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[Mode
de vie]
Internet
sans fil.
c'est arrivé près de chez vous
par
Steve Proulx
Vous vous prélassez dans un parc, vous tuez le temps dans un aéroport
ou vous discutez avec un client dans un café lorsque vous ouvrez nonchalamment
votre ordinateur portatif. Vous êtes aussitôt «branché» au
réseau des réseaux. Sans câble ni connection téléphonique. Libre comme
l'air...
Entre deux cours, les étudiants de l'Université McGill se dispersent sur
le campus avec leur ordinateur portatif ou leur assistant numérique. Ils
prennent leurs courriels ou sauvegardent leur travail sur le réseau local
de l'Université. Tout ça sans fil. Comme la plupart des autres universités
montréalaises, le campus de l'établissement est désormais sillonné de
points d'accès qui permettent aux étudiants de bénéficier d'Internet sans
fil grâce à la technologie wi-fi (pour wireless fidelity).
Le terme wi-fi est utilisé dans l'univers des télécommunications pour
décrire un réseau local sans fil (Wireless Local Area Network WLAN)
utilisant les hautes fréquences radio. Dans un réseau local ordinaire,
les ordinateurs se branchent habituellement à Internet en passant par
un routeur, petit appareil qui assure la gestion du trafic entre les ordinateurs
d'un réseau et Internet. Un câble réseau et une carte réseau sont nécessaires
pour que les ordinateurs puissent communiquer avec ce routeur.
Dans le cas d'un réseau sans fil de type wi-fi, le routeur est remplacé
par un modèle sans fil. Celui-ci se reconnaît à son antenne de transmission.
Les ordinateurs accèdent à ce routeur grâce à une carte réseau sans fil.
Du coup, on élimine le câble réseau! La portée des routeurs sans fil wi-fi
peut osciller entre 30 et 200 mètres environ. Mais la vraie révolution
de cette technologie, c'est la vitesse de transfert de données, qui peut
atteindre 10 Mo/seconde (soit la même qu'avec un réseau filaire ordinaire).
Cette technologie, qui existe depuis environ quatre ans, a conquis plusieurs
grandes villes du monde, de New York à Tokyo. Depuis quelques mois, elle
s'amène chez nous. Et c'est du sérieux! «Au Canada, ça explose!
Chaque jour, il y a de plus en plus d'ouvertures commerciales pour ces
services», soutient Shawn Winter, spécialiste des technologies wi-fi
chez Bell Canada.
Québec sans fil
Au Québec, plusieurs entreprises entendent tirer profit de ce nouveau
marché. La jeune firme montréalaise Tadaa Wireless Communications fournit
des points d'accès wi-fi à des cafés et des hôtels partout dans le monde.
À Montréal, elle compte parmi ses clients l'hôtel Four Points Sheraton
de la rue Sherbrooke et quelques cafés Second Cup. Dans ces deux cas,
il faut débourser un certain montant pour l'utilisation de la technologie.
Ces établissements voient dans le wi-fi un service supplémentaire afin
de fidéliser leur clientèle. Comme l'explique Daniel Yeboah, président
de Tadaa, «le service compte plusieurs adeptes, particulièrement
dans les cafés où l'on retrouve une bonne clientèle étudiante».
Même la chaîne McDonald's teste la technologie wi-fi, qui pourrait être
offerte à sa clientèle, histoire de multiplier ses séjours au royaume
du hamburger. Pour l'instant, six restaurants sont «branchés»
dans la région de Toronto et à Vancouver, mais encore aucun ne l'était
à Montréal au moment d'écrire cet article.
Pour sa part, Bell Canada a déjà installé 26 points d'accès partout au
Canada : on peut surfer sans fil dans certains aéroports, dont celui
de Dorval, à la gare centrale de Montréal et à bord du train panoramique
de VIA Rail.
Les points d'accès dans les lieux publics risquent de pulluler
avant longtemps. Ils permettront aux passants de se brancher à Internet
sans fil dans les parcs, les centres commerciaux, partout.
En fait, Bell a réutilisé l'infrastructure de ses téléphones publics,
de moins en moins utilisés à cause de la prolifération de téléphones cellulaires.
