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Pensée magique?
Martina Neumann est taillée dans le même bois qu’Alexandre. Un jour qu’elle s’était coincé un bras dans une porte, elle a réagi en se disant qu’elle avait de la chance puisqu’elle aurait pu se sectionner les doigts! D’origine allemande, cette grande blonde de 36 ans au large sourire a grandi à Cologne avant de quitter sa ville natale il y a 13 ans pour parcourir le monde. Après Munich, San Francisco et Montréal, où elle a occupé divers emplois, elle a choisi récemment de mettre le cap sur Paris avec deux valises. et une sacrée dose de chance.

«La chance, c'est croire qu'on est chanceux.»
— Tennessee williams
En effet, la jeune femme vient de décrocher un poste de rêve comme directrice de projet au Club des producteurs européens. L’organisme professionnel la dépêche aux quatre coins de la planète pour organiser des événements de soutien à ses membres pendant les festivals de films internationaux. «C’est trop beau pour être vrai», lance-t-elle au bout du fil depuis Paris, encore émue de sa propre chance. «Tout cela grâce à un ami qui m’a mise en contact avec une connaissance de ma patronne!» Ainsi va sa vie : chaque fois qu’elle pose le pied quelque part, c’est comme si un tapis rouge se déroulait devant elle. Personne ne sera donc surpris d’apprendre qu’elle a aussi rencontré son prince charmant dans la Ville Lumière.

Au milieu du siècle dernier, le poète et romancier américain Tennessee Williams a écrit : «La chance, c’est croire qu’on est chanceux.» Bien sûr, personne n’échappe aux coups du destin – perte d’un être cher, panne de voiture, chute des actions boursières, problème de santé, accident, etc. L’important, c’est la façon dont on y répond, croyait-il, tout comme Richard Wiseman. L’exemple de Garri Holness, rescapé des attentats sanglants de Londres en juillet dernier, est à cet égard révélateur. L’homme, qui s’en est tiré avec une amputation de la jambe gauche, répète inlassablement qu’il se considère comme «incroyablement chanceux».

L’anthropologue Bernard Arcand, professeur à l’Université Laval et conférencier pour Archétypes-Inter, une entreprise de consultants en développement des compétences humanistes et interculturelles, croit pour sa part que la chance intervient plutôt là où la raison scientifique nous fait défaut. «Souvent, quand on ne parvient pas à expliquer rationnellement un phénomène, on fait appel à la superstition ou encore à la sorcellerie, explique-t-il. Même le célèbre physicien Niels Bohr avait accroché un fer à cheval au-dessus de sa porte d’entrée. Il disait simplement : “Ça ne peut jamais nuire!”»

Et au Québec, qu’en est-il? Sommes-nous plus superstitieux que les autres? Pas sûr : selon Statistique Canada, chaque ménage a consacré en moyenne 234 $ aux jeux de hasard en 2003, alors que la moyenne nationale est de 272 $. «On a souvent tendance à penser que le Québec est terriblement différent d’ailleurs, dit Bernard Arcand. Dans les faits, c’est faux. Nous ne croyons ni plus ni moins à la chance.» Peut-être cultivons-nous plutôt une foi en la malchance. Car, remarque-t-il, les Québécois se surassurent – contre le feu, le vol, le vandalisme, etc. – comme s’ils étaient culturellement plus vulnérables ou plus craintifs. «C’est l’envers de la chance. On fait tout pour que le feu ne prenne pas. Une malchance est si vite arrivée!»




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