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[Marché du travail]
Les péripéties de deux chercheurs d’emploi
Job Story
par Jean-Sébastien Marsan coordination Éric Grenier et Annick Poitras
Depuis près d’un an, le Magazine Jobboom suit à la trace les démarches de deux chercheurs d’emploi. Au départ, ils partageaient le même objectif : avoir un nouvel emploi à l’automne 2005. Mais rien n’a fonctionné comme prévu. Beaucoup d’obstacles, plusieurs culs-de-sac, quelques rebondissements... Récit.
«Nos Jobbeurs»
Martin Rondeau, 28 ans, né à Joliette, installé à Montréal. En 1999, il obtient un baccalauréat en communications à l’Université du Québec à Montréal, puis il occupe un poste d’agent de communications en Abitibi-Témiscamingue jusqu’en 2002. Il retourne ensuite aux études, à l’Université de Montréal, pour obtenir un diplôme d’études supérieures spécialisées en santé-sécurité du travail. Au début de l’été 2005, tout en bossant une trentaine d’heures par semaine au centre d’expédition de Purolator Courrier, il est à l’affût d’un poste en santé-sécurité.
Échéance : octobre 2005, alors qu’il terminera son dernier cours à l’université.
Marie-Claude Pellerin, 23 ans, née à Val-d’Or, installée à L’Assomption. En mai 2004, elle obtient un diplôme d’études collégiales en commercialisation de la mode du Cégep Marie-Victorin, tout en travaillant à temps partiel à l’administration d’un Réno-Dépôt. Puis elle tombe enceinte. Elle choisit de s’occuper de son fils Vincent à domicile pendant qu’elle reçoit des prestations d’assurance-emploi. Au début de l’été 2005, Marie-Claude se lance à la recherche d’un poste dans le milieu de la mode.
Échéance : octobre 2005, lorsque ses prestations seront épuisées.
(N.B. : les noms des recruteurs et des entreprises ne sont pas révélés pour préserver la confidentialité des démarches de recherche d’emploi.)
L’été, saison morte
Confiante de trouver rapidement un emploi, Marie-Claude n’a qu’un souci majeur : le transport. «Je vis à L’Assomption [banlieue nord-est de Montréal] et je sais que c’est probablement à Montréal que je devrai travailler. Il y a le problème du trafic», craint-elle. Une vingtaine de kilomètres chroniquement congestionnés à l’heure de pointe séparent L’Assomption du centre-ville.
La jeune mère de famille devra aussi, avant de commencer un nouvel emploi, trouver une place en garderie pour son fils, alors âgé de sept mois. Un défi de taille à relever : les délais d’attente en CPE peuvent aller jusqu’à deux ans!
La première stratégie de Marie-Claude Pellerin consiste à s’inscrire dans des sites Internet de recrutement, à consulter les offres d’emploi publiées dans les journaux et à envoyer son CV par courriel pour les postes qui l’intéressent.
Au terme de ses études collégiales, Marie-Claude a fait un stage dans une entreprise de communications. Elle souhaite reprendre contact. Qui sait, il y a peut-être un poste à pourvoir dans cette entreprise…
Tranquillement, pas vite
Martin Rondeau, pour sa part, termine sa session universitaire le 24 juin. Une manière comme une autre de souligner la Saint-Jean-Baptiste! Il s’accorde une semaine de repos bien mérité. «Depuis une semaine, je n’ai fait rien d’autre que de consulter le cahier “Carrières” de La Presse. Il faut que je prépare le terrain avant d’envoyer des CV partout.»
Il songe à la technique des entrevues exploratoires, c’est-à-dire entrer en contact avec des employeurs pour connaître leurs besoins, sans solliciter un poste. Martin se promet aussi de retracer une conseillère du Carrefour jeunesse-emploi de son quartier rencontrée un an et demi plus tôt.
Au début de juillet, Martin poursuit sa planification, révise son CV, trouve des entreprises où il aimerait travailler. Il a aussi passé en revue ses connaissances acquises à l’université. «C’est une question qui reviendra en entrevue», prédit-il. Il n’a pas pris le temps de retracer la conseillère du Carrefour jeunesse-emploi…
Le 4 juillet, jour de l’Indépendance américaine, se transforme en jour de la dépendance à la technologie pour Marie-Claude. Une panne d’électricité à son domicile l’empêche de se servir de son ordinateur pendant l’avant-midi. Et re-panne le lendemain matin! Crotte pour la recherche d’emploi.
