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[Mode de vie] Vivre au présent? Les publicités pour les REÉR rateraient-elles leur cible avec leur ton culpabilisant et légèrement paternaliste?Reste que, pour voyager de la sorte pendant plusieurs mois, sans travailler, il faut mettre un peu d’argent de côté. Comment y arriver? «Habituellement, on paie ses dépenses puis on épargne ce qui reste, mais on le sait bien : il n’en reste jamais. Il faut donc d’abord économiser — sans trop se priver — et dépenser ensuite la différence», répond le globe-trotter. Quant aux REÉR, selon lui, il sera toujours temps de s’y mettre. «C’est d’ailleurs moins difficile de cotiser quand on est plus vieux. Le prêt hypothécaire est remboursé, les enfants sont partis, et la femme de la maison est peut-être retournée au travail. C’est là qu’il faut mettre les bouchées doubles dans ses paiements de REÉR», dit Pierre Larose. Pourtant, d’un point de vue mathématique, c’est plus intéressant de commencer à cotiser jeune : à cause de l’intérêt composé, même les petites sommes finissent par fructifier. «C’est sûr, admet Pierre Larose, mais la vie n’est pas mathématique!» «C’est hasardeux de se fier à l’avenir, juge pour sa part Serge Vincent. Nous ne sommes jamais à l’abri d’un événement qui risque d’affecter notre capacité d’épargne, comme une perte d’emploi ou un divorce.» Ce conseiller ne suggère pas non plus de se fier aux chèques de pension du gouvernement. Après tout, au rythme où sont coupés les différents programmes sociaux, c’est difficile de savoir ce qu’il en restera dans 30 ou 40 ans. «Le mieux est de se responsabiliser et de développer son autonomie financière. C’est vraiment la seule façon d’assurer sa liberté», dit Serge Vincent. Toujours pas convaincu? «En diminuant le revenu imposable, les REÉR augmentent les remboursements de TPS/TVQ et les allocations familiales», ajoute-t-il. Lui-même a acheté son premier REÉR à 24 ans. «Et, pourtant, j’avais deux enfants, une épouse qui ne travaillait pas, une hypothèque à payer et je ne gagnais pas un gros salaire», précise-t-il. Exit la culpabilité Les Québécois sont loin, très loin, d’être aussi disciplinés que lui. Selon Statistique Canada, ils sont seulement 27 % à avoir cotisé à un REÉR en 2004, dont 20 % chez les 25 à 34 ans et un maigre 30 % chez les 45 à 54 ans. Les publicités pour les REÉR rateraient-elles leur cible avec leur ton culpabilisant et légèrement paternaliste? La culpabilité, en tout cas, n’est pas une émotion motivante, explique Ursula Hess, professeure au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal. «Quand on se sent coupable, on fait ce qu’on nous demande pour éviter de recevoir des reproches ou de se sentir mal; on n’agit pas parce qu’on trouve cela important.» Dès qu’on arrête de lui faire la morale, une personne peu motivée change de comportement. «Par exemple, elle va se dire qu’elle épargnera quand elle aura un emploi plus payant ou qu’elle préfère profiter du moment présent plutôt que de penser à demain. N’importe quelle rationalisation fait l’affaire», dit-elle. «Une publicité culpabilisante ou menaçante peut avoir un effet boomerang», renchérit Jean-Charles Chebat, professeur à HEC Montréal et membre du Groupe de recherche et d'enseignement en marketing. «Certains décideront peut-être de faire le contraire de ce qu’elle suggère afin de se sentir autonomes par rapport à elle et aux médias.» Selon lui, une publicité moins paternaliste serait plus efficace. «Par exemple, j’en ai vu une qui montrait des jumeaux à la retraite. Un avait cotisé; et l’autre, non. Le premier était aux Bermudes tandis que le second avait encore une jobine dans une quincaillerie. C’est plus argumentatif que les publicités actuelles parce qu’on montre les faits et qu’on laisse le téléspectateur conclure de lui-même que le deuxième jumeau est un crétin. C’est moins paternaliste que de se faire dire “C’est imbécile de ne pas cotiser”.» Reste à savoir si ce serait vraiment plus efficace pour convaincre les rebelles! |
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