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[Atmosphère]
Cover boy
propos recueillis par Steve Proulx photo : Marie-Claude Hamel
Denis Legault, propriétaire, Boutique Jucy, vêtements féminins pour hommes
Il y a des hommes qui se passionnent pour les timbres, d’autres sont fascinés par les vêtements féminins. Leur passe-temps, c’est d’enfiler des robes, des talons hauts, de la lingerie. Ils veulent avoir accès à une certaine frivolité, à une sensualité toute féminine. Une passion que la plupart gardent pour leur vie privée.
Dans mon magasin, il n’y a aucun produit fabriqué expressément pour les hommes. Ce sont des vêtements ou chaussures pour femmes, mais de taille plus grande. J’ai aussi une belle sélection de perruques. Mon plus gros «vendeur», ce sont des prothèses mammaires que j’importe des États-Unis et qui sont conçues pour les femmes ayant subi l’ablation d’un sein (après un cancer).
Il manquait à Montréal une boutique qui puisse répondre à ce besoin, comme il en existe dans plusieurs grandes villes du monde. Mon commerce est situé dans un petit local, à l’intérieur d’un immeuble commercial où l’on trouve beaucoup d’ateliers d’artistes. Mon commerce ne dérange nullement mes voisins, c’est étonnant d’ailleurs!
Il n’y a pas de vitrine, pas d’enseigne. La discrétion de l’endroit est primordiale, car il n’est habituellement pas facile pour un homme d’assumer publiquement sa passion pour la mode féminine. Si l’on peut entrer dans un magasin à grande surface et prétendre acheter une robe pour son épouse, c’est plus difficile pour un soutien-gorge...
Pour faire connaître ma boutique, je l’annonce dans les journaux et dans Internet. Le bouche-à-oreille ne fonctionne pas tellement : mes clients croient souvent qu’ils sont seuls dans leur situation, alors ils n’en parlent pas!
Personnellement, je ne suis pas à proprement parler un travesti, mais je me suis déjà habillé en femme dans le cadre d’un spectacle d’humour et j’ai un bon sens de l’esthétique. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce ne sont pas les drag queens qui viennent magasiner ici. Ce ne sont pas les gais non plus, je n’en ai vu que deux ou trois depuis l’ouverture de ma boutique il y a un peu plus d’un an. La majorité de ma clientèle est constituée d’hommes bien ordinaires, hétérosexuels ou bisexuels, de tous âges, qui partagent cette passion avec leur partenaire. Pour eux, c’est une façon de s’éclater en couple!
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