À la mi-juillet, Marie-Claude constate les premiers résultats de sa recherche : une entreprise de Pointe-Claire lui propose un poste d’acheteuse adjointe. Après une courte réflexion, elle décline l’offre, principalement pour des raisons de transport. Pointe-Claire, dans l’ouest de l’île de Montréal, est à 30 km de son domicile, ce qui représente environ une heure de voiture (et au moins une demi-tonne de gaz à effet de serre par mois, pourrait-on ajouter).
Par ailleurs, elle vient d’apprendre une bonne nouvelle : une garderie qui ouvrira ses portes à L’Assomption en septembre 2005 disposera d’une place pour son fils. Un obstacle de moins! «Autrement, c’est probablement mon beau-père, qui est à la retraite, qui aurait dû s’occuper de Vincent», confie Marie-Claude.
Le CV en ligne, et après?
Chez Martin, la recherche d’emploi stagne en juillet. Purolator Courrier lui a offert de devenir formateur et il a sauté sur l’occasion. Cette expérience de formation en milieu de travail pourra lui être utile lorsqu’il s’agira de démontrer des compétences en santé-sécurité.
À la fin de juillet, Marie-Claude revient de deux semaines de vacances en famille (son conjoint bénéficie des vacances de la construction). Elle reprend la consultation des offres dans Internet et l’envoi de CV par courriel. Une technique de recherche d’emploi qui a ses limites, constate-t-elle à regret. «J’ai envoyé une vingtaine de CV et je n’ai eu qu’une seule réponse.»
Marie-Claude se débrouille seule, ne bénéficie d’aucune aide professionnelle et n’effectue aucun réseautage. Pour la première fois, elle avoue éprouver un certain découragement : «Je ne sais pas quoi faire d’autre pour trouver de l’emploi.»
Pendant la première semaine du mois d’août, Martin, lui, est passé en mode réseautage. «Je me prépare à envoyer mon CV à des personnes que j’ai connues à l’école, avec une lettre de présentation générale. Je l’envoie aussi à mon beau-frère qui a un oncle consultant et qui a des contacts un peu partout.» Il postule aussi à quelques postes affichés dans les petites annonces. Il constate que les employeurs sont peu actifs l’été.
Un emploi trop exigeant?
Martin est stimulé par ses responsabilités de formateur chez Purolator. Entraîné à un nouveau système de suivi des colis, il forme une douzaine de collègues. «Ça me met dans le bain de la formation en milieu de travail.»
Avec un horaire de midi à 20 h parfois augmenté d’heures supplémentaires, ce poste lui laisse cependant peu de temps pour chercher un nouvel emploi. Martin n’effectue pas de démarches lorsqu’il est en service. «Si je pouvais avoir des après-midi complets, ma recherche avancerait plus vite.» Il songe toujours à contacter le Carrefour jeunesse-emploi : «Faudrait bien...»
Dans la deuxième semaine d’août, Marie-Claude revampe son CV. Une amie graphiste a revu la présentation visuelle et lui a suggéré d’envoyer ses documents par la poste. «Je vais mettre mon CV dans une enveloppe blanche, ensuite je mettrai l’enveloppe blanche dans une enveloppe transparente, en plastique, teintée d’une couleur qui reflète bien ma personnalité : le rose. J’ai fait un petit sondage dans mon entourage, les gens sont d’accord avec le rose!»
Marie-Claude poste donc ses enveloppes roses. Une semaine plus tard, elle n’a reçu qu’une seule réponse, peu détaillée. Elle a l’impression de s’agiter en vain.
Rentrée automnale
Au début de septembre, Martin bosse plus fort que jamais chez Purolator. À un point tel qu’il prévoit une semaine de vacances à compter de la mi-septembre. Sa recherche d’emploi est un fiasco dont il se dit le premier responsable. «Cet été, j’ai eu des attentes qui n’étaient pas très réalistes», confesse-t-il.
