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[Marché du travail]
Rimouski, Trois-Rivières, corridor Saint-Sauveur/Mont-Tremblant
Ces villes qui rockent!
par Éric Grenier
Ces communautés n'apparaissent sur aucun palmarès économique. Pourtant, elles rockent! Par le dynamisme et l'ingéniosité des gens qui les habitent, Rimouski, Trois-Rivières et le corridor du coeur des Laurentides parviennent à se démarquer. Elles sont entreprenantes, combatives, imaginatives et ambitieuses. Avis à ceux qui partagent ces traits de caractère.
Le corridor Saint-Sauveur/Mont-Tremblant
Un effet boule de neige
Ce n'est pas une ville à proprement parler, mais un chapelet de localités situées au coeur des Laurentides. Il va de Saint-Sauveur à Mont-Tremblant, en traversant Sainte-Adèle, Val-David, Saint-Faustin et bien d'autres villages.
En fait, il n'y a même pas de ville dans ce lacet de 60 kilomètres : la plus grosse entité municipale, Sainte-Agathe, peine à compter 10 000 habitants, même si elle a avalé deux villages voisins lors de la grande vague des fusions municipales.
N'empêche, dans la région, on ne se demande pas comment stimuler la croissance, mais plutôt comment la ralentir! Pour absorber cette croissance, il faut construire des routes, des logements, des écoles, des cliniques, former de la main-d'oeuvre, organiser du transport collectif...
Ce dynamisme, beaucoup l'attribuent à l'arrivée du promoteur de centres de villégiature Intrawest. Si cette analyse est un peu exagérée, il reste que ses réalisations et ses projets de deux milliards de dollars autour de la montagne tremblante ont donné un coup de fouet à la région. Une classe d'entrepreneurs y a vu le jour, des professionnels flairant la demande s'y sont installés. Toute une gamme de services devenus nécessaires à cause de l'augmentation rapide de la population et des entreprises ont créé d'innombrables commerces.
À La Conception, près de Mont-Tremblant, le revenu moyen des familles a augmenté de 103 % depuis 1996! L'onde de choc va jusqu'à La Macaza, connue autrefois de quelques trappeurs de loups et militaires seulement. Une base y hébergeait des ogives nucléaires américaines pendant la guerre froide. Aujourd'hui, la base est devenue l'aéroport international de Mont-Tremblant, grâce aux idées audacieuses d'un entrepreneur local.
L'effet boule de neige atteint le sud de la région. «Il y a quelques années, on ne pouvait même pas trouver de bas à Saint-Sauveur!» ironise Stéphane Lalande, directeur général de la Société de développement économique des Pays-d'en-Haut. Aujourd'hui, on peut y magasiner ses chaussettes sans problème - on y trouve même des Christian Dior.
Avec une telle rumeur de prospérité, la région se fait attirante et connaît un taux de croissance démographique de deux à trois fois supérieur à celui du Québec. En 2000, Philippe Laudat vendait son petit restaurant d'Outremont pour déménager toute sa famille dans le vieux village de Mont-Tremblant, en se portant acquéreur d'un petit hôtel aussi vieux que le village. «C'est le nom de Tremblant qui m'a permis d'être financé! dit ce chef d'origine française. Ça paraissait rassurer les institutions prêteuses.»
Dans la région, on ne se demande pas comment stimuler la croissance, mais plutôt comment la ralentir!
Innover ou rien
Les «régionaux» des Laurentides innovent sans cesse. Ils y sont condamnés, faute d'attrait de leur coin de pays pour les grands industriels.
Tout a commencé au début du XXe siècle quand, menacés d'indigence par une terre trop pauvre et trop froide, les habitants ont développé autour de Sainte-Marguerite-Estérel et de Sainte-Agathe les premières stations d'hiver en Amérique.
Aujourd'hui, pour contrer sa trop grande dépendance à l'industrie touristique, la région se lance dans un concept inédit de «nouveau travail». L'idée est d'étendre à 80 % de la population le réseau de fibre optique pour permettre l'accès à Internet haute vitesse. L'objectif : attirer les travailleurs autonomes et les petites entreprises nécessitant l'accès à la technologie de pointe. Déjà, les travailleurs indépendants comptent pour plus de 20 % de la population.
