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Mirabel
La petite Alberta
par Geneviève Dubé photo : Patrick Deslandes
Dans la langue bien de chez nous, le terme «fiasco» a pour synonyme «Mirabel». Pourtant, cette ville née autour de ce qui devait devenir un jour un des plus importants aéroports du monde connaît actuellement la plus formidable période de sa courte histoire… même si l’aéroport est désormais fermé.
C’est que Mirabel – une cité créée de la fusion d’une dizaine de petites paroisses agricoles pour les besoins de l’aéroport dans les années 1970 – a hérité d’atouts enviables. D’abord, deux autoroutes, la 15 et la 50. Puis, une gigantesque réserve foncière de milliers d’hectares le long de ces voies rapides, issue des grandes terres expropriées pour la création de l’aéroport.
En plus, elle fait partie du corridor Montréal–Mont-Tremblant, soit celui qui connaît la meilleure croissance économique et démographique de la province. Il n’en faut pas plus pour faire de Mirabel une petite Alberta-en-Québec…
«Seulement sur l’ancien territoire de l’aéroport, le nombre de travailleurs est demeuré le même, la seule différence étant qu’ils sont mieux payés», lance d’emblée le maire de la ville, Hubert Meilleur. En effet, les entreprises qui s’y sont installées, comme Bombardier, donnent des salaires plus élevés que ceux payés jadis par l’aéroport, souligne-t-il.
Exploiter les pistes
Au total, Mirabel offre près de 16 000 emplois et le taux de chômage se situait à 3 % en décembre 2005. Le même taux qu’en Alberta, et trois fois moins qu’à Montréal et que dans l’ensemble du Québec. Ce résultat enviable se veut le fruit d’une planification à long terme débutée il y a 20 ans. À cette époque, l’économie reposait exclusivement sur l’aéroport et l’agriculture. La ville a donc encouragé le développement industriel en utilisant les vastes terrains à sa disposition pour exploiter tous les créneaux possibles, de sorte que l’économie s’est grandement diversifiée depuis.
Aujourd’hui, ce sont 680 entreprises œuvrant dans des domaines variés qui occupent le territoire. Parmi elles, l’usine de Bombardier, qui emploie présentement 1 500 travailleurs, et qui pourrait être agrandie si la nouvelle gamme d’avions de la série C prenait finalement son envol. L’entreprise Mecachrome possède un potentiel important dans le domaine manufacturier, notamment dans l’aéronautique. À court terme, les investissements de 700 millions de dollars annoncés en février 2005 par Bell Helicopter Textron pour la conception et la réalisation de technologies de pointe applicables à une nouvelle famille d’hélicoptères commerciaux occuperont à temps plein environ 600 employés sur une période d’au moins 15 ans. L’imprimerie du Journal de Montréal, qui a choisi Mirabel, devrait commencer ses activités en 2007.
Le complexe récréocommercial Lac Mirabel, qui sera composé d’hôtels, de boutiques, d’établissements de loisirs et d’un aquarium intérieur construits autour d’un grand lac artificiel, embauchera plus de 3 000 personnes à son ouverture, prévue pour 2007. De plus, un autre ensemble fantasmagorique de la même eau, Rêveport, prendrait place dans l’ancien aérogare : spa, sauna, plage intérieure accessible à l’année… le tout ouvert à la fin de 2007. Une entente a récemment été signée avec un consortium européen pour la réalisation de ce projet de 100 millions de dollars. Sans oublier les nombreuses petites entreprises qui œuvrent notamment dans le domaine des technologies et qui participent à cette envolée économique.
Ça déménage
Qu’est-ce qui attire donc ces entreprises à Mirabel? Selon le maire, qui règne sur son fief depuis presque 20 ans, elles choisissent de se rapprocher des travailleurs, ceux-ci s’établissant de plus en plus en banlieue de Montréal, en particulier sur la Rive-Nord. Depuis 4 ans, il se construit 800 nouvelles habitations chaque année, offrant un toit à la population qui a plus que doublé en 20 ans, passant de 14 660 en 1987 à 36 250 aujourd’hui. La ville accueille 2 000 nouveaux résidents annuellement. «Ça ne semble même pas s’essouffler», précise Jean-Luc Riopel, directeur général du Centre local de développement (CLD) de Mirabel.
De plus, les coûts de production des entreprises baissent lorsqu’elles s’éloignent de Montréal puisque les loyers sont moins chers et la fiscalité moins élevée. Aussi, les employés sont heureux de pouvoir arriver au travail rapidement, sans embouteillage. «Il y a aussi la singulière rapidité de planification et de réalisation des projets, une grande force de la ville», ajoute Hubert Meilleur. Autrement dit, le maire ne badine pas avec le palet quand il s’agit d’accommoder des entrepreneurs qui désirent développer leur entreprise à Mirabel. Jean-Luc Riopel mentionne que la disponibilité de nombreux locaux laissés vacants par le départ des activités aéroportuaires encourage également la venue d’entreprises.
Seule ombre au tableau : à court et à moyen termes, Mirabel pourrait vivre un ralentissement de sa croissance étant donné le manque d’espaces industriels et résidentiels. Sur les 42 000 hectares carrés que compte la municipalité, 31 000 sont zonés «verts», c’est-à-dire qu’ils sont protégés en vertu de la Loi sur la protection du territoire agricole. «Parmi ceux-ci, tous ne sont pas propices à l’agriculture, et il serait donc plus profitable de les utiliser pour d’autres activités, mais actuellement la Loi nous en empêche», proteste Hubert Meilleur.
Personne ne sait combien de temps cette embellie durera, mais pour l’heure, Mirabel bat des ailes, et monsieur le maire est aux anges!
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