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Rénovation résidentielle
Complètement marteau!

par Emmanuelle Gril

Depuis quelques années, les Québécois rénovent comme jamais. Chalets, condos et résidences sont remis au goût du jour. Mais les bons ouvriers ne sont pas toujours au rendez-vous.

Contrairement à la rénovation industrielle, commerciale et institutionnelle, la rénovation résidentielle n’est pas assujettie à la loi qui régit l’industrie de la construction. Seuls les électriciens et les tuyauteurs sont soumis à la réglementation et doivent détenir leur certificat de compétence. En dehors de ces deux métiers, n’importe qui peut s’improviser ouvrier en rénovation. Ainsi, sur le plan de la main-d’œuvre, c’est le free for all.

Les entrepreneurs s’arrachent les cheveux pour trouver des travailleurs qualifiés et peinent à respecter leurs contrats envers les propriétaires. L’un d’entre eux, qui préfère garder l’anonymat, a abandonné la partie après avoir été entrepreneur général pendant douze ans. Il se consacre aujourd’hui à l’ébénisterie et ne regrette pas son choix. «Les ouvriers que je parvenais à embaucher n’étaient pas sérieux. Certains travailleurs ne se présentaient pas sur le chantier, d’autres arrivaient trop soûls pour travailler et je devais les renvoyer chez eux. Beaucoup de gens s’improvisent ouvriers, et comme on n’a pas le temps de les tester, on peut avoir de mauvaises surprises.» Il estime que c’est la surabondance de travail qui cause problème. «Même s’ils perdent leur job, ces travailleurs sont sûrs d’en trouver un autre le lendemain.»

Pour se protéger, les gens qui font rénover leur propriété devraient, selon la Régie du bâtiment, faire affaire avec un entrepreneur de construction qui détient une licence délivrée et renouvelée chaque année par l’organisme. De son côté, l’Association provinciale des constructeurs d’habitations du Québec offre une Garantie Rénovation qui permet notamment aux consommateurs adhérents d’obtenir sous certaines conditions la réparation des malfaçons s’il y a lieu. Mais licences et certifications ne peuvent être garantes des compétences des ouvriers qui travaillent pour le compte d’un entrepreneur.

Gilles Plante, directeur adjoint de l’École des métiers de la construction de Montréal, se demande bien d’où viennent ces ouvriers dont se plaignent tant les entrepreneurs. «Je ne suis pas sûr qu’ils sortent d’une école. Chez nous, nos jeunes sont motivés.» Il note toutefois que le salaire horaire est supérieur – jusqu’à trois ou quatre dollars l’heure – dans le secteur de la construction réglementée. Il est donc plus intéressant pour un diplômé possédant son certificat de compétence d’œuvrer sur un chantier de construction neuve que dans la rénovation résidentielle, ce qui crée un manque d’ouvriers dans ce dernier secteur.

André Martin, porte-parole de la Commission de la construction du Québec, abonde dans ce sens. «Quand l’industrie de la construction se porte bien, les travailleurs formés préfèrent intégrer le secteur réglementé, qui est plus payant.» Carreleurs, charpentiers-menuisiers, plâtriers, calorifugeurs, électriciens et tuyauteurs y sont d’ailleurs désormais rares, on se les arrache à prix d’or… Les entrepreneurs de la rénovation résidentielle, de même que les consommateurs qui rêvent d’un nouveau décor, ne seraient donc pas au bout de leur peine.


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