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  [Formation | Emploi]
Nouvelles formations universitaires
Disciplines bizarroïdes

par Corinne Fréchette-Lessard

Longtemps accusées d’être des tours d’ivoire, les universités sont de nos jours promptes à humer les tendances et à s’en inspirer pour créer de nouveaux programmes. Le résultat est parfois surprenant d’originalité. Effet de mode ou développement durable?

Sur les campus universitaires du Québec, les futurs mathématiciens et les apprentis avocats côtoient maintenant des étudiants spécialisés dans des disciplines aussi inusitées que l’animation spirituelle, la science du système terrestre et la diversité sexuelle. Les possibilités offertes aux assoiffés de haut savoir sont de plus en plus éclatées. Au cours des deux dernières années seulement, plus d’une centaine de programmes d’enseignement supérieur ont vu le jour au Québec. Parmi eux, des regroupements de matières classiques (un baccalauréat bidisciplinaire mariant philosophie et sciences politiques, par exemple), mais aussi un certain nombre de spécialités nouvelles comme la conception de jeux vidéo, la responsabilité sociale et environnementale des organisations, de même que l’agriculture biologique.

Pour les universités, c’est une question d’adaptation. «La société et les besoins de formation évoluent rapidement. On doit s’ajuster et répondre aux attentes de notre population étudiante», résume Jean Wauthier, directeur du Service des affaires publiques à l’Université du Québec à Chicoutimi, un établissement qui a récemment implanté un baccalauréat en ingénierie de l’aluminium pour pourvoir aux besoins de main-d’ouvre dans cette industrie majeure du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Sérieux, tout ça?
Qu’elle naisse à la suite d’initiatives de professeurs à l’affût des avancées dans leur domaine, en réponse aux besoins des milieux professionnels ou à la demande des étudiants, chaque formation est scrutée, soupesée et soumise à une série d’évaluations avant de devenir réalité.

«Tous les programmes créés aujourd’hui ne seront pas nécessairement encore pertinents dans quinze ans.»
— Jocelyne Mathieu, Université Laval
À l’Université Laval, les étapes à franchir sont nombreuses. «Lorsqu’un département veut mettre sur pied une nouvelle formation, il mène des enquêtes auprès des étudiants et des milieux concernés pour juger de la pertinence du projet», explique Jocelyne Mathieu, présidente de la commission des études de cet établissement. Une fois le programme conçu et approuvé par le conseil de la faculté concernée, la commission des études épluche à son tour le dossier. «Nous évaluons l’opportunité du programme, son contenu, sa structure, ses exigences d’admission et nous tentons de voir s’il y aura suffisamment de candidats intéressés par cette formation. Nous vérifions aussi si l’Université possède les ressources et l’expertise nécessaires à son implantation.» La commission transmet son avis au conseil universitaire, qui repasse le dossier au peigne fin. Deux ans peuvent s’écouler entre l’élaboration d’un programme et son ajout au catalogue d’un établissement.

Malgré ce processus rigoureux, la question de la pertinence des disciplines émergentes aux côtés des programmes traditionnels se pose. «Il faut distinguer l’intérêt que présente un cours de celui qu’offre un programme», avance Denis Bertrand, professeur associé à l’École des Sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal et spécialisé en développement des programmes de formation supérieure. «Je ne vois pas de problème à ce qu’on propose des cours de formation culturelle un peu hétéroclites sur la diversité sexuelle, par exemple, mais j’ai des réticences lorsqu’on parle de programmes entiers sur des sujets marginaux. Je ne suis pas certain que ce soit la mission de l’université d’étudier tous ces sujets au gré des préférences ponctuelles des gens. Dans la réalité universitaire, il y a une dimension de permanence et de continuité à respecter. Dans le cas des sujets très spécialisés et très nouveaux, il est difficile de croire qu’il y ait déjà les ressources et l’expertise nécessaires pour faire avancer l’état de la connaissance et produire de la recherche de niveau universitaire.»

Pour Jean Wauthier, le sérieux des nouveaux programmes n’est pas mis en doute. «Notre nouvelle majeure en conception de jeux vidéo aurait très bien pu s’appeler Génie du logiciel. C’est un programme de niveau universitaire dans un secteur où il se fait de la recherche scientifique très sérieuse.» Cette formation comble par ailleurs un réel besoin de main-d’ouvre spécialisée dans ce domaine en pleine croissance au Québec. À son avis, les établissements d’enseignement supérieur sont conscients que des diplômes décernés au terme d’études qui manqueraient de crédibilité ne profitent à personne. Conséquemment, ils n’ont aucun intérêt à s’engager dans des sphères où leur expertise fait défaut.

Jocelyne Mathieu de l’Université Laval renchérit en précisant que les préoccupations de développement à long terme sont bien prises en compte au moment de sanctionner la création des nouveaux programmes. «Tous les programmes créés aujourd’hui ne seront pas nécessairement encore pertinents dans quinze ans. Il y a des révisions périodiques tous les sept ou huit ans pour s’assurer que les formations demeurent adaptées et vivantes.» Il ne faut donc pas se formaliser si ces nouvelles formations ont un cycle de vie plus court que les canons que sont les grands classiques des sciences humaines.


  • Disciplines bizarroïdes
  • EXIT le «cours» classique
  • Petit deviendra grand
  • Les principaux programmes universitaires implantés au Québec depuis l’automne 2005



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