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Lanaudière
Festival des couleurs

par Marie-Hélène Proulx
photos : Patrick Deslandes

C’est l’ONU en plein cœur de Lanaudière. Avec ses 39 communautés ethniques et ses 5 églises différentes, la petite ville de Rawdon est un patchwork étonnant où tous les continents se côtoient depuis 100 ans. Un modèle à suivre pour les régions?

«Ici, on est tous des Québécois pure laine… qui ont été tricotés ailleurs!» rigole la mairesse de Rawdon, Louise Major.

Tricotés ailleurs, c’est indiscutable : de l’Amérique du Sud à l’Asie, en passant par l’Europe, à peu près tout le globe a son représentant dans cette petite contrée de vallons et de champs de blé. «On est rendu à 39 communautés culturelles répertoriées, et je n’ai pas fini le dénombrement», précise Dominique Théroux, directrice du Service d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants de la municipalité.

Ainsi, malgré sa petite taille – à peine 9 000 habitants – et son caractère indiscutablement bucolique, Rawdon est l’une des villes les plus cosmopolites au Canada.

Ce sont d’abord les Irlandais et les Canadiens français qui se sont installés dans le chef-lieu de la MRC de la Matawinie, en 1816, suivis de près par les Écossais. Puis, les deux guerres mondiales ont incité des milliers d’Européens de l’Est à trouver refuge dans le paisible Rawdon et pas à Montréal, sans trop qu’on sache pourquoi. «Apparemment, les paysages de Lanaudière leur rappelaient leur patrie», raconte Louise Major.

Aujourd’hui, environ 30 % de la population est d’origine autre que canadienne-française. Une présence qui fait toute la différence sur le plan culturel, comme en témoigne la fondation du Centre d’interprétation multiethnique. «Ici, on réunit des costumes, des peintures et des musiques des quatre coins de la planète, explique son président, Marek Pyzik. C’est une fenêtre sur le monde!» Lui-même d’origine polonaise, il ne tarit pas d’éloges sur Rawdon. «J’ai rarement vu un village aussi accueillant. Ici, il n’y a pas de friction entre les nationalités.»

La différence générée par cette remarquable diversité se fait aussi sentir sur le plan économique : «Plusieurs de nos industries, surtout dans le secteur de la plasturgie, ont été fondées par des immigrants investisseurs. La plasturgie est le pilier économique de notre région», remarque Jean-Philippe Boucher, agent de développement au Centre local de développement de la Matawinie.

Par exemple, la compagnie Manufacturiers de moules et matrices Sirius a vu le jour grâce à un immigrant originaire de la Tchécoslovaquie, et deux autres entreprises de la plasturgie ont été fondées par un Français et un Danois.

Ces entreprises sont parmi les principaux employeurs de Rawdon et continuent d’embaucher une bonne partie des immigrants de la municipalité. Par ailleurs, en ouvrant des auberges et des restaurants, certaines communautés ethniques – des Français, des Thaïlandais, des Chinois, des Belges – ont aussi contribué à dynamiser un autre secteur central de l’économie de la ville, le tourisme.

Et c’est pas fini…
Alors que toutes les villes du Québec éprouvent de sérieuses difficultés à séduire les immigrants, qui leur préfèrent Montréal à 80 %, la réussite de Rawdon a de quoi étonner. La mairesse Louise Major s’en réjouit, mais ne se repose pas sur ses lauriers. En fait, depuis décembre 2005, son équipe a mis en place une «opération séduction» pour attirer encore plus d’expatriés, opération qui prend la forme d’une entente inusitée avec le gouvernement provincial. «Rawdon est la première petite ville à signer une entente avec le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, dans le cadre du Programme régional d’intégration des immigrants», explique-t-elle.

En gros, l’objectif de cette entente, qui est assortie d’un chèque de 50 000 $ du gouvernement provincial, vise à convaincre 50 familles immigrantes de s’installer dans la MRC de la Matawinie.

C’est qu’à l’instar de bien des régions du Québec, la municipalité fait face à un sérieux manque de main-d’œuvre. «Les entreprises du secteur manufacturier ont de la difficulté à recruter, surtout pour des postes d’opérateurs de machines, de chargés de projets [ingénieurs] et de directeurs de production», note Jean-Philippe Boucher.

Pour ce faire, la ville a mis sur pied un service d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants. «Un de mes mandats, explique la directrice Dominique Théroux, est de prendre connaissance du besoin des industries et de créer des partenariats avec les écoles pour fournir une formation adaptée aux postes à pourvoir. Ainsi, j’aurai des offres concrètes à présenter aux nouvelles familles immigrantes.»

La mairesse Louise Major voit grand pour ce projet pilote. «Si c’est concluant, j’espère de tout cœur qu’on pourra exporter notre modèle ailleurs au Québec.» Parions qu’à l’heure du déclin démographique et de l’exode des jeunes vers les grands centres urbains, les régions ne s’en plaindraient pas!


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