C'est une innovation typiquement canadienne qui a d'ailleurs été reprise
aux États-Unis par la compagnie Verizon. «Nous pouvions utiliser
les téléphones payants installés dans plusieurs endroits stratégiques,
explique Shawn Winter, de Bell ou Verizon. Nous remplaçons le téléphone
par un point d'accès et tout est déjà là : le câblage (pour brancher
le routeur à Internet) et l'électricité.»
Au moment de notre entrevue, Bell ne pouvait nous dire comment les utilisateurs
allaient payer pour ce service (offert gratuitement jusqu'au 31 décembre
2003). Mais plusieurs idées sont à l'étude, indique Shawn Winter. On pourrait,
par exemple, offrir aux abonnés de Bell Sympatico ou de Bell Mobilité
un forfait «wi-fi» ou de payer les services Internet sans
fil avec une carte de crédit.
Un marché en ébullition
Les points d'accès dans les lieux publics risquent de pulluler avant longtemps.
Ils permettront aux passants de se brancher à Internet sans fil dans les
parcs, les centres commerciaux, partout. «L'accès à la technologie
sans fil était jusqu'à récemment davantage implanté dans des pays comme
la Chine, qui n'avaient pas d'infrastructures de télécommunications comme
nous (câble, fibre optique, etc.), indique Shawn Winter. Mais l'Amérique
du Nord rattrape présentement son retard.»
Comme Bell, les fournisseurs de service de téléphonie mobile canadiens (Rogers,
Telus, Microcell) commencent à installer des points d'accès. Ces entreprises
en sont venues à un accord visant à faciliter leur utilisation au grand
public, précise l'Association canadienne des télécommunications sans fil.
Ainsi, vous et moi n'aurons pas à nous soucier de savoir à quelle compagnie
appartient le point d'accès qui fournira la connexion wi-fi. «Cela
fonctionnera un peu comme avec Interac (paiement direct), ajoute Shawn Winter.
Quand les utilisateurs vont voir un logo (que le consortium va créer) affiché
sur le point d'accès, ils sauront qu'ils peuvent se brancher, peu importe
le fournisseur de service avec lequel ils font habituellement affaire.»
La technologie se démocratise. Selon le fabricant d'ordinateurs Intel, 30 %
de ses nouveaux ordinateurs portatifs vendus sont déjà équipés d'une carte
réseau interne sans fil, compatible avec la technologie wi-fi. L'an prochain,
l'entreprise projette d'en équiper près de la moitié. À moyen terme, tout
le monde pourra utiliser cette technologie en toute simplicité.
De l'underground à la commercialisation
Le wi-fi est apparu à la fin des années 1990. Bien que des entreprises
tentent aujourd'hui d'en tirer profit, cette technologie était à l'origine
un réseau underground à fort penchant communautaire.
Ainsi, dans de grandes agglomérations comme Londres ou New York, des geeks,
ces férus des technologies de l'information, ont commencé à dresser des
réseaux sans fil depuis leur domicile. Ils laissaient ces réseaux «ouverts»,
ce qui faisait en sorte qu'un quidam passant à proximité pouvait s'y brancher
et utiliser gratuitement la connexion Internet.
Dans plusieurs villes, cette pratique est encore très répandue et même
organisée. S'il n'était pas simple, au départ, de savoir à quels endroits
de la ville on pouvait trouver un bon samaritain prêt à partager son réseau
sans fil (ou encore un propriétaire de réseau sans fil qui n'a pas su
protéger son réseau des intrus!), des petits malins ont eu une idée assez
brillante pour aider à dénicher ces points d'accès : le «warchalking».
Le concept est simple : sur le trottoir ou sur un mur, on dessine
à la craie certains symboles indiquant qu'il y a un réseau sans fil wi-fi
accessible gratuitement à partir de cet endroit. Des sites Internet répertorient
aussi ces points d'accès.
Le «warchalking» est inspiré d'une pratique largement utilisée
au début du siècle dernier lors de la Grande Dépression. Les vagabonds
avaient alors l'habitude d'inscrire sur les trottoirs ou les murs des
maisons des symboles donnant des indications sur l'hospitalité de leurs
habitants, comme «Une gentille dame habite ici» ou «Ici
vit un homme avec un fusil»...

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