D'anciens employés du défunt studio André Perry à Morin-Heights (où Sting a déjà enregistré) n'ont pas attendu l'arrivée de la fibre pour développer le créneau des nouvelles technologies. En 1991, ils lançaient ce qui est devenu aujourd'hui Hybrid Technologies, un important créateur d'effets spéciaux par ordinateur installé à flanc de colline, à Piedmont. «Nous ne voulions pas quitter la région, dit Sylvie Talbot, responsable des communications à Hybrid. Nos clients viennent de Hollywood. Alors, que nous soyons à Montréal ou à Piedmont, ça ne change pas grand-chose!»
Vie de qualité
Le coeur des Laurentides n'a que deux as dans son jeu qui le distinguent des autres régions : sa relative proximité avec Montréal et sa qualité de vie. Là-dessus, on ne fait pas de compromis. «Il n'y a pas de mégaporcheries ni d'usines polluantes, dit Stéphane Lalande. Et nous n'en cherchons pas. Quand je parle à des collègues ou à des amis d'ailleurs, je sens qu'ils m'envient de travailler et de vivre à Sainte-Adèle.»
Si, par cupidité électorale, les politiciens oublient ce principe de développement, les habitants s'en chargent. Ainsi, en décembre dernier, les gens de Sainte-Adèle ont refusé un projet récréotouristique de 130 millions de dollars. On y aurait érigé une abracadabrante tour de béton aussi haute que la Place Ville-Marie, au sommet d'une colline!
La qualité de vie prime donc, avec comme principal atout le plein air. Aucune autre région dans l'est du Canada ne peut se vanter d'offrir à ses résidents une telle variété de sentiers de ski de fond ou de pistes cyclables. Et, bien sûr, des centres de ski. Presque chaque village a son remonte-pente, son lac, sa plage...
À quelques minutes en voiture de la maison, on peut aller voir des vedettes internationales du rock au Bourbon Street, visionner un film d'Almodovar au cinéma Pine - un petit complexe de salles de cinéma unique en son genre - ou se fouetter le sang dans l'un des nombreux spas nordiques, par exemple.
Et puis, quelle autre région peut se vanter d'avoir attiré aussi bien Riopelle que Michèle Richard et la famille Bronfman que Léo-Paul Lauzon?
Rimouski
Sans complexe
par Jean-Sébastien Marsan
Étagé sur une côte qui ressemble à un escalier pour géant, Rimouski a un oeil sur l'estuaire du Saint-Laurent. De partout - sauf quand la brume monte du large -, le grand fleuve est visible.
De le voir est une chose, mais de s'en approcher en était une autre, jusqu'à tout récemment. Comme bien des villes, la capitale-métropole du Bas-Saint-Laurent s'était coupée de son fleuve pour faire place à la Route 132. Pour rétablir l'accès, Rimouski a aménagé une promenade de trois kilomètres le long du Saint-Laurent. «On peut s'y promener à pied, à bicyclette ou en patins. Même en hiver, c'est achalandé», se félicite le maire Michel Tremblay. Une promenade comme la Ville de Québec aimerait en réaliser une sous le cap Diamant, sans succès jusqu'ici.
La réussite de Rimouski et de sa région tient peut-être à cette caractéristique locale : ici, on vit sans complexe ni jalousie par rapport aux grandes villes. Dans plusieurs secteurs économiques, Rimouski-la-petite, avec ses 50 000 habitants, joue à Rimouski-la-grande.
Reconnue comme technopole maritime, la ville livre bataille à Vancouver et Saint John's (Terre-Neuve). Rimouski est aussi le deuxième pôle d'importance dans le domaine des télécommunications au Québec, avec Montréal pour seul concurrent.
À l'échelle planétaire
Pour les dirigeants locaux, la planète est un terrain de jeu. Comme peu d'autres villes de sa taille, Rimouski a un organisme de démarchage qui organise des missions économiques à l'étranger.
En janvier dernier, Bertrand Allard, président de SeaQuest Technologies, revenait d'un voyage au Cameroun et au Bénin, en compagnie de la Société de promotion économique de Rimouski (SOPER). Il a cherché à y vendre les systèmes intégrés d'information en temps réel pour la gestion des ports que conçoit son entreprise. «On a des gens en Malaisie et à Buenos Aires qui font du démarchage», dit Bertrand Allard. L'Indonésie est également dans la mire de SeaQuest et de la SOPER.
