nous avons notamment oeuvré en collaboration avec les commissions scolaires et les cégeps qui offrent des services de formation sur mesure aux entreprises. Nous avons aussi mis en place un système de veille pour suivre l'évolution de l'emploi et les compétences requises pour occuper certains postes. Nous avons continué à promouvoir la formation en milieu de travail. Rappelons, par ailleurs, que les PME seront prioritaires dans l'affectation des ressources du Fonds national de formation de la main-d'oeuvre.

Q. - La question de la reconnaissance des acquis et des compétences figurait aussi au plan d'action gouvernemental. Est-ce que des progrès ont été enregistrés dans ce domaine?

R. - Oui. En collaboration avec les comités sectoriels de main-d'oeuvre, nous travaillons actuellement à l'élaboration de normes professionnelles qui permettront de déterminer quelles sont les compétences qu'une personne doit posséder pour occuper un emploi. Un programme d'apprentissage en milieu de travail basé sur le compagnonnage a aussi été mis de l'avant. Conjointement avec le ministère de l'Éducation, nous procédons également à l'établissement de passerelles qui permettraient à un individu de passer d'un niveau à un autre (formation en milieu de travail à formation en établissement scolaire) grâce à la reconnaissance des compétences. Certains travaux ont aussi été menés sur la reconnaissance des compétences des immigrants qui doivent se qualifier auprès d'un ordre professionnel pour pouvoir travailler au Québec. Par exemple, on a développé des formations pour permettre à ces personnes de se préparer aux examens des différents ordres. Pour le moment, nous avons des ententes avec les ordres professionnels des infirmières et des ingénieurs, et des discussions sont en cours avec plusieurs autres.

Q. - Êtes-vous optimiste quant à l'avenir de la formation continue?

R. - Oui, mais on devra encore déployer des efforts pour atteindre les objectifs visés. L'idée d'apprendre tout au long de la vie fait son chemin, mais n'est pas encore pleinement intégrée dans les moeurs des travailleurs et des employeurs. Il faut poursuivre notre travail.


 
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