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Longue route
Malgré les ouvertures de bassins, des manques de main-d’œuvre se font sentir. Mario Chabot, contrôleur pour Constructions Beaubois, une entreprise de Québec spécialisée dans la construction résidentielle neuve, doit être imaginatif pour boucler ses contrats. «Je sais combien de chantiers je peux diriger en fonction de la main-d’œuvre disponible et j’essaie de m’en tenir à ça. En stabilisant le nombre de contrats, cela me permet aussi de régulariser le travail pour mes employés et de pouvoir leur garantir du boulot presque toute l’année.»

Il n’en reste pas moins que cet entrepreneur peine parfois à trouver des ouvriers, notamment des charpentiers-menuisiers et des maçons. Jocelyn Boivin, président des Habitations Boivin, entrepreneur général à Sainte-Foy, concède lui aussi qu’il est difficile de trouver une main-d’œuvre d’expérience.

Selon Éric Cherbaka, de l’APCHQ, le problème du manque de main-d’œuvre réside davantage dans l’intérêt pour les métiers de la construction que dans la complexité de la réglementation. «Quand on se met dans la peau d’un élève, on peut penser que la charpenterie-menuiserie ou le briquetage-maçonnerie, par exemple, sont des activités exigeantes physiquement et qui n’ont pas beaucoup évolué.»

Jean Sexton ajoute pour sa part que le parcours à suivre pour intégrer un métier de la construction est trop long. «Cela prend moins de temps pour décrocher un doctorat en droit à Harvard que pour devenir électricien ou tuyauteur, où il faut accumuler 8 000 heures d’apprentissage! Et comme un apprenti 1re année coûte moins cher qu’un apprenti 4e année, certains ont aussi du mal à terminer leur apprentissage, car les employeurs favorisent les premiers.»

À l’École des métiers de la construction de Montréal, le plus grand centre de formation dans ce domaine au Québec, les jeunes ne manquent pourtant pas à l’appel. «Actuellement, on roule à pleine capacité : nous avons de la place pour 1 300 à 1 400 élèves et nous recevons de 4 000 à 5 000 demandes d’admission par année, affirme le directeur adjoint, Gilles Plante. Depuis 2001, nous avons connu une incroyable augmentation du nombre de demandes, et d’après mes renseignements, la situation est la même dans la plupart des autres centres de formation de la province.»

À la CCQ, on conclut que le manque de main-d’œuvre est loin d’être dramatique. «Bien sûr, tout est perfectible, précise André Martin. Beaucoup d’allègements ont déjà été apportés à la réglementation. En 1997, on intégrait 1 000 diplômés par an, comparativement à 4 400 aujourd’hui. On a amélioré l’accès à l’industrie, rajeuni la main-d’œuvre et accueilli un grand nombre de nouveaux travailleurs.»

De son côté, Jean Sexton demeure sceptique. «Il faudrait faire un examen sérieux de la situation du manque de main-d’œuvre et de la réglementation. Mais c’est une énorme structure. Toucher à un seul morceau du puzzle fait bouger tout le reste [...]. N’oublions pas que la construction est un service essentiel dans la société : le monde entier ne s’est pas bâti tout seul!»

Perspectives
Depuis neuf ans, l’industrie de la construction connaît une période faste. En 2005, les ouvriers québécois ont cumulé 127 millions d’heures de travail, ce qui constitue un nouveau sommet en 28 ans! La Commission de la construction du Québec (CCQ) prévoit un nombre d’heures travaillées équivalent pour 2006. En dépit du repli annoncé de la construction résidentielle, d’autres projets, comme les travaux de génie civil et de voirie, compenseront cette diminution. En 2006, la CCQ estime que l’industrie aura besoin de 9 000 nouveaux travailleurs. (E. G.)






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