









|
|
[À la une]
Détails sur les villes en péril identifiées par le Magazine Jobboom
1. Baie-Comeau (Côte-Nord)
- Fondée en 1934
- Population : 22 793
- L’aluminerie Alcoa est le poumon économique de la ville. Or, si le gouvernement ne garantit pas à la compagnie un tarif fixe sur les coûts d’électricité, celle-ci refusera de moderniser ses salles de cuves Soderberg, dont la technologie n’est plus conforme aux nouvelles normes environnementales qui seront en vigueur à partir de 2010. La fermeture des salles de cuves ferait disparaître 900 emplois directs. Notons que près de 5 000 emplois directs et indirects dépendent de l’aluminerie.
- Huit cents personnes travaillent pour Abitibi-Consolidated, une papetière dont les finances sont actuellement éprouvées par la force du dollar canadien, le coût de la fibre de bois et le prix élevé du baril de pétrole.
- La population de Baie-Comeau a subi une diminution de 10,9 % depuis 1998; l’Institut de la statistique du Québec prévoit qu’un déclin de 20,3 % se produira entre 2001 et 2026.
- Un programme de relance commerciale et industrielle de quatre millions de dollars a été mis sur pied pour diversifier l’économie de la ville. Aucun projet n’est encore sur la table, mais les négociations se poursuivent avec des promoteurs, soutient le maire Ivo Di Piazza. «L’année 2006 sera une année charnière pour nous.»
- Un projet de 14 millions pour relier le parc industriel de la ville à la voie ferrée du port de Baie-Comeau a été annoncé en février dernier.
2. Sayabec (Bas-Saint-Laurent)
- Fondée en 1894
- Population : 1 877
- Le fabricant de panneaux de bois Uniboard Canada a mis à pied la moitié de ses 400 employés en septembre 2005, alors qu’il avait modernisé ses installations il y a 3 ans au coût de 120 millions de dollars. Trente-deux pour cent de la population active de Sayabec travaillait à Uniboard jusqu’en septembre. «Deux cents emplois directs abolis à Sayabec, ça équivaut à 200 000 emplois à Montréal, explique la mairesse Danielle Marcoux. Mille emplois indirects sont aussi en jeu en ce moment à la suite des compressions chez Uniboard.»
- «La population est très inquiète, affirme Danielle Marcoux. Depuis septembre, on est passé de 1 932 à 1 877 habitants. Les gens déménagent… Mais on tente de limiter les dégâts. On a mis sur pied un comité de relance et on tente de voir quel genre d’entreprises pourrait s’implanter ici. Pour le moment, il n’y a pas de projet sur la table.»
3. Asbestos (Estrie)
- Fondée en 1899
- Population : 6 695 (11 000 dans les années 1980)
- En 1879, un gisement d’amiante chrysotile est découvert, monopolisant dès lors l’économie de la région.
- La ville a été durement frappée par les revers de la mine d’amiante Jeffrey, aujourd’hui propriété de JM Asbestos, qui ne fonctionne plus que cinq mois par année. Il y a 30 ans, la mine générait 3 000 emplois. De nos jours, elle n’en offre plus que 300.
- La ville a également été ébranlée par la fermeture de l’usine de magnésium Magnola en 2003, qui a entraîné 300 mises à pied, en plus de fragiliser des emplois indirects, après seulement 30 mois d’activité.
- Selon le maire Jean-Philippe Bachand, il y a peu de culture entrepreneuriale à Asbestos, les citoyens ayant l’habitude de travailler pour un seul employeur qui paye grassement.
- Avec une population âgée en moyenne de 45,2 ans, Absestos est la troisième plus «vieille» ville du Québec.
- «L’hémorragie est passée et la ville commence sa période de réhabilitation», affirme le maire, confiant. Il rêve de faire d’Asbestos «la plaque tournante en environnement d’ici à 10 ans», en créant un grand parc industriel vert.
