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[Mode de vie] L’assurance pour les nulsBonjour la police! par Corinne Fréchette-Lessard En matière d’assurance, les consommateurs ont souvent la désagréable impression d’être floués. Entre les contrats opaques et les indemnisations obtenues à l’arraché, cette industrie semble procurer autant de maux de tête que de tranquillité d’esprit. La protection contre le risque : arnaque ou nécessité?
Que ce soit le cliché du vendeur véreux ou celui de l’indemnisation refusée pour cause de clause écrite en petit-petit-petit, l’assurance n’est pas à court de stéréotypes négatifs.Pleins aux as? Cette propension à la peur et à la sécurité se traduit en espèces sonnantes pour les assureurs. Selon l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP), en 2004, les Québécois ont payé quelque 13,3 milliards de dollars de primes (dont 2,5 milliards par l’entremise de contrats collectifs en milieu de travail) et ont touché 10,3 milliards en prestations. Pour la même année, du côté de l’assurance de dommages, le BAC évalue à 7 milliards de dollars le montant des sommes versées aux assureurs par les Québécois et à 3,8 milliards de dollars les indemnisations acquittées. L’industrie pèche-t-elle par gourmandise quand vient le moment de percevoir les primes? Selon Martin Boyer de HEC Montréal, les assureurs se sont trompés dans leurs prévisions il y a quelques années. «Avec le recul, on constate que les compagnies d’assurance ont demandé des primes plus élevées que les indemnisations qu’elles ont dû payer. C’est un coup de chance, mais le marché de l’assurance connaît toujours ce type de cycles très profitables suivis de périodes qui le sont moins.» Par ailleurs, les assureurs engrangent aussi des profits en investissant les primes qui leur sont versées. L’industrie bénéficie donc de la croissance des marchés boursiers constatée depuis quelques années. «Les assureurs s’en mettent plein les poches, s’indigne Léo-Paul Lauzon, professeur titulaire de la Chaire d’études socio-économiques de l’UQAM. En 2004, leurs profits totalisaient 4,2 milliards de dollars au Canada. En 2005, ils ont atteint 6 milliards. C’est une augmentation de 50 %! Rien ne justifie de tels profits. Et les primes continuent d’augmenter quand même.» Mais du côté des assureurs, on se défend bien de faire trop d’argent. «Les compagnies doivent payer des frais d’administration ainsi que les salaires de leurs employés, insiste Alexandre Royer du BAC. Elles doivent aussi disposer d’un capital non négligeable pour faire face aux chocs majeurs, le verglas par exemple.» Avec des dommages d’environ 1,6 milliard de dollars, la crise du verglas en janvier 1998 demeure la catastrophe naturelle la plus chère de l’histoire du Québec. «S’ils veulent être en mesure de respecter les engagements financiers pris auprès de leurs clients, les assureurs n’ont pas le choix d’être profitables», renchérit Claude Di Stasio, vice-présidente adjointe aux affaires québécoises de l’ACCAP. Elle ajoute que la stabilité financière est d’autant plus importante dans le domaine de l’assurance de personnes puisque les contrats s’échelonnent à long terme. «Non seulement les compagnies doivent exister l’année prochaine, mais elles doivent aussi y être encore dans 20 ans!» Industrie mal aimée Que ce soit le cliché du vendeur véreux ou celui de l’indemnisation refusée pour cause de clause écrite en petit-petit-petit, le domaine de l’assurance n’est pas à court de stéréotypes négatifs. Même si ses joueurs insistent sur leur bonne foi. «On paie 98 % des réclamations, déclare Claude Di Stasio. La minorité qu’on refuse sont des cas de mauvaise compréhension du contrat ou de fraude.» Cependant, certaines pratiques de l’industrie nourrissent l’aversion des consommateurs. C’est que, dans leur désir d’éviter les clients qui montrent un risque trop élevé, les compagnies d’assurance ont recours à des mesures qui font sourciller. «L’industrie fait beaucoup de discrimination, affirme Luc Rochefort, analyste à l’Union des consommateurs. Par exemple, depuis environ un an, les assureurs automobiles utilisent le dossier de crédit pour évaluer les risques présentés par un client. Mais le lien entre le crédit et la conduite automobile est ténu.» Ce qui n’empêche pas un assureur d’augmenter les primes d’un conducteur surendetté sous prétexte qu’il n’a peut-être pas les moyens d’acheter des pneus d’hiver. Le refus presque systématique d’assurer ceux qui possèdent un casier judiciaire fait aussi pester. «On a déjà vu un homme se faire refuser une assurance nécessaire à l’achat d’une maison parce qu’il s’était battu dans un bar 30 ans plus tôt! lance Luc Rochefort. Au Québec, il y a environ 500 000 personnes qui ont un casier judiciaire. Si on compte les conjoints et les enfants, ça fait beaucoup de monde qui n’a pas accès à une couverture», ajoute-t-il. Autre source de récriminations : des contrats indéchiffrables. «Une voiture qui fonctionne mal fait klong-klong. Un contrat d’assurance plein de trous, c’est moins facile à reconnaître», concède Martin Boyer de HEC Montréal. D’où l’importance de lire attentivement toutes ses polices. Mais entre les sinistres, les avenants et les cas de force majeure, les documents paraissent souvent impénétrables. «En cas de conflits, on doit faire appel à des juges pour trancher sur la façon d’interpréter une police, soutient Luc Rochefort. Comment voulez-vous que le consommateur comprenne ce jargon de juristes!» Jannick Desforges de chez Option consommateurs propose quelques trucs pour éviter les frustrations. «L’important, c’est d’évaluer ses besoins», explique-t-elle. Pour l’assurance de dommages, le BAC recommande de faire l’inventaire de ses biens : inutile de payer une couverture de plusieurs dizaines de milliers de dollars pour protéger des biens achetés pour une bouchée de pain! De la même façon, pas la peine de se saigner chaque mois pour une assurance vie colossale. «Selon les besoins, un petit montant pour couvrir les frais d’enterrement et de succession est parfois amplement suffisant», soutient Claude Di Stasio de l’ACCAP. «Il est aussi primordial de magasiner et de comparer les polices, et de s’informer des couvertures que l’on a déjà, au travail ou ailleurs, pour éviter les doublons», ajoute Jannick Desforges. Parce qu’être assuré deux fois pour le même risque, c’est un peu s’arnaquer soi-même! |
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