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[Mode de vie]
Dormir sur ses deux oreilles L’arrivée des transporteurs à bon marché et la multiplication des hôtels de classe intermédiaire incitent davantage les entreprises à économiser.Une observation qu’appuie Alain Hamel, directeur chez Bard Canada, une compagnie canadienne qui fabrique des instruments médicaux. «Notre entreprise octroie le même budget annuel pour l’hébergement qu’il y a quatre ou cinq ans. Or, le coût des chambres d’hôtel a augmenté. Pour respecter notre budget, nous devons parfois choisir le Comfort Inn plutôt que le Hilton.» Alain Hamel n’y voit pas d’inconvénient. «Pourvu que la chambre soit propre et qu’il y ait des prises pour se connecter à l’ordinateur, où est le problème? Cela dit, le choix des hôtels peut être plus délicat pour les femmes. Je dis à celles qui font partie de mon équipe de choisir un endroit où elles se sentent en sécurité, peu importe le prix. Il y a tout de même des hôtels très sécuritaires et abordables. C’est surtout une question d’emplacement dans la ville.» Quant aux repas, les entreprises se montrent de plus en plus sévères. La plupart imposent un budget limite. «Quand je fais mon rapport de dépenses après un voyage, si j’inscris un montant supérieur à 35 $ dans l’espace réservé au repas, une fenêtre apparaît à l’écran de l’ordinateur pour m’avertir que j’ai dépassé la limite, explique Gérald [nom fictif], directeur dans une compagnie pharmaceutique. Or, si j’excède la limite, la personne qui vérifie mon rapport en sera avisée, et je devrai me justifier.» Plusieurs compagnies exigent également la présentation de reçus pour les repas; sinon, pas de remboursement. Une question d’éthique Bref, l’heure est à la matraque dans les entreprises. Pourquoi un tel resserrement? «L’essor des sites Internet de voyages à rabais comme Expedia.ca, Orbitz et Travelocity a rendu tellement facile l’accès aux bas prix que les compagnies sont devenues plus exigeantes sur ce plan», explique Paul Arseneault. L’arrivée des transporteurs à bon marché et la multiplication des hôtels de classe intermédiaire incitent encore davantage les entreprises à économiser. Certes, les organisations veulent faire sourire les actionnaires en coupant dans le gras pour augmenter leur rentabilité. «Mais je remarque aussi l’apparition d’un certain puritanisme éthique, poursuit le directeur du Réseau de veille en tourisme. Tout ce qui est coûteux devient louche. À preuve : le dossier publié en février sur les dépenses des ministres du gouvernement Charest concernant les billets d’avion […]. C’est une question délicate depuis le scandale des commandites.» Il faut dire qu’il y a eu de l’abus de la part des travailleurs, à l’époque où les entreprises se tenaient moins aux aguets. «Il y a quelques années, un employé en voyage pouvait se commander un bon steak avec une bouteille de vin à 50 $ pour lui seul au restaurant, refiler la facture de 110 $ à la compagnie et ne plus jamais en entendre parler, se rappelle Alain Hamel. Aujourd’hui, ça ne passerait pas! Depuis deux ans, une équipe scrute les dépenses de tout le monde et demande des comptes.» Par ailleurs, la plupart des employés interviewés pour ce reportage endossent complètement les mesures plus sévères mises en place par leur entreprise. «Je ne suis pas contre les justifications raisonnables», affirme Gérald, qui a fait plus de 35 voyages d’affaires en 2005. «Et puis la classe économique, ce n’est quand même pas la fin du monde! «En fait, ce qui me fatigue, ce sont les autorisations pour voyager, poursuit-il. Tous mes déplacements doivent être autorisés par mon patron. J’ai l’impression qu’on ne me fait pas confiance. Or, à 56 ans, je suis assez vieux pour savoir ce que j’ai à faire. Il faut déterminer quand s’arrête le contrôle et quand commence la responsabilisation des gens. Tout le monde écope à cause de deux ou trois personnes qui ont abusé. C’est à elles seulement qu’on devrait imposer des mesures restrictives.» Marc, ingénieur dans une entreprise manufacturière, se plaint quant à lui des conséquences de la diminution du nombre de voyages. «Avant, mes collègues et moi participions à des conférences de veille technologique un peu partout. Maintenant, la compagnie n’investit plus dans ces activités-là, sauf pour les cadres, ce qui restreint la formation pour les autres employés.» Ces réductions ont aussi une conséquence sur la qualité des produits, estime-t-il. «Auparavant, je visitais une douzaine de fournisseurs par année pour m’assurer de la qualité de leurs procédés de fabrication, poursuit Marc. Maintenant, je n’y vais plus, sauf lorsque j’arrive à démontrer que le voyage est vraiment essentiel. Franchement, je trouve que mon travail en souffre […]. Les fournisseurs doivent m’expliquer leurs procédés par téléphone! L’entreprise prend plus de risques en ne se rendant pas sur place pour vérifier.» Comme quoi, entre gaspillage et pingrerie, il y a parfois lieu de trouver un juste milieu… |
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