- Première ville à bénéficier du programme gouvernemental FIER (Fonds d'intervention économique régional), Asbestos a reçu près de trois millions de dollars depuis 2005. Jusqu’à maintenant, trois projets d’entreprise ont été réalisés : Groupe VR2, une compagnie de textiles (30 emplois), Usinage Pro 24, spécialisée en transformation métallurgique (de 8 à 12 postes), Polylab-LTI, laboratoire spécialisé en environnement (8 emplois).
4. Parent (Mauricie)
- Fondée en 1913, devenue un arrondissement de La Tuque en 2003.
- Population : 326
- Petit village à 150 km à l’ouest de La Tuque, où 75 % de la population active travaille à la scierie Kruger. La compagnie n’y a pas annoncé de coupes de postes, mais l’appréciation du dollar canadien, la hausse du coût de l’énergie et le ralentissement du marché mettent l’entreprise à rude épreuve, comme l’ensemble de l’industrie forestière. «On entend des rumeurs de mises à pied de temps en temps, mais pas plus», affirme Michel Lachance, conseiller de l’arrondissement de Parent et opérateur de machinerie lourde chez Kruger. «C’est certain que si la compagnie fermait, on serait dans l’eau chaude.»
- Difficilement accessible, loin des grands axes routiers (plus de 200 km au nord de la Route 117, le seul lien routier), ce village est une véritable communauté de la brousse. Pas de cinéma, pas de bibliothèque, pas de centre commercial. «À part le travail, il n’y a pas grand-chose, admet Michel Lachance. J’essaie d’améliorer les loisirs en ce moment.»
- Michel Lachance souhaite diversifier l’économie du village afin qu’il puisse survivre à une éventuelle fermeture de Kruger. «Je suis très attaché à Parent et j’aurais beaucoup de peine s’il fermait. C’est pourquoi je m’implique dans le conseil municipal. On pourrait développer son potentiel récréotouristique, sur le plan de la chasse et de la pêche, notamment. Il y a aussi des possibilités de développement grâce à une mine de mica.»
5. La Baie (Saguenay–Lac-Saint-Jean)
- Fondée en 1838, fusionnée en 2001 à la ville de Saguenay.
- Population : 19 000
- La fermeture de la papeterie Port-Alfred d’Abitibi-Consolidated en 2003, qui embauchait 650 personnes, a fait très mal. Au total, 780 emplois directs et indirects ont été perdus (au prorata, c’est l’équivalent de 47 000 emplois à Montréal).
- «Notre économie repose en grande partie sur la forêt. Alors oui, on a des problèmes en ce moment, affirme le directeur de l’arrondissement, Denis Coulombe. C’est pourquoi on fait des pressions auprès du gouvernement pour avoir un fonds de développement économique. On n’a pas encore reçu un sou depuis la fermeture de Port-Alfred. Malgré tout, je ne crois pas que La Baie soit en péril. Dans la communauté, la solidarité règne et le climat est loin d’être morose.»
- La base militaire de Bagotville est le principal employeur de l’arrondissement de La Baie, avec ses 1 200 militaires et ses 250 civils. Elle rapporte 100 millions de dollars par année en retombées économiques à Saguenay. Des hauts gradés des Forces armées à Ottawa songent à la fermer et à rapatrier les avions de combat CF-18 à Mirabel. Le premier ministre Stephen Harper a cependant déclaré en début d’année qu’il souhaitait ajouter un bataillon de 650 hommes à Bagotville. Néanmoins, Denis Coulombe demeure «soucieux de l’avenir de la base», se rappelant l’exemple du Collège militaire de Saint-Jean, fermé en 1995 peu de temps après que le gouvernement y eut fait des investissements.
6. Témiscaming (Abitibi-Témiscamingue)
- Fondée en 1921 par la papetière Riordon Pulp and Paper (ancêtre de Tembec)
- Population : 2 843
- La forestière Tembec est le principal employeur de la ville depuis 1973. Elle y a son siège social. Elle emploie 1 100 personnes, soit 80 % de la population active de cette localité. Or, le géant vacille. En janvier 2006, il a annoncé une perte de 74,9 millions de dollars, à son premier trimestre seulement! En fait, la société est au bord de la faillite. En février, la direction de Tembec a aussi précisé que cinq de ses usines n’étaient pas rentables et qu’il y aurait des restructurations pour réduire les coûts de production. Le maire de la ville, Philippe Barette, ne sait pas si l’usine de Témiscaming fait partie des maillons faibles. «Mais je suis sûr à 99,99 % que la compagnie ne fermera pas», ajoute-t-il, confiant.
