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[Mot de la rédaction]
Le temps qui change
Çà et là dans nos contrées se dressent des dizaines de petites villes où il fait bon vivre. Comme dans les grandes cités, mais à échelle réduite, des bébés y naissent, des vieux y meurent. Des enfants s’y lancent (encore) des balles de neige. Des ados y mûrissent en carburant à la poutine. Et les grands y gagnent leur vie comme ils peuvent.
Nombreux sont ceux qui travaillent pour un de ces importants employeurs industriels qui, depuis des décennies, créent des centaines de bons emplois dans tous les recoins du Québec.
Mais on connaît la récente débandade d’Huntingdon. Plusieurs usines du textile ont fermé d’un coup et depuis, des centaines de travailleurs licenciés doivent se débrouiller autrement pour payer leur hypothèque, leur char et l’épicerie pour les petits. Et que dire de Gagnon, qui a finalement été rasée de la carte. Et de Murdochville, qui a miraculeusement survécu à une condamnation à mort. Ainsi, quand le principal donneur d’ouvrage d’une communauté plie bagage, rien ne va plus ou rien ne va plus jamais comme avant.
Or, nos géants industriels tendent à se raréfier en région, tout comme les ressources naturelles desquelles ils dépendent en majorité. Nos mines se vident, notre forêt est pleine de trous. La concurrence mondiale ne fait pas de cadeau. Bref, l’avenir est un sable mouvant.
Inquiet, le gouvernement souhaite limiter les dégâts. Il a dégagé un fonds d’urgence de plusieurs millions de dollars à injecter dans les villes mono-industrielles mal en point. Le but : diversifier l’économie de ces communautés. Autrement dit, briser la dépendance des travailleurs envers la shop du coin.
Mais cette balle dorée sera-t-elle attrapée par les habitants, qui seront appelés à se retrousser les manches? Pour se bâtir une nouvelle économie, ils devront fonder des entreprises, créer leurs propres emplois. Ils devront avoir de belles idées de fous et l’énergie de l’espoir s’ils veulent que leur ville survive au temps qui change.
Sinon, ils pourront toujours faire comme les Portugais, qui ont trouvé une nouvelle vocation à São Gregório, un village qui n’a pas survécu à l’exode rural. Ils pourront vendre leur patelin à un promoteur qui lui redonnera ses charmes d’antan et le louera tout entier à des groupes de touristes nostalgiques d’un Québec révolu.
Annick Poitras
Rédactrice en chef
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