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  [Mode de vie]
La thérapie par le rire
Gags en gang

par Steve Proulx

Rigolothérapie, yoga du rire, ateliers de rire en groupe : au Québec, l'hilarité est à la mode. Même des entreprises font appel à des spécialistes de la chose! On ne rit plus.

Ils sont une douzaine, rassemblés en cercle ce jeudi dans un petit local, avenue Mont-Royal à Montréal. «Bonjour, mon nom est Virginie et je suis fleuriste», lance une des participantes. Immédiatement, c'est l'éclat de rire général dans la salle. Ne cherchez pas le gag, il n'y en a pas.

Nous sommes au beau milieu d'une séance de «yoga du rire», une technique de mieux-être popularisée par les clubs de rire, des regroupements qui pullulent à travers le monde depuis une dizaine d'années. C'est l'idée d'un médecin indien convaincu des vertus bienfaitrices de l'hilarité sans raison : un beau jour de 1994, le Dr Madan Kataria a rassemblé quelques passants et flâneurs autour de lui dans un parc avant de les inviter à rigoler en chour. Le premier club de rire était fondé, et on en compte aujourd'hui plus de 2 500 sur la planète. Chaque jour, que ce soit aux États-Unis, en Australie, en Allemagne ou en Indonésie, des milliers de gens se rassemblent et rient pour rien.

La méthode concoctée par le Dr Kataria mêle des exercices de méditation à des techniques de franche rigolade. Ses ateliers mettent donc de l'avant différentes méthodes visant à forcer l'hilarité. En gros, les participants commencent par rire sans raison, en groupe. Au bout d'un moment, le brouhaha des ricaneurs doit créer un effet d'entraînement propre à faire naître le rire authentique. Pour les aficionados de la chose, le rire serait un antidote au stress, un bon exercice physique et un formidable libérateur d'endorphines, ces fameux neurotransmetteurs du bien-être.

Apôtre du médecin indien, Michel Abitbol a voulu communiquer sa passion pour le rire en fondant les clubs de rire au Québec et au Canada en 2002. Il a d'abord recruté de potentiels rieurs parmi ses proches et connaissances, mais le succès n'a pas été instantané. «À la quatrième séance, il n'y avait personne. Ce jour-là a pourtant été un déclencheur pour moi. Je me suis retrouvé seul dans la salle, alors tant qu'à y être, j'ai fait l'atelier tout seul! C'est la meilleure leçon que j'aie reçue. Parce qu'à partir de ce jour, j'ai appris à ne plus rien attendre des autres pour être heureux.»

Il n'est pas resté seul longtemps. À force d'efforts, Michel Abitbol compte aujourd'hui environ 1 200 membres à son Club de rire international du Québec, et a contribué à la création d'une quinzaine d'autres clubs dans la province. Selon Pierre Csukassy, un jeune trentenaire montréalais qui a tenté l'expérience il y a plus d'un an, on ne fréquente pas un club du rire dans le but de guérir quoi que ce soit, mais parce qu'on est conscient que le rire est bénéfique pour la santé en général. «Le pire qu'il puisse arriver, c'est que tu ries, dit-il. Moi, j'en avais entendu parler et j'y suis allé pour essayer. Au début, tu te sens un peu ridicule de rire pour rien, mais finalement tout le monde embarque et se laisse aller.»

«On rit de moins en moins depuis qu'il y a beaucoup d'humoristes. C'est parce qu'on devient dépendants d'eux pour rire.»
- Paule Desgagnés, auteure
La rigolothérapie
Approche semblable à celle des clubs du rire, la rigolothérapie vise à utiliser le rire pour éveiller notre «médecin intérieur». C'est Paule Desgagnés qui a fait connaître cette pratique au Québec. Ses deux livres, La rigolothérapie et Rire amoureusement (Éditions Quebecor), traitent des moyens d'utiliser le rire pour prendre en charge sa propre santé. «Vu les budgets faramineux que le gouvernement consacre à la gestion du système, on vit à une époque où il faudra de plus en plus s'occuper soi-même de sa santé», dit-elle.

«Enfant, on rit tous avant de commencer à parler», poursuit celle qui donne régulièrement des conférences sur le sujet. «On sourit même dans le ventre de notre mère! Le rire aide à libérer toutes sortes d'hormones bienfaisantes : les endorphines, les amphétamines, la dopamine. Même le sourire a un effet bénéfique sur nos cellules!»

Devrait-on songer à ajouter les spectacles d'humour à la liste des traitements remboursables par l'assurance-maladie? Loin de là, dit Paule Desgagnés. «On rit de moins en moins depuis qu'il y a beaucoup d'humoristes, lance-t-elle. C'est parce qu'on devient dépendants d'eux pour rire. Mon but est plutôt d'aider les gens à se trouver drôles eux-mêmes, plutôt que de se fier aux humoristes.» Elle avance même une statistique, tirée du livre Psychosomatique du rire du Dr Henri Rubinstein (1983) : en 1939, on riait 19 minutes par jour, alors qu'on ne riait plus que 5 minutes quotidiennement dans les années 1980!

Rire au travail
De grandes entreprises ou organisations font désormais appel aux services de «spécialistes du rire». Par exemple, le vice-président d'Oxygène Santé Corporative, Marc Edwards, a été mandaté par la firme de services informatiques CGI pour implanter des programmes de bonne santé pour les employés. Il a ajouté à son offre les ateliers sur le rire animés par Michel Abitbol. «On a ciblé les gestionnaires et on les invite à venir avec leurs équipes, explique-t-il. Il ne s'agit pas d'une activité de consolidation d'équipe traditionnelle, mais je suis convaincu que plus les membres d'une équipe passent du temps ensemble, plus ils font des choses qui n'ont aucun rapport direct avec le travail, plus ils en viennent à se connaître. Il devient donc beaucoup plus facile pour eux de travailler ensemble et de se parler pour régler les conflits.»

Chantal Dauphinais, consultante pour le Regroupement des comptables agréés de Laval, Laurentides, Lanaudière, a récemment organisé le tournoi de golