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[Formation | Emploi] Des géants aux pieds d’argile
par Anick Perreault-Labelle De Chicago à Vancouver, quelque 300 communautés en Amérique du Nord ont réussi à empêcher au moins une fois la venue d’un magasin à grande surface sur leur bout de planète. Est-ce le début de la fin pour les géants du commerce?
«Ce ne sont pas des règlements comme celui de Belœil qui empêchent les Wal-Mart de ce monde de dormir.»En Gaspésie, à l’inverse, certains maires dans la MRC de Bonaventure rêvent de voir la fameuse bannière étoilée débarquer chez eux. «Les adeptes du projet affirment notamment que cela nous permettra de magasiner chez nous et que, dans ce sens, cela favoriserait l’achat local. Mais ce ne sont pas des achats "locaux" : les produits viennent de Chine et les profits retournent aux États-Unis! Au contraire, quand on magasine chez un commerçant d’ici, l’argent qu’il gagne retourne à la communauté», lance Isabelle Cyr, animatrice à Femmes en mouvement. Cet organisme a créé un comité de citoyens qui se charge, entre autres, de recenser les commerces des environs qui souffriraient de l’arrivée d’un mégamagasin et de mettre sur pied une campagne d’information. «On dit, par exemple, que Wal-Mart créera des emplois. Mais ce sont souvent des postes à 28 heures par semaine, payés à peine quelques sous de plus que le salaire minimum. La compagnie encaisse des milliards; je pense qu’elle pourrait faire mieux [pour ses employés]», ajoute Isabelle Cyr. Plans de match Pour stopper l’arrivée d’une grande surface, la meilleure stratégie consiste à créer un comité de citoyens, consulter des experts et s’attaquer au promoteur au moyen de règlements municipaux, conseille Al Norman. «Par exemple, on peut demander un changement de zonage ou exiger que les projets entraînant une hausse de plus de 2 % de la circulation automobile soient interdits. On peut aussi demander que ce type de construction soit soumis à un référendum ou qu’il fasse l’objet d’une étude d’impact.» «Ce ne sont pas des règlements comme celui de Belœil qui empêchent les Wal-Mart de ce monde de dormir», analyse plutôt Jacques Nantel, professeur à HEC Montréal et expert bien connu du commerce de détail. «Ils vont aller s’installer un peu plus loin : dans le cas de Belœil, ils iront de l’autre côté de la rivière Richelieu, à Saint-Jean-Baptiste, par exemple.» Dans le palmarès Sprawl-Busters.com des municipalités qui ont repoussé un géant une première fois, en on trouve d’ailleurs certaines vaincues à la seconde bataille… Ceci dit, environ de 30 % à 35 % des consommateurs préfèrent le commerce de proximité, note le professeur. Mais attention : pour qu’ils magasinent dans les échoppes locales, il faut que l’offre commerciale y soit bonne! «Les magasins doivent être propres, et les bancs, les poubelles et les cabines téléphoniques, bien entretenus. On doit aussi y trouver suffisamment de places de stationnement, des prix raisonnables et une bonne variété de produits et services», énumère Jacques Nantel. Tout, donc, pour séduire le consommateur et… lui faire redécouvrir son voisinage. |
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