Martin retournera bientôt à l’université pour suivre le dernier cours de son programme en santé-sécurité du travail. Un cours d’ergonomie, un soir par semaine. Pas de quoi contaminer son emploi du temps, croit-il.
Entre-temps, Marie-Claude reçoit une offre pour un poste de vendeuse dans une boutique de vêtements de Laval, une proposition qu’elle décline. «J’ai déjà travaillé dans des boutiques. Avec mon garçon, je ne veux pas des horaires de soir et de fin de semaine.»
Marie-Claude a contacté le service de placement de son cégep, qui rouvre ses portes après la pause estivale, ce qui lui procure une avalanche d’offres d’emploi par courriel. Mais le silence radio des employeurs la décourage. «On m’a dit que 20 % des emplois sont affichés et que 80 % des postes s’obtiennent par des contacts personnels. Je ne sais pas si j’ai assez de contacts.»
L’entreprise qui lui a offert un stage pendant ses études ne répond toujours pas à ses appels. «Peut-être que je pourrais revoir des professeurs du cégep issus de l’industrie de la mode. Peut-être ont-ils des contacts», songe Marie-Claude.
À la fin du mois de septembre, sa recherche d’emploi ne va toujours nulle part. Mis à part une visite d’un salon annuel de l’emploi à Repentigny, elle effectue peu de démarches à l’extérieur du domicile.
«Je reçois encore des offres d’emploi par Internet, mais souvent, ce sont les mêmes compagnies et les mêmes emplois. Tout ça commence à me stresser. Mes prestations d’assurance-emploi se terminent dans trois semaines.»
Petits et gros pépins
À la fin de septembre, Martin s’accorde une semaine de vacances et commet une petite folie… Il fait l’acquisition d’un chalet! Une maison de campagne à Saint-Alphonse-de-Rodriguez, dans Lanaudière.
«Avant mes vacances, je me disais qu’à l’automne je pourrais diminuer mes heures de travail pour consacrer plus de temps à la recherche d’emploi. Mais avec un chalet, je ne peux plus vraiment me permettre de moins travailler.» Par ailleurs, son cours d’ergonomie à l’université est plus exigeant que prévu.
Au début d’octobre, un événement secoue la routine de Marie-Claude : pour la première fois depuis le début de l’été, elle est conviée à une entrevue pour un poste qui l’intéresse! «C’est un fabricant distributeur de vêtements dans le domaine de la mode, à Montréal, pour un poste de coordonnatrice à l’importation, s’exclame-t-elle. Ce n’est pas tout à fait ce que je cherche, mais je ne peux pas me permettre d’être difficile.»
Marie-Claude attend avec une joie mêlée d’anxiété l’appel téléphonique qui fixera la date de l’entrevue. Elle attend un jour. Deux jours. Trois jours… Quatre… Cinq… Dix… «La madame ne m’a jamais rappeléééée!» se lamente Marie-Claude. Et pour ne rien aider, elle a perdu le numéro de téléphone de la personne-ressource chez le fabricant distributeur montréalais…
Mince consolation, elle reçoit une vague promesse d’entrevue pour un poste dans une entreprise de confection de vêtements, mais située à Saint-Laurent (ouest de Montréal). «Quand ce n’est pas Pointe-Claire, c’est Saint-Laurent», grogne Marie-Claude.
Un sentiment de colère l’anime. Elle hausse le ton, s’emporte : «J’ai un diplôme du collégial. Il me semble que c’est mieux qu’une troisième secondaire, non? Je VEUX travailler! Pendant ce temps-là, il y a tellement de monde qui se pogne le derrière!»
Les jours s’écoulent, nous sommes à la fin d’octobre. Dans sa classe d’ergonomie, Martin en arrache. «Au dernier cours, le prof a parlé de sinus et de cosinus! Je n’ai pas touché à ça depuis la cinquième secondaire, je capote un peu! Et je fais toujours 30 heures chez Purolator, avant les heures supplémentaires, parce que je dois payer mon chalet.»
