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Transport ferroviaire
Le train en marche

par Anick Perreault-Labelle

Le Canadien National (CN) fait des affaires en or et une formation verra bientôt le jour dans les métiers du rail. Mais le nombre d’emplois dans l’industrie ferroviaire n’a jamais été aussi bas. Quel avenir prévoit-on pour ce bon vieux chemin de fer?

En 2004, l’industrie ferroviaire canadienne comptait presque 36 000 emplois. C’est beaucoup? Ça dépend du point de vue… Il y a 20 ans, on en dénombrait plus de 84 000!

En réalité, jamais les trains du pays n’ont fait trimer si peu de monde en un siècle, rapporte Statistique Canada. Via Rail Canada semble particulièrement mal en point : elle a transporté 5 % moins de passagers sur un mille en 2004 qu’en 2000, tandis que son taux d’occupation des sièges est passé de 56 %… à 53 %.

Pourtant, sur papier, l’industrie ferroviaire canadienne se trouve au sommet de sa forme : entre 2003 et 2004, ses bénéfices nets ont augmenté de 17 % et ses recettes d’exploitation ont crû de près de 7 %, selon Statistique Canada.

En outre, le nombre d’emplois semble se stabiliser depuis 2000, à environ 3 000 chez Via Rail et 22 000 au CN. Une bonne part des personnes mises à pied ces dernières années ont trouvé un poste dans l’une des compagnies de chemin de fer d’intérêt local. Ces 13 PME, dont les chemins de fer Charlevoix ou de l’Outaouais, ont hérité au cours des années 1990 des lignes abandonnées par le CN et le Chemin de fer Canadien Pacifique (CFCP).

Le rail offre aussi un meilleur service qu’auparavant. Par exemple, les trains de marchandises sont plus ponctuels que jamais. «Jusqu’à récemment, les wagons étaient alignés un peu au hasard derrière les locomotives, puis laissés dans des cours de triage en attendant qu’un convoi parte dans le bon sens, raconte Pierre Fallu, coprésident du Comité sectoriel de main-d’œuvre dans l’industrie ferroviaire au Québec. Maintenant, on monte les wagons par blocs et on les laisse au bon endroit au fur et à mesure pendant le voyage», dit-il.

À l’heure du protocole de Kyoto et de la chasse aux gaz à effet de serre, cette ponctualité pourrait pousser les expéditeurs à préférer le rail au camion. «Cela se produira uniquement si le train est plus avantageux d’un point de vue économique», nuance Teodor Gabriel Crainic, directeur du Laboratoire sur les systèmes intelligents de transport, au Centre de recherche sur les transports de l’Université de Montréal. En clair, le bon vieux chemin de fer pourrait redorer son blason s’il s’avérait qu’il coûte moins cher que l’essence pour les camions et qu’il fait économiser du temps autrement perdu… dans les embouteillages.

Les trains de banlieue, eux, ont déjà de l’élan dans l’essieu : en 2004, 52 % plus de gens y ont pris place qu’en 1996, rapporte l’Agence métropolitaine de transport (Montréal). Celle-ci recommande d’ailleurs au gouvernement provincial d’y investir 828 millions de dollars d’ici à 2008, pour rénover les gares, allonger les quais ou créer de nouvelles lignes de train. La réponse du ministère des Transports tarde à venir. «C’est sûr que cette initiative serait favorable, reconnaît Teodor Gabriel Crainic. Mais ce ne sont pas quelques lignes de train de banlieue en plus qui augmenteront significativement l’offre d’emploi dans le rail!

«L’emploi va tout de même s’y développer, tempère-t-il. Mais ce ne sera pas tout de suite et ce ne sera pas une explosion.» Selon lui, l’offre accrue de postes viendra nécessairement d’une augmentation du trafic. Les trains du CN roulant au Canada et aux États-Unis, par exemple, ont parcouru 40 % plus de distance en 2004 qu’en 1998. Les résultats vont dans le même sens au CFCP. Mais ni l’une ni l’autre de ces compagnies n’investira dans de nouvelles infrastructures avant d’être sûre que cette hausse est durable, précise Teodor Gabriel Crainic.

Autre signe que l’industrie du rail est peut-être sur le point de retrouver son souffle : «La formation pour les métiers ferroviaires s’est toujours faite à l’interne ou, depuis 2004, était offerte seulement à des bénéficiaires de l’assurance-emploi. De tout temps, on se transmettait le métier de père en fils. Mais prochainement, n’importe quel élève pourra obtenir une attestation d’études collégiales en transport ferroviaire : chef de train. Cette formation sera donnée au Cégep André-Laurendeau au printemps et au Cégep de Sept-Îles dès cet automne», dit Pierre Fallu.

Les employeurs, en tout cas, ont intérêt à préparer la relève. Selon la Société de promotion de l’industrie ferroviaire, environ les deux tiers des chefs de train et autres mécaniciens de locomotive au Québec ont plus de 50 ans. «Le secteur créera peu d’emplois pendant les cinq prochaines années, mais il embauchera environ 300 personnes par an pour remplacer les départs à la retraite», prévoit Pierre Fallu. Une voie à suivre.


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