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Transport aérien
Ça plane pour moi

par Patrick Bellerose

Les transporteurs aériens ont traversé une longue période de turbulences depuis 2001. Faillites, mises à pied massives, fermetures… Mais au Canada, on vole désormais sous un ciel plus clément. Il y a de l’espoir au bout du nuage!

Vu d’en bas, l’avenir du transport aérien paraît incertain. Après la fermeture de Jetsgo l’an dernier et à la lumière des problèmes financiers de nombreux transporteurs américains, une carrière dans l’aviation peut sembler périlleuse. Pourtant, les compagnies canadiennes se relèvent de la longue crise déclenchée en 2001 et recouvrent la santé économique.

«Depuis 2004, explique Jacques Roy, professeur en gestion à HEC Montréal, la demande de transport de personnes a rejoint celle d’avant les événements du 11 septembre.» En effet, après des années difficiles, l’Association du transport aérien international (IATA) fait état d’une hausse combinée de plus de 20 % pour les deux dernières années dans le trafic de passagers. Un engouement qui a permis aux compagnies de renouer avec les profits en dépit du coût élevé du carburant.

Les transporteurs mondiaux ont toutefois accumulé un déficit global de six milliards de dollars américains l’an dernier, estime l’IATA, principalement en raison des pertes financières des grandes compagnies américaines. Les Delta Air Lines, Northwest et US Airways sont toujours sous la protection de la loi sur les faillites, tandis que United vient de se remettre à flot. «Ces entreprises, analyse Jacques Roy, n’ont pas opéré rapidement les restructurations qui s’imposaient, comme Air Canada l’a fait ici.» Selon l’universitaire, Air Canada doit sa survie à une réduction de ses dépenses et une simplification de sa grille tarifaire. Une restructuration qui a nécessité des concessions de l’ordre de 1,2 milliard de dollars de la part des employés et entraîné des pertes importantes pour les actionnaires et les créanciers. De plus, la société mère du transporteur, ACE Aviation, annonçait en février dernier la mise à pied de 600 salariés non syndiqués.

Ces nombreux bouleversements ont miné un environnement de travail autrefois attrayant. «Auparavant, les gens adoraient travailler dans le domaine du transport aérien, mais aujourd’hui, les conditions se sont beaucoup dégradées», affirme Buzz Hargrove, leader du groupe syndical Travailleurs canadiens de l’automobile (TCA), qui représente des employés d’Air Canada. Il blâme à ce sujet la déréglementation de l’industrie qui a amené une plus grande concurrence entre les transporteurs. Pour rester dans la course, les compagnies doivent réduire leur masse salariale et les avantages sociaux. «Au mieux, la rémunération est demeurée stable ces dernières années, déplore le syndicaliste. Beaucoup de gens travaillent aujourd’hui pour le même salaire qu’il y a sept ou huit ans!»

Pour Isabelle Dostaler, directrice du programme de MBA en aviation de l’École de gestion John-Molson de l’Université Concordia, l’arrivée de nouvelles entreprises, telles que Canjet et Zoom Airlines, ne peut être tenue responsable de la stagnation des salaires. «Les petits joueurs trouvent des créneaux qui n’étaient pas occupés auparavant, souligne- t-elle. En fait, ils créent des emplois.»

À ciel ouvert
Malgré la récente débâcle de Jetsgo, Jacques Roy ne prévoit pas d’autres perturbations majeures chez les transporteurs aériens. Air Canada et Westjet, à l’étroit au pays, vont lorgner le marché américain. Westjet développera également des forfaits vers les destinations vacances, prédit le professeur en gestion, tandis qu’Air Canada ciblera l’énorme potentiel asiatique.

En ce sens, une nouvelle entente de «ciel ouvert» intervenue en novembre dernier entre les gouvernements canadien et américain permettra dès septembre 2006 aux transporteurs canadiens d’embarquer des passagers lors d’escales en sol américain. Jacques Roy estime qu’Air Canada pourrait ainsi développer des circuits en Amérique latine, pour lesquels la clientèle canadienne est jusqu’ici insuffisante afin d’en assurer la profitabilité. Ce nouvel accord bilatéral marque un pas en avant dans la libéralisation des cieux nord-américains amorcée depuis plus d’une décennie.

Toutefois, le cabotage – les liaisons intérieures – demeure pour l’instant interdit aux compagnies étrangères. Aux États-Unis, une partie de ce marché est occupée par de petits joueurs, telle l’Américaine Jet Blue qui offre des vols à bord d’avions d’une centaine de sièges vers des villes secondaires. Des compagnies semblables pourraient bien voir le jour ici, indique Isabelle Dostaler, mais la faible densité de population canadienne limite les perspectives dans ce créneau. Pour que de telles entreprises soient profitables, l’entente de «ciel ouvert» devrait encore être élargie pour permettre le cabotage des deux côtés de la frontière. Reste à savoir à qui une libéralisation complète profiterait le plus : aux entreprises canadiennes ou américaines?


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