La semaine de trois jours, la journée de quatre heures et pourquoi
pas le congé du mercredi? Aux Pays-Bas, plus d'un travailleur sur trois
travaille moins de 40 heures par semaine. Le paradis?
Deux professeurs se partageant la semaine pour une même classe d'enfants.
Rien de plus normal pour les Néerlandais! Aux Pays-Bas, près des 40 %
de la population active occupe un emploi à temps partiel, un phénomène
unique dans les pays industrialisés.
Depuis 20 ans, le travail à temps partiel n'a cessé de prendre de l'ampleur
au pays des tulipes. En 1982, confrontés au taux de chômage élevé, le
gouvernement et les syndicats ont décidé de favoriser la réduction du
temps de travail. Nombre de conventions collectives ont ainsi inclus la
possibilité de passer d'un emploi à temps plein à un emploi à temps partiel,
indique Kea Tijdens, professeure spécialisée en sociologie du travail
à l'Université d'Amsterdam. Il faut toutefois savoir que travailler moins
de 40 heures semaine est considéré comme un boulot à temps partiel aux
Pays-Bas, alors qu'ici, Statistique Canada place plutôt ce seuil à 30
heures hebdomadaires.
En 2000, le gouvernement hollandais a même adopté une loi obligeant tous
les employeurs à accorder une diminution des heures de travail aux employés
qui le demandent, sans que ceux-ci aient à se justifier. Cette perspective
a d'autant plus séduit les Hollandais que la législation assure aux travailleurs
à temps partiel de conserver les mêmes avantages sociaux comme
l'assurance-chômage que ceux qui travaillent 40 heures ou plus.
Et s'ils veulent revenir ultérieurement au temps complet, la loi les y
autorise aussi sans autre forme de procès.
Piège ou liberté?
Mais le travail à temps partiel demeure un phénomène essentiellement féminin :
seuls 20 % des travailleurs à temps partiel sont des hommes. S'il
peut provoquer une discrimination, les femmes peuvent aussi en tirer profit,
soutient Kea Tijdens. «Si elles n'avaient pas la possibilité d'occuper
un emploi à temps partiel, elles quitteraient le marché du travail et
auraient plus de mal à trouver un bon emploi par la suite.» En Europe,
les Hollandaises sont les femmes qui ont le plus de temps de loisir, ajoute-t-elle.
Les formules de travail à volonté ne font toutefois pas le bonheur des
entreprises privées, qui ont fortement réagi contre la loi du gouvernement
mise en vigueur en juillet 2000, explique Hilde Veraart-Maas, consultante
en ressources humaines et auteure d'un ouvrage sur le travail à temps
partiel. Selon elle, la loi n'a qu'une portée limitée puisque même si
les employeurs n'ont officiellement pas le droit de refuser le temps partiel
à un employé, plusieurs le font malgré tout.
«Selon une évaluation récente du ministère des Affaires sociales,
seulement 12 requêtes de réduction du temps de travail se sont rendues
jusqu'en cour, rapporte-t-elle. Cela veut dire que par peur des conséquences,
les travailleurs abdiquent si leur patron refuse de leur accorder un horaire
réduit.» Elle croit que plusieurs cadres masculins ne prennent même
pas la peine de faire cette requête, de crainte d'être perçus comme des
employés démotivés. «Notre culture organisationnelle masculine est
plus forte que l'effet de la loi», soutient-elle.
Car si la société hollandaise embrasse souvent des visions progressistes
le pays a adopté des lois avant-gardistes sur les mariages gais,
l'euthanasie, les drogues douces et la prostitution , elle demeure
encore relativement conservatrice quant au rôle de la femme au sein de
la famille, selon les experts. Une étude de l'Organisation de coopération
et de développement économiques a d'ailleurs constaté que devant le coût
élevé des services de garde privés, les femmes hollandaises ayant
pour la grande majorité un salaire plus modeste que celui de leur conjoint
choisissent souvent de travailler seulement quelques heures par
semaine.
Un modèle pour le Québec?
Dans notre province, la proportion des personnes travaillant moins de
30 heures par semaine ne s'élève qu'à 16 %, rapporte l'Institut de
la statistique du Québec. Souvent par obligation davantage que par choix,
le travail à temps partiel demeure le lot des femmes, qui représentent
les trois quarts de cette main-d'ouvre. Professeure au Département des
sciences économiques de l'Université du Québec à Montréal, Ruth Rose-Lizée
n'est pas favorable à un développement de ce type d'emploi. «Environ
le tiers des gens travaillant à temps partiel préféreraient du temps plein»,
indique-t-elle.
N'empêche, la perspective de permettre aux travailleurs d'alléger leur
horaire à leur gré demeure une avenue intéressante, surtout pour les hommes,
croit Diane-Gabrielle Tremblay, directrice de la recherche à la Télé-université
du Québec et spécialiste de la conciliation travail-famille. «Les
hommes ont une plus grande résistance au travail à temps partiel, car
ils craignent notamment que leurs possibilités de promotion tombent à
zéro. Que l'on oblige les employeurs à leur accorder un horaire réduit
serait intéressant pour eux, tout comme ce le serait pour les parents
et les travailleurs vieillissants.»
[ÉTATS-UNIS]
Par le biais des sous-traitants à qui elle confie l'entretien ménager
de ses magasins, Wal-Mart aurait embauché des centaines de travailleurs
immigrants illégaux aux États-Unis. Ce sont des descentes de la police
fédérale américaine dans 60 magasins Wal-Mart le 23 octobre dernier qui
ont mis au jour cette pratique pour le moins douteuse. Les 250 concierges
arrêtés qui provenaient notamment d'Europe de l'Est, de Russie
ou du Mexique ont raconté qu'on les obligeait notamment à travailler
sept jours sur sept, sans primes pour heures supplémentaires, sans avantages
sociaux et sans protection contre les accidents du travail. La direction
de Wal-Mart a nié connaître la présence d'autant de travailleurs immigrants
illégaux dans ses établissements, mais une source policière confiait qu'elle
le savait forcément puisque deux autres descentes ont eu lieu précédemment.
Quelques jours plus tard, le New York Times rapportait que 9 des 250 travailleurs
poursuivaient le géant du détail pour les violations au Code du travail
commises à leur endroit. (M.R.)
(Source : The New York Times, 5 et 9 novembre 2003.)
[FRANCE]
Filant tout droit vers les pénuries de main-d'ouvre comme la plupart des
sociétés occidentales, la France a besoin de travailleurs qualifiés. La
dernière trouvaille des cousins pour y arriver : «ouvrir les
frontières à une immigration maîtrisée et organisée», comme le recommandait
le Conseil économique et social le 29 octobre. Et devinez qui sont les
modèles d'immigration organisée en fonction du travail? Les Canadiens
et les Québécois! Le système canadien a ses ratés, concède le quotidien
Le Monde, mais tout de même, «immigrer au Canada est beaucoup plus
facile qu'ailleurs». (M.R.)
(Source : Le Monde, 8 novembre 2003.)