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[Carrière]
Plan de carrière
Carte de voeux
par Marie-Eve Cousineau illustration : Rémy Simard
Un plan de carrière. Le document apparaît bien obsolète. Et pourtant, selon les experts, il est plus que jamais utile pour garder le cap sur ses véritables aspirations professionnelles.
Sylvain Boily a rédigé son premier plan de carrière à… 45 ans. En 2004, l'unité Centre commerciaux de la SITQ, une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec, est vendue et il perd son poste de vice-président. Son ex-employeur lui paie alors les services d’une firme de gestion de carrière, afin de le soutenir dans sa démarche de recherche d’emploi. «J’ai pris le temps de rédiger un plan de carrière, c’est-à-dire de mettre sur papier qui je suis et qu’est-ce que je souhaite pour l’avenir, dit Sylvain Boily. Dans ce processus, j’ai découvert des choses sur moi.»
Peu de travailleurs se prêtent à un tel exercice, déplore Pierre Charbonneau, associé chez Raymond Chabot Ressources humaines, une firme spécialisée en recherche de cadres intermédiaires et supérieurs. Et ceux qui rédigent un plan de carrière le font souvent lorsque confrontés à un événement particulier, comme une perte d’emploi ou une fatigue professionnelle. «En général, les gens sont en mode “réaction” plutôt qu’en mode “action”, observe-t-il. Au lieu de planifier les étapes de leur carrière, ils se laissent porter par les emplois qui leur sont proposés et par les occasions qui se présentent.»
Pourtant, avec des revirements de carrière de plus en plus fréquents, tous les travailleurs ont intérêt à avoir un plan défini, d’après Pierre Charbonneau. «Dans les années 1960, ne pas planifier son cheminement professionnel n’était pas si grave. On passait habituellement sa vie chez un même employeur et celui-ci nous offrait une promotion lorsqu’il jugeait qu’on était prêt.»
Il en est tout autrement aujourd’hui. Les travailleurs peuvent se retrouver plus facilement le bec à l’eau en raison des récessions, de la relocalisation, des fusions et des fermetures d’entreprises. «Il n’est plus possible de penser pouvoir grandir avec une même entreprise. Il faut donc désormais se responsabiliser face à sa carrière», dit Claire Landry, psychologue organisationnelle à la Société Pierre Boucher, une firme de consultation en ressources humaines. «Comme individu, on est responsable du développement de nos compétences.»
Un carnet de bord
Même si pendant longtemps il n’avait pas de plan noir sur blanc, Sylvain Boily a toujours bien orienté sa carrière. Pendant les 17 années qu’il a passées à la SITQ, il a obtenu un MBA et a suivi une quarantaine de formations d’appoint dans son domaine. «Tout au long, mon objectif était clair : devenir vice-président dans l’organisation. Les décisions que j’ai prises concernant ma carrière l’ont toutes été en fonction de ce but.»
N’empêche, jeter sur quelques pages de papier ses objectifs professionnels, ses valeurs, ses exigences, ce qu’on aime ou pas dans un emploi, est éclairant, selon lui. «Cela permet une réflexion objective, dit-il. Sinon, on peut surévaluer son potentiel ou se méprendre à l’égard d’un poste convoité, par exemple. Un plan écrit permet de mieux cibler nos compétences clés.»
Avec un document écrit, on risque aussi moins de s’égarer de ses objectifs premiers, d’après François Berthiaume, président de la firme montréalaise Dolmen Capital Humain, un cabinet-conseil en gestion des ressources humaines. Un plan de carrière nous force à réfléchir aux impacts à moyen et à long termes de nos choix sur notre cheminement de carrière. «Par exemple, si un ingénieur accepte un nouveau poste pour un salaire légèrement plus élevé, et que 18 mois plus tard, il change à nouveau d’emploi pour obtenir cette fois une semaine de vacances supplémentaire, il aura occupé trois postes semblables en cinq ans. Il aura fait preuve d’une certaine instabilité. Il ne sera plus un candidat aussi attrayant [pour un poste supérieur].»
Jusqu’où faut-il se projeter dans l’avenir?
À tout le moins dans cinq ans, répondent les experts.