«Grâce au domaine maritime, 2004 sera une année extraordinaire», prédit Jacques Desjardins, directeur général de la SOPER. Entre autres parce qu'il est à organiser une foire commerciale à laquelle une quarantaine d'entreprises chinoises participeront, fruit du jumelage de Rimouski et de la ville portuaire de Nantong, une capitale provinciale de... huit millions d'habitants!
La mer - c'est ainsi qu'on désigne le fleuve à Rimouski - joue un rôle primordial dans la vie des Rimouskois. Quatre centres de recherche scientifique d'importance sont installés à Rimouski et dans sa région : l'Institut des sciences de la mer, l'Institut maritime du Québec, l'Institut Maurice-Lamontagne (à Mont-Joli) et le nouveau Centre de recherche en biotechnologie marine.
Fait exceptionnel en région, Rimouski abrite aussi quelque 40 entreprises en télécommunications et technologies de l'information, avec un Carrefour de la nouvelle économie parmi les plus actifs en dehors des grands centres. Une activité qui s'explique par la présence du siège social de TELUS Québec, fondé en 1927 et devenu le numéro deux des télécoms au Québec (derrière Bell).
C'est sans compter des centaines d'emplois dans l'acier, l'exploitation forestière, la pêche, l'agroalimentaire, le tourisme, et les services publics inhérents au statut de capitale régionale. Une diversification dont tout le monde se réjouit. Mais le poids de TELUS Québec dans l'économie régionale est lourd à porter. Près de 1 200 personnes y travaillent et 400 autres s'y ajouteront au cours des prochaines années. «Si TELUS ferme la shop demain matin, on aura un problème majeur», concède le maire Tremblay.
Un tel dynamisme dans des secteurs de pointe attire une quantité appréciable de jeunes cerveaux.
Une ville jeune
Un tel dynamisme dans des secteurs de pointe attire une quantité appréciable de jeunes cerveaux. Dix pour cent de la population de la ville fréquente l'une des trois institutions postsecondaires : le Conservatoire de musique, le cégep ou l'Université du Québec. C'est un taux comparable à celui qu'on retrouve à Montréal.
«S'il y a une véritable night life à Rimouski, c'est justement à cause de la présence de tous ces jeunes», observe André Pérusse, directeur général du Festi Jazz. Ainsi, des légions d'étudiants sortent, mangent au restaurant, se divertissent en ville.
Les citoyens sont tellement choyés sur le plan culturel que c'est à se demander si l'offre dépasse la demande. Au Festi Jazz international de Rimouski, qui attire souvent les mêmes vedettes que l'événement montréalais, s'est ajouté un Off Festival de jazz et le festival Rimouski en Blues. L'Orchestre symphonique de l'Estuaire est basé à Rimouski, qui aura bientôt sa nouvelle salle de spectacle - bien avant que l'OSM n'ait la sienne!
Les cinéphiles jouissent d'un complexe de salles commerciales et d'une salle parallèle, le Cinéma 4. C'est là, entre autres, que sont projetées les oeuvres du Carrousel international du film, le plus prestigieux festival de cinéma jeunesse au Canada.
La ville est l'hôte d'un des plus anciens salons du livre de la province et profite du rayonnement du très prolifique auteur Victor-Lévy Beaulieu, installé non loin, à Trois-Pistoles.
Sans oublier que Rimouski a aussi vu naître Le Mouton Noir, un journal d'opinion indépendant lancé en 1995. Incisif, irréductible et sans pareil dans l'univers de la presse québécoise, il est aujourd'hui publié huit fois l'an à 10 000 exemplaires distribués partout au Québec.
En 1996-1997, la région avait même son quotidien indépendant, Le Fleuve, lancé malheureusement dans des circonstances économiques défavorables. Le journal a vite sombré avec ses problèmes financiers. Un échec qui démontre malgré tout le désir d'indépendance, l'audace et le dynamisme des gens de la région.
Trois-Rivières
Coffre au trésor
par Christine Lanthier
Trois-Rivières a amorcé le XXe siècle à titre de capitale mondiale du papier et l'a terminé en tant que capitale nationale du chômage. Mais après avoir subi l'exode de plusieurs grandes entreprises, les Trifluviens sont en train de refaire leur ville comme ils la rêvent. Au programme : culture et qualité de vie.
