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Adieu veaux, vaches, cochons?
Une autre menace plane, en particulier sur les villes à vocation agricole : la plainte que prépare l’Argentine contre l’industrie laitière canadienne auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

«Si les Argentins parviennent à libéraliser le marché du lait en obtenant un gain à l’OMC, de sorte qu’ils puissent exporter leurs produits laitiers chez nous, ça va faire très mal», prévient Sylvain Turcotte, chercheur au Groupe de recherche sur l’économie et la sécurité à l’Université du Québec à Montréal.

«Jamais nous ne parviendrons à produire du lait à moindre coût qu’eux, tout comme les usines de textile du Québec n’arrivent plus à concurrencer la production de vêtements en Chine, poursuit-il. Résultat : de nombreux agriculteurs devront abandonner leurs activités et le niveau de vie baissera nettement dans les campagnes québécoises, notamment dans la vallée du Saint-Laurent et en Montérégie.»

L’économiste est catégorique : l’Argentine a beaucoup de chances de remporter la partie contre le Canada. Et ce n’est pas fini : d’ici à 10 ou 15 ans, la production de céréales pourrait aussi connaître de sérieuses difficultés au Québec et au Canada, prévoit Sylvain Turcotte. «Dans l’hémisphère sud, il y a des pays très portés sur l’agriculture, et leurs coûts de production sont très inférieurs aux nôtres. On ne fait pas le poids. À long terme, nous devrons trouver d’autres vocations à nos fermes.»

Fermer boutique
Bref, les soucis s’accumulent dans nos milieux ruraux. Doit-on conclure que les citoyens feraient mieux de préparer leurs valises et de raser leurs villages? Après tout, est-ce réaliste de maintenir en vie des municipalités de 1 200 âmes qui dépendent de l’assurance-emploi plusieurs mois par année?

«Pas question de fermer les régions, assure Pierre Cléroux, sous-ministre adjoint au ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation. Beaucoup de gens sont profondément attachés à leur petite ville et ne veulent pas s’installer à Montréal ou à Québec. C’est vrai que l’économie est en transition en ce moment, mais chaque région présente des forces, et il y a moyen de les exploiter.»

Soit. Mais comment? «Diversification économique.» D’Asbestos à Matagami, en passant par New Richmond et Sayabec, cette formule magique est sur toutes les lèvres. À Baie-Comeau, municipalité de la Côte-Nord dont l’économie est intimement liée à l’imposante aluminerie Alcoa, on vient par exemple de mettre sur pied un programme de relance industrielle de quatre millions de dollars pour inciter promoteurs industriels et commerçants à venir s’installer. «Notre volonté première est de ne plus être dépendants de l’exploitation des ressources naturelles, affirme le maire de Baie-Comeau, Ivo Di Piazza. Rien n’est encore concret, mais on négocie avec des promoteurs. Tout va se jouer en 2006.»




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