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  [Mode de vie]

Quête spirituelle?
Si certains mettent en doute le réalisme de ces expériences, notamment parce qu'elles sont encadrées, le psychologue Guy Corneau, pour sa part, croit qu'elles peuvent se révéler utiles. «C'est un outil, un prétexte, pour toucher ce qu'il y a d'authentique en soi. L'encadrement permet d'apaiser le besoin de sécurité, très important chez l'être humain. À travers ces paramètres, on peut vivre une prise de conscience. Par contre, il faut en faire quelque chose par la suite, afin que ça dépasse le tourisme.»

Comment expliquer que des gens soient prêts à payer pour se mettre dans des situations éprouvantes? Guy Corneau n'hésite pas à associer cette réalité à la société de consommation. «Ça montre bien le paradoxe auquel on est arrivé. Le capitalisme a fait croire aux êtres humains qu'ils seraient heureux en acquérant tous les biens qu'ils désiraient. Les gens arrivent au bout de cette idée et se rendent compte que le bonheur n'y est pas. Ils cherchent un sens à leur vie, ce qui stimule énormément la recherche d'authenticité.»

Le règne de l'individualisme aurait aussi quelque chose à y voir, selon ce psychologue. «Le mythe qui est en train de s'effondrer, c'est le je-me-moi. Je peux me satisfaire tout seul dans ma bulle. Ça fait un temps, quand on est dans l'affirmation de soi; mais ça ne tient pas la route», poursuit Guy Corneau.

Comment expliquer que des gens soient prêts à payer pour se mettre dans des situations éprouvantes?
Toutefois, il n'est pas nécessaire de délier les cordons de sa bourse lorsqu'on est à la recherche d'authenticité. Georges-Henri Arenstein, un psychologue de la région de Montréal, a fondé un cabinet appelé L'Authentique, où sont offerts séminaires et consultations. Il tente d'amener les gens à intégrer cette valeur à leur quotidien. Ce défi consiste à orienter sa vie en fonction de ses désirs réels. «L'authenticité, c'est d'être en paix avec soi-même. Il faut accorder ce que l'on fait et ce que l'on veut afin d'être cohérent. C'est le travail d'une vie.»

Toujours selon Georges-Henri Arenstein, cette quête n'est pas une invention contemporaine, mais une réalité qui échappe au temps. «Les gens n'osent pas faire des choix selon leurs besoins profonds, car il y a toujours les conventions, la bienséance, et c'est difficile de dire non aux autres. Mais lorsqu'on ose enfin être authentique, c'est un petit bonheur que l'on s'accorde.»

Authenticité maison
C'est le petit bonheur que s'accorde François Privé, un professeur en philosophie au Collège d'Alma. Préoccupé par le type de planète qu'il léguerait à ses enfants, il a décidé de changer sa façon de vivre il y a maintenant huit ans. Il a vendu sa voiture et revu ses habitudes de consommation, remettant même en question les traditionnels cadeaux de Noël.

«Quand tu te demandes si tes proches ont besoin d'une râpe à pelure d'orange, il y a un problème. J'ai fait le tour de ma famille pour leur dire que ma maison était déjà épouvantablement encombrée et que je n'avais besoin de rien!» Mais sortir de la dictature de la société de consommation correspond à porter une étiquette, remarque-t-il. «On est exigeant envers ceux qui veulent vivre différemment. Si on me surprend à acheter du café qui n'est pas équitable, on me juge immédiatement. Mais pour moi, être authentique, c'est d'abord être honnête avec soi-même, ne pas forcer les choses.»

Son désir de vivre dans un monde plus humain et plus écologique a amené François Privé à se porter candidat pour le NPD lors de la dernière élection fédérale. Il est d'ailleurs parti à la rencontre de ses électeurs en faisant le tour de la circonscription de Roberval–Lac-Saint-Jean... à pied. Il a parcouru plus de 200 kilomètres, militant par le fait même pour un service de transport en commun efficace dans la région. Entre deux chaussettes mouillées, il a vécu une expérience inoubliable. «Les paysages étaient à couper le souffle, et les gens m'ont bien accueilli. Une dame est même sortie de sa maison pour m'offrir du sucre à la crème!»

Avant de changer de carrière ou de tout quitter pour aller aider son prochain, une réflexion s'impose, souligne le psychologue Guy Corneau. «Il faut se demander ce qui nous fait vibrer, ce qui nous donne le goût de vivre. C'est peut-être faire de la cuisine ou du bénévolat. Si on trouve une réponse, on peut ensuite prendre les moyens pour y accorder du temps.»

Qu'on le veuille ou non, le bonheur passe par l'authenticité, que ce soit au moyen d'activités ponctuelles ou, de façon plus intensive, au quotidien. «Il n'y a pas de vie heureuse si on n'arrive pas à y trouver un sens», conclut Guy Corneau.




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