«Trois-Rivières était comme un coffre à outils verrouillé à double tour», illustre le maire Yves Lévesque, un verbomoteur aussi controversé qu'aimé dans sa région. «On a un fleuve avec deux ports, un aéroport, des parcs industriels, une université... Ce n'était pas normal qu'une ville située entre deux grands centres soit la capitale du chômage.»
Aujourd'hui, la vapeur est complètement renversée. Des jeunes y reviennent, créent des PME et des emplois. Le taux de chômage a fondu de plus de la moitié, pour atteindre 10 %. Le Vieux-Trois-Rivières est en pleine restauration et on y enfouit les fils électriques.
La ville n'a plus le même visage depuis. «De la Saint-Jean jusqu'en septembre, le centre-ville est fermé à la circulation», poursuit le maire, pour qui cette décision a contribué à redonner vie au centre-ville.
L'été dernier, il a même fait «ensevelir» le centre-ville sous des tonnes de sable pour y organiser un tournoi de volley-ball de plage de classe internationale. «Les jeunes aiment ça. Ils veulent habiter dans une ville où ça bouge», ajoute le maire.
Avec ses trois salles de spectacle et son riche calendrier d'événements en littérature, en danse, en musique et en arts visuels, Trois-Rivières s'affiche désormais comme une ville de culture. «De plus en plus d'entreprises de l'extérieur viennent s'installer à Trois-Rivières. Il faut offrir des choses à ces gens-là», note Guy Mercure, directeur de l'Internationale de l'art vocal de Trois-Rivières.
Ce festival, qui a attiré 200 000 personnes au début de l'été 2003, a grandement profité de la récente réfection de la principale artère, la rue des Forges. «C'est une rue où on retrouve maintenant plusieurs restaurants-terrasses. Lorsqu'on parcourt ce demi-kilomètre à partir de la rue Royale et qu'on avance vers le fleuve, on reprend conscience de notre centre-ville et de son effervescence.»
Des jeunes y reviennent, créent des PME et des emplois. Le taux de chômage a fondu de plus de la moitié.
Ce n'est pas fini
Selon François Proulx, les Trifluviens n'ont encore rien vu. Ce promoteur de 29 ans dirige la réalisation d'un projet récréotouristique, résidentiel et commercial sur l'emplacement d'une ancienne usine de papier, au confluent du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Saint-Maurice. «C'est vraiment l'un des plus beaux terrains au Québec. J'en rêve la nuit», dit-il. Au moins 450 logements, un centre de foires, un hôtel, une promenade et une piste cyclable, voilà à quoi ressemblera sa Cité de l'Émerillon en 2013... pourvu que le gouvernement libéral maintienne la subvention consentie par les péquistes avant l'élection, et que certaines chicanes juridiques entre promoteurs ne s'éternisent pas.
«D'ici à un an, une fois la décontamination des sols terminée, on va ouvrir les clôtures et les gens vont voir que le lieu parle de lui-même.»
Un vent de renouveau souffle aussi du côté industriel. L'aéroport, rénové en 1996, attire de nouvelles entreprises. Il ne faut pas s'attendre à y voir affluer des hordes de passagers, mais plutôt des dizaines de travailleurs en aéronautique, selon le directeur de l'aéroport, Richard Légaré. «Notre créneau est celui des services à l'aviation (entretien, peinture, construction, etc.). Ça crée plus d'emplois qu'un aéroport de passagers. On procède en ce moment à la remise à neuf d'un appareil de WestJet. Quatre-vingts personnes y travaillent.» Une activité qui incite plusieurs mécaniciens mis à pied par Air Canada et Bombardier à s'installer dans la région.
Au dire de plusieurs, les avantages de la vie à Trois-Rivières se résument en un mot : proximité. Celle du fleuve et du centre-ville animé, de Montréal et de Québec, des lacs et de la villégiature.
«On est probablement la seule ville fusionnée où il n'y a pas de mouvement de défusion, ajoute François Proulx. C'est un gros atout. Pendant que tout le monde va se chicaner à savoir s'il va y avoir ou non séparation, nous, on va avancer.»

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