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Construction
Les 12 travaux du bâtiment

par Emmanuelle Gril

Le recrutement est un défi constant pour les employeurs de la construction, qui jonglent non seulement avec une rareté de travailleurs, mais aussi avec une réglementation complexe à respecter. Comme quoi planter un clou n’est pas toujours aussi simple que l’on croit.

De l’électricien au tuyauteur, en passant par le calorifugeur et le carreleur, 26 métiers de la construction sont actuellement régis par la Loi sur les relations de travail, la formation professionnelle et la gestion de la main-d’œuvre dans l’industrie de la construction. Adoptée en 1968, cette réglementation, qui encadre tout le fonctionnement de l’industrie, a fait l’objet de nombreuses modifications au fil des ans. Selon André Martin, porte-parole de la Commission de la construction du Québec (CCQ), la loi actuelle n’est rien de moins que le fruit de 40 ans de discussions entre le gouvernement et les syndicats!

«L’État est intervenu très souvent, car la construction est un secteur à part où le Code du travail ne s’applique pas. C’est compréhensible. En 2005, 134 000 travailleurs ont été actifs sur les chantiers au Québec : on ne peut pas gérer cette industrie comme on gère une usine de 300 employés permanents syndiqués!»

Présentement, pour accéder à un métier de la construction, un candidat doit obtenir un diplôme d’études professionnelles (DEP) dans le métier qu’il souhaite pratiquer. Puis, il lui faut trouver un employeur qui lui garantira 150 heures de travail, afin d’obtenir un certificat d’apprenti auprès de la CCQ. Avec ce certificat, le diplômé pourra œuvrer sous la supervision d’un compagnon expérimenté et faire les 2 000 à 10 000 heures d’apprentissage requises, selon les métiers. En fin de processus, s’il réussit l’examen de qualification donné par la CCQ, il devient alors compagnon.

En période de pénurie de main-d’œuvre, il existe une autre voie d’accès à l’industrie : l’ouverture de bassins. Un bassin s’ouvre lorsque moins de 5 % d’apprentis d’un certain métier sont disponibles dans une région donnée. La CCQ autorise alors les employeurs à embaucher des candidats sans DEP, pourvu qu’ils puissent leur garantir un minimum de 150 heures de travail dans les 3 mois à venir. Les travailleurs obtiennent un certificat d’apprenti et doivent s’engager auprès de la CCQ à suivre simultanément une formation professionnelle.

Une réglementation justifiée?
Selon André Martin, il y a des défis majeurs à relever pour l’ensemble des collaborateurs de la construction, à cause de son caractère cyclique et saisonnier. Surtout que, quand l’industrie est en décroissance, la main-d’œuvre a tendance à se déplacer vers d’autres secteurs d’activité. «Ce n’est pas simple à gérer. La réglementation est complexe, mais à la CCQ, nous considérons qu’elle reste relativement flexible. Ainsi, le système d’ouverture de bassins permet de répondre aux besoins de main-d’œuvre quand celle-ci vient à manquer et, chaque année, environ 6 000 personnes entrent dans l’industrie de cette façon. Le régime donne accès à une main-d’œuvre qualifiée et assure une bonne productivité. D’ailleurs, si on supprimait cette réglementation, par quoi pourrait-on la remplacer?»

Jean Sexton, qui a été commissaire dans le cadre de la Commission d’enquête sur la Société Papiers Gaspésia et professeur titulaire au Département des relations industrielles de l’Université Laval, est plutôt d’avis que cette industrie est difficile à encadrer par une loi. «Le travail sur les chantiers se fait sur une période limitée et variable. La réalisation d’un projet peut prendre quelques heures, des jours, des mois ou des années. Selon l’ampleur des travaux, la production passe par un ensemble de travailleurs, qui se succèdent selon leur métier. Au bout du compte, c’est un vrai casse-tête.»

Il croit aussi que la Loi complique la pratique des métiers sur le terrain, notamment. «C’est un corset incroyable. Cette rigidité cause des problèmes. Par exemple, autrefois c’étaient les charpentiers-menuisiers qui fabriquaient les formes de trottoir. Quand on a commencé à les faire en métal, ce sont les monteurs d’acier de structure qui ont réclamé la tâche de les fabriquer. Il y a sans cesse des chevauchements entre les métiers… En outre, à cause de l’intervention des corps de métiers de façon successive sur un chantier, dès qu’il y a pénurie de main-d’œuvre dans une spécialité, cela retarde les travaux, et l’effet domino s’enclenche.»

Rien n’est parfait
À l’Association de la construction du Québec, on apprécie que la réglementation donne accès aux différents métiers par la voie de la formation. Mario Lessard, directeur des relations de travail à l’organisme, reconnaît toutefois que les centres de formation professionnelle ne fournissent pas la moitié des travailleurs requis sur les chantiers. «Depuis 2000, on compte environ 4 400 diplômés par an, alors que 15 000 travailleurs intègrent l’industrie annuellement. Les briqueteurs-maçons, les plâtriers, les cimentiers – les métiers de la truelle – manquent de façon permanente. Les ferblantiers et les monteurs-mécaniciens-vitriers sont aussi trop peu nombreux, car ces métiers n’attirent pas assez les jeunes.»

Éric Cherbaka, directeur général de la division Membres et industrie de l’Association provinciale des constructeurs d’habitations du Québec (APCHQ), soutient pour sa part que la Loi fait l’objet d’un débat entre patronat et groupes syndicaux. «Les employeurs voudraient pouvoir embaucher des employés en tout temps. Or, les syndicats souhaitent que tous leurs membres travaillent avant qu’on embauche de nouveaux ouvriers.» Il juge également que certaines règles devraient être revues, car elles ont été conçues pour s’appliquer à l’ensemble du Québec, alors que la situation diffère d’une région à l’autre. «Par exemple, lorsqu’on parle du pourcentage nécessaire pour l’ouverture de bassins [moins de 5 % d’apprentis dans un métier], à Montréal le bassin est énorme, bien plus grand que ceux de la Gaspésie ou de la Côte-Nord. Par conséquent, il est plus difficile d’atteindre les 5 % requis en région. Il faudrait alléger la réglementation pour qu’elle corresponde mieux à la réalité.»

Ted McLaren, président de la CSN-Construction, estime quant à lui qu’il faut conserver un certain contrôle sur l’accès aux métiers. «Les employeurs voudraient ouvrir les portes à n’importe qui! Si on veut conserver la main-d’œuvre dans l’industrie de la construction, il faut qu’elle puisse gagner sa vie. Rien ne sert de faire entrer davantage de gens si on ne peut pas les faire travailler. La réglementation actuelle est suffisamment souple pour permettre de recruter tous les ouvriers nécessaires, que ce soit par voie de diplôme ou d’ouverture de bassins, sans avoir à aller chercher de la main-d’œuvre dans d’autres provinces.»

À la FTQ-Construction, Richard Goyette, directeur général adjoint, juge que le système actuel est efficace pour tous les acteurs de la construction : employés, employeurs et syndicats. «La réglementation est souple à l’extrême et permet de fournir la main-d’œuvre nécessaire», ajoute Michel Fournier, président de la CSD-Construction.




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