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[Mode de vie]
Chéri, ce n'est pas ce que tu penses...
par Sandra O'Connor
Scène classique. En plein souper de famille, future belle-maman lance
la question d'usage : «Que fais-tu dans la vie?» Vous avez à peine amorcé
une description de vos tâches que vous remarquez que tous, dulcinée incluse,
vous ont abandonné en cours de route. En vous rabattant sur les petits
pois, vous concluez intérieurement que votre poste de «conseiller en automatisme
de produits» n'a rien de très sexy pour les non-initiés.
Pour plusieurs travailleurs dont le titre d'emploi ne tient pas en un
mot, décrire ce qu'ils font dans la vie relève carrément de l'exploit.
Une étude menée en 2000 par Office Angels, un important cabinet de recrutement
britannique, le prouve : selon les résultats du sondage, deux travailleurs
sur trois (63 %) estiment que leurs proches ignorent ce qui compose
leur journée de travail. Ce sont principalement les parents qui ne comprennent
pas vraiment notre boulot (72 %), suivis par les amis (61 %).
Même les conjoints n'échappent pas au mystère : un répondant sur
deux a avoué que sa douce moitié n'avait aucune idée des tâches qui lui
incombaient, et ce, malgré des explications répétées! Et puisque leurs
proches se font une idée erronée de leur emploi, plus du tiers des personnes
interrogées hésitent à se confier à eux lorsqu'un problème surgit au travail.
Selon Robert Gagnon, professeur au Département d'histoire de l'UQAM et
membre du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la
technologie, la surspécialisation du travail creuse des fossés d'incompréhension
entre les individus. «Depuis environ 30 ans, le développement exponentiel
des technologies a entraîné une diversification importante des emplois.
Les postes dans les domaines des technologies de pointe et des télécommunications
sont à présent hyperspécialisés... Il faut être initié au milieu ou suivre
une formation pour y comprendre quelque chose!»
Confusion des genres
Danielle Cassar détient un de ces jobs au titre impossible. Gestionnaire
des procédés d'optimisation de la main-d'oeuvre complémentaire (!) pour
un géant pharmaceutique londonien, elle tente en vain de convaincre sa
famille qu'elle n'est ni médecin, ni informaticienne, ni analyste de l'industrie.
Grosso modo, elle s'occupe de l'embauche de travailleurs contractuels.
«Pourtant, mes proches me demandent souvent conseil au sujet de l'informatique
et des médicaments!» ironise-t-elle. Mais elle ne voit pas ce manque de
compréhension comme un obstacle à son bonheur. «Si mes collègues apprécient
ce que je fais, je n'ai pas besoin que mes intimes comprennent exactement
mon travail. Mais il est important de s'intéresser à la carrière des autres,
au moins sommairement, pour savoir ce qui les allume.»
Plusieurs occupations traditionnelles - comme banquier, mécanicien, comptable
- ont subi des transformations profondes depuis l'avènement de la technologie
dans les milieux de travail, poursuit Robert Gagnon. La perception des
métiers et professions est donc souvent désuète. «La révolution technologique
des années 1980 a bouleversé tous les secteurs de travail et changé la
nature de presque tous les emplois, explique le spécialiste. Ces derniers
sont de plus en plus complexes et demandent une grande polyvalence. L'image
qu'on s'en fait est souvent trop simple.»
Échanger sur les enjeux du travail à la maison ou avec nos intimes est
nécessaire mais ne devrait pas devenir une prise de tête, soutient la
psychologue montréalaise Joan Keefler. «Il est important, surtout chez
les couples, de s'informer sur la vie au travail de l'autre puisque le
degré de satisfaction au boulot influence directement la vie personnelle.
Or, certaines informations "techniques" sont superflues. On veut savoir
si le conjoint est heureux au travail, pas connaître le nombre de dossiers
complétés!» L'attirance entre deux personnes va bien au-delà des choix
de carrière, ajoute-t-elle.
Dans une relation fragile, le désintérêt de l'un face au travail de l'autre
peut toutefois se révéler néfaste, dit Joan Keefler. «J'ai connu un couple
adorable, deux êtres d'une intelligence remarquable, mais évoluant dans
des milieux professionnels différents. L'homme a quitté son épouse pour
une femme qui oeuvrait dans le même domaine que lui. Il est aussi fréquent
de voir des travailleurs s'entourer de pairs dans leur vie personnelle
pour pallier le manque de réceptivité à la maison...»
Robert Gagnon propose de nous éloigner des images véhiculées par les médias
pour comprendre l'emploi de ceux qui nous sont chers. «Il y a un clivage
entre l'image publique de certaines professions et leur pratique dans
la réalité. À l'ère de l'information rapide, les médias ont tendance à
homogénéiser les métiers. Le cinéma, les livres et la télé nous en présentent
aussi une version romancée, souvent idéalisée. Dans les films, on voit
toujours les avocats au tribunal, par exemple. Mais dans la réalité, 75 %
d'entre eux n'iront jamais plaider! J'aimerais aussi voir comment un enquêteur
privé passe ses journées. Ça n'aurait sûrement rien en commun avec la
vie de Colombo...»
Alors chéri, que fais-tu VRAIMENT de tes journées?
Parlez-vous geek?
Programmeur ou concepteur de logiciels, votre chum s'adresse à vous dans
un idiome proche du code à barres? Pas de doute, vous partagez la couette
avec un geek - des spécimens qu'on reconnaît à leur fixation pour les bits
et les pixels. Excédées par la difficulté de décrypter leur «langage» et
leurs «plates-formes», Coralie Paulhac et Raphaelle Lamaze, des Françaises
habitant chacune avec un informaticien, ont créé un site de décodage et
de soutien, Copine de geek (www.copinedegeek.com).
Perle d'humour, ce site se veut le how-to de la vie et de la survie avec
un copain geek. À travers les témoignages et les articles de plusieurs «vétéranes»
(dont l'hilarant Le geek et ses machines), vous découvrirez les passions
du geek, son milieu de vie, ses looks favoris, et pourrez enfin converser
avec lui grâce à un lexique spécialisé! Coralie, qui a eu l'idée de ce site
en 2002, ne s'attendait pas à la popularité instantanée dont a joui son
produit.
«Le site s'est vite déclaré d'utilité publique, s'exclame-t-elle. Nous avons
reçu plusieurs lettres de remerciements de filles qui se sont rendu compte
qu'elles n'étaient pas seules à vivre le "mystère" du geek. Des gars nous
ont même avoué que certaines informations avaient sauvé leur couple!»

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