Martin prend une grande décision : sa recherche d’emploi est désormais «sur la glace» jusqu’à la fin de l’année 2005. «Cet été, je prévoyais en faire beaucoup plus. Côté recherche d’emploi, je ne cacherai pas que c’est complètement négatif. Mais côté expérience de vie, c’est assez positif. J’ai appris quelque chose sur mes limites, sur ce que je peux faire.»
Des entrevues, enfin!
Le mois d’octobre est morose pour Marie-Claude jusqu’à l’obtention d’une entrevue, le jour de l’Halloween, pour un poste de coordonnatrice au marketing chez un fabricant distributeur de Montréal. Et au centre-ville, cette fois. «C’est juste une entrevue, je ne me fais pas d’illusions», tempère celle qui cache mal son optimisme retrouvé. Il était temps, car elle ne reçoit plus de prestations d’assurance-emploi. Son conjoint tuyauteur doit faire vivre toute la famille.
L’entrevue se déroule bien. «Je m’attendais à des questions pièges, mais non, confie Marie-Claude. Un monsieur a passé mon CV en revue avec moi, il m’a parlé de la compagnie et du poste pendant une demi-heure environ.» La semaine prochaine, trois ou quatre candidats seront reçus pour une seconde entrevue par le président de l’entreprise. Marie-Claude croise les doigts.
Au fait, comment se comporte notre candidate en entrevue? «Je ne suis pas une personne nerveuse, affirme-t-elle. J’ai posé quelques questions sur leurs produits et sur la distribution parce que je m’étais renseignée sur l’entreprise. J’étais à l’aise.»
La semaine suivante, elle obtient aussi une autre entrevue pour un poste d’adjointe au styliste pour un magazine montréalais. Elle est plus que jamais confiante de dénicher un emploi.
Malheureusement, l’entreprise montréalaise qui l’a reçue en entrevue le 31 octobre s’est déguisée en courant d’air. Idem pour le magazine. Déçue, Marie-Claude reste toutefois active : elle obtient deux autres entrevues pour des postes d’acheteuse adjointe, dans deux entreprises situées à… Saint-Laurent (décidément!).
«Je vais me présenter, même si Saint-Laurent ne fait pas mon bonheur. Je pensais que l’industrie de la mode était plutôt située au centre-ville de Montréal, pas dans l’ouest de l’île. Avoir su, je ne me serais pas installée à L’Assomption!»
Au cours des quatre derniers mois, Marie-Claude n’a obtenu que quatre entrevues. Tant d’efforts pour si peu, pense-t-elle. Comme Martin, Marie-Claude constate l’échec de ses démarches. En novembre et décembre, elle baisse les bras. Sa recherche tombe au point mort.
Surprises hivernales
À la fin de décembre, Marie-Claude broie du noir. Une amie secourable l’informe qu’un poste est ouvert au siège social des Ailes de la mode, à Brossard. Marie-Claude dépose sa candidature et, coup de théâtre, elle obtient l’emploi!
Elle occupe donc depuis un poste d’adjointe aux achats, spécifiquement pour les cosmétiques. Quarante heures par semaine du lundi au vendredi, chouette ambiance de travail, collègues sympathiques. «Ça correspond à ce que je voulais, se réjouit-elle. J’ai l’intention de rester ici longtemps.»
Que serait-il arrivé si son amie ne l’avait pas informée de ce poste? «J’aurais continué à chercher, parce que je ne voulais pas passer ma vie à la maison. Mais je n’étais plus motivée», avouait-elle, à la fin de mars dernier.
Lentement, mais sûrement
De son côté, Martin a terminé sa formation universitaire en décembre 2005. Toujours employé à temps plein chez Purolator Courrier, il reprend en début d’année ses démarches pour obtenir un poste en santé-sécurité du travail.
Cette fois, il structure ses démarches. «J’ai maintenant plus de temps, il s’agit de bien l’utiliser.» À la fin de mars, il avait rencontré un chasseur de têtes et contacté des professionnels des ressources humaines. Il se documentait sur les entreprises avant d’envoyer son CV et planifiait des entrevues exploratoires. «Si je n’ai pas trouvé un emploi cet été, je vais quitter mon poste chez Purolator pour chercher à temps plein.» Promis, juré!
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