- La ville a quelques projets de diversification économique : l’élevage de truites arc-en-ciel dans l’eau chaude rejetée par Tembec, la construction de barrages et de minicentrales hydroélectriques, et le tourisme.
7. Matagami (Nord-du-Québec)
- Fondée en 1963
- Population : 1 935
- La fermeture de la mine de zinc Bell-Allard de Noranda en novembre 2004 a entraîné la mise à pied de 224 personnes; 85 % d’entre elles ont depuis retrouvé du travail. «Certains mineurs laissent femme et enfants derrière pendant plusieurs semaines pour aller travailler à la Société minière Raglan, dans le Grand-Nord, précise le maire de Matagami, René Dubé. D’autres ont trouvé des emplois nettement moins rémunérés chez des entrepreneurs locaux, comme des compagnies de transport ou d’entretien général. Ces situations ne sont pas faciles pour les travailleurs. Des pourparlers sont en cours avec le nouveau propriétaire de Noranda, Falconbridge, pour rouvrir la mine. Ça suscite des espoirs dans la communauté.»
- L’économie de la ville roule actuellement grâce à la scierie Domtar, qui emploie 200 personnes. Or, la compagnie est vulnérable en raison de la crise qui sévit dans le secteur forestier.
- Un projet d’usine de «bûches écologiques» pour foyers a été déposé (l’identité du promoteur ne peut pas encore être dévoilée), tandis qu’un autre promoteur évalue la possibilité d’exploiter le sol argileux. Matagami mise aussi sur les activités récréotouristiques.
- Depuis août 2005, la ville bénéficie d’un fonds du gouvernement provincial de 500 000 $ pour relancer son économie.
- «Même si on sait que la ville pourrait fermer, on a la volonté de rester ici, affirme le maire René Dubé. On a mangé une claque sur la gueule, mais on n’a pas abandonné. On travaille à redynamiser notre milieu.»
8. Lebel-sur-Quévillon (Nord-du-Québec)
- Fondée en 1966
- Population : 3 121
- La papetière Domtar emploie 58 % de la main-d’œuvre de la ville, ce qui en fait le principal pourvoyeur de travail. En novembre dernier, 675 personnes ont été temporairement mises à pied à cause des mauvaises conditions du marché, selon la compagnie. Le Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier croit plutôt qu’il s’agit d’un lock-out déguisé, puisque les employés venaient de refuser à 97 % une proposition de réduction annuelle de 10 millions de dollars de la masse salariale (ce qui se serait traduit par la perte de 100 emplois).
- Le maire de la ville, Gérald Lemoyne, n’a pas répondu à nos nombreux appels pour commenter la situation.
9. New Richmond (Gaspésie)
- Fondée en 1855, mais obtient le statut de ville en 1969.
- Population : 3 750
- La fermeture de la cartonnerie Smurfit-Stones, qui était de loin le plus gros employeur de la ville, voire de toute la Baie-des-Chaleurs, a fait 295 chômeurs en août 2005 et a fragilisé 1 000 emplois indirects. «Mais on travaille fort pour que les entreprises qui dépendaient de Smurfit, comme les compagnies de transport, de matériaux de construction, les restaurateurs et les imprimeries, restent debout», affirme Nicole Appleby, mairesse de New Richmond. Par exemple, pendant la période des fêtes, la ville a mené une campagne pour inciter les citoyens à acheter chez les commerçants locaux.
- Une possible relance de l’usine est dans l’air, mais la ville se concentre surtout sur la diversification de son économie. «C’est vrai que c’est difficile, mais on a réussi à maintenir le moral des troupes, estime Nicole Appleby. On se tourne vers l’avenir. Les gens veulent rester à New Richmond. On est en train de construire un parc industriel qui sera prêt à l’été 2006, et qui pourrait accueillir des entreprises des secteurs éolien, forestier et agroalimentaire.» Ces travaux nécessitent un investissement de 4,6 millions de dollars. Québec, Ottawa et New Richmond se partagent la facture.