Les gens qui tardent à réfléchir sur leur avenir professionnel vivent parfois une profonde remise en question. «Lors de la crise de la mi-carrière, au début de la quarantaine, les gens se demandent : “Est-ce que je fais vraiment ce que j’avais le goût de faire?”», dit Jean-Philippe Naud, psychologue organisationnel, conseiller principal chez la firme de consultation AON Canada. «Certains ont emprunté une tangente de carrière sans se poser de questions et réalisent qu’ils n’ont pas exploré ce qu’ils auraient voulu faire.» Est-il alors trop tard pour se réajuster? Non, selon Jean-Philippe Naud. «Puisqu'on évolue en tant qu'individu, on doit aussi faire évoluer notre plan de carrière, sinon il pourrait y avoir incohérence.»
Grâce à sa démarche de réorientation, Sylvain Boily a découvert une nouvelle possibilité de carrière : l’entrepreneuriat. «J’ai réalisé que j’avais les aptitudes pour être mon propre patron», dit-il. Après avoir songé sérieusement à se lancer en affaires, il a finalement accepté le poste de directeur général de l’Office municipal d’habitation de Longueuil.
Retoucher l’esquisse
On peut rédiger un plan de carrière seul, sans l’aide d’un spécialiste. Mais il faut d’abord entreprendre une réflexion sur soi : il faut analyser ses forces et ses faiblesses, ses expériences passées, ses aspirations et les moyens d’atteindre ses objectifs (voir l’encadré Les questions à se poser). Mais jusqu’où faut-il se projeter dans l’avenir? À tout le moins dans cinq ans, répondent les experts. Et on révise notre plan tous les trois ou quatre ans. «Il ne faut pas être trop rigide dans notre démarche, précise Claire Landry. On ne se dit pas : “Dans dix ans, je décrocherai tel poste dans telle entreprise.” La compagnie n’existera peut-être plus à ce moment-là ou l’équipe de direction sera infecte. Il faut rester ouvert aux possibilités.» Il faut aussi être à l’écoute de soi.
Plutôt que de viser des postes précis, Jean-Philippe Naud recommande de se fixer des orientations de carrière qui répondent aux valeurs qui guident notre vie. «Il faut se demander qu’est-ce qui est vraiment important pour nous. Par exemple, une personne pourrait souhaiter avoir un rôle décisionnel qui implique du travail en équipe. Il importe peu que le poste se trouve dans le domaine de la vente ou de l’industrie pharmaceutique.»
Un plan de carrière ne veut pas nécessairement dire progression hiérarchique, souligne François Berthiaume. «Les jeunes travailleurs adhèrent beaucoup plus au principe de l’équilibre travail-famille que ceux de la génération précédente, remarque-t-il. Dans leur plan de carrière, ils peuvent diversifier leurs expériences de travail sans viser une ascension rapide.» Ainsi, un jeune conseiller en ressources humaines peut décider de travailler dans des postes de même niveau hiérarchique, mais dans divers domaines, comme le recrutement, la formation et les avantages sociaux. «Dans ce type de cheminement, la personne se développe, remarque François Berthiaume. Elle gagne en polyvalence.»
Si l’employé souhaite gravir rapidement les échelons, un plan de carrière lui permet de bien cibler les compétences à acquérir pour décrocher les postes convoités. «À la fin des années 1980, les gens opportunistes, qui avaient du bagou et une bonne formation, pouvaient progresser rapidement, dit François Berthiaume. Mais comme ils n’avaient pas de plan de développement structuré, leurs compétences n’atteignaient souvent pas le niveau requis pour le poste. Aujourd’hui, les organisations mesurent davantage les compétences réelles des personnes.»
À ce chapitre, un mentor peut être de bon conseil. Sylvain Boily possède lui-même deux mentors, son ancien patron et un ex-confrère de travail, auprès desquels il teste ses projets et idées. Il compte néanmoins rédiger seul ses prochains «plans de carrière triennaux». «Dans trois ans, je vais m’asseoir pour voir où j’en suis, si je me réalise encore, dit-il. À mon âge [47 ans], mon horizon professionnel rétrécit. Et je souhaite être heureux chaque jour. Un plan de carrière sert aussi à ça…»
Les questions À se poser
Qu’est-ce qu’une carrière pour moi? Quel est mon idéal de carrière?
Qu’ai-je accompli jusqu’à présent?
Qu’est-ce que j’aime faire? Qu’est-ce que je n’aime pas faire?
Quels postes ai-je le plus apprécié occuper?
Qu’avaient-ils en commun?
Quels sont les postes que j’ai le moins appréciés? Qu’avaient-ils en commun?
Quelles sont mes forces et mes faiblesses?
Dans quels types d’organisations je souhaite travailler? Dans quelles conditions de travail?
Quelles compétences devrai-je acquérir pour atteindre mes objectifs?

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