- Selon les renseignements fournis par Nicole Appleby, New Richmond a reçu un fonds de diversification économique de 2,5 millions de dollars de la part des deux paliers gouvernementaux. Jusqu’à présent, cette somme a servi notamment à mettre à jour les outils promotionnels pour «vendre» New Richmond à d’éventuels promoteurs et à construire des bâtiments industriels qui pourraient être loués à des entreprises. La chaîne d’épiceries Maxi a également construit un magasin évalué à sept millions de dollars, ce qui génère de l’activité économique.
Prospères, mais vulnérables
10. Mont-Tremblant (Laurentides)
- Fondée à la fin du XIXe siècle par des colons encouragés à s’y établir par le curé Labelle.
- Population : 8 907
- Sa survie est fortement liée à l’industrie touristique, et plus précisément à la prospérité d’Intrawest, la société qui exploite la station de ski Mont-Tremblant. À ce titre, elle est presque une «ville de compagnie», comme Lebel-sur-Quévillon ou Matagami. À la différence qu’elle est prospère, du moins pour le moment. «Nous sommes passablement dépendants d’Intrawest, admet Réjean Doré, maire suppléant. La fermeture de la station aurait un impact majeur.» La grève des 1 500 employés de la station de ski en décembre dernier a d’ailleurs fait perdre des millions de dollars à l’économie régionale. Dans les années 1980, la faillite de la station avait poussé le taux de chômage de la région à plus de 30 %.
- Bien qu’elle ne soit pas en détresse financière, la compagnie Intrawest est affectée «de manière assez sensible» par la diversification de l’offre touristique dans le monde entier et par la hausse du dollar canadien, qui décourage les Américains de venir skier à Mont-Tremblant et encourage les Canadiens à voyager aux États-Unis, précise Johanne Régimbald, directrice des relations avec la communauté chez Intrawest.
- Pour ne plus être dépendante vis-à-vis de la station de ski, la ville a créé un comité en vue de diversifier l’offre touristique. «On espère séduire la clientèle internationale, une clientèle bien payante», dit le maire suppléant.
- Quand la station de ski fonctionne à plein régime, Intrawest emploie à elle seule 1 800 personnes. Ce chiffre double presque si on y inclut les nombreux emplois dans les hôtels et commerces du site.
11. Sept-Îles (Côte-Nord)
- Incorporée en 1951
- Population : 25 218
- L’aluminerie Alouette est le poumon de la ville, avec ses 1 000 travailleurs et les 2 000 emplois indirects qu’elle génère. Près de 20 % des travailleurs de Sept-Îles dépendent de l’aluminerie, ce qui rendrait la ville vulnérable si cet employeur devait fermer ses portes. C’est d’ailleurs cette entreprise qui a «sauvé» Sept-Îles du déclin au début des années 1990. La ville, dont l’économie reposait presque entièrement sur l’industrie du fer, a traversé une grave crise au début des années 1980 quand les matières plastiques et l’aluminium sont devenus plus populaires que l’acier et que de nouveaux fournisseurs d’acier sont arrivés sur le marché mondial.
- Pour le moment, tout va bien, En septembre dernier, la phase II de l’aluminerie a été inaugurée, projet qui représentait un investissement privé de 1,4 milliard de dollars et la création de 340 nouveaux emplois. «Il n’y a vraiment pas lieu d’émettre de sombres hypothèses, affirme le maire Ghislain Lévesque. Ce qui ne veut pas dire que nous devons nous reposer sur nos lauriers… On a beaucoup de projets de développement dans le secteur de la transformation des ressources naturelles et de l’exploitation minière.»
- «Par ailleurs, poursuit Ghislain Lévesque, l’hôpital de Sept-Îles génère environ 700 emplois, et des compagnies comme Ironore Company of Canada et les Mines Wabush emploient chacune 300 personnes dans leurs usines, leurs bureaux administratifs et leurs installations portuaires de Sept-Îles.
Villes en péril
Détails sur les villes menacées
Murdochville : L’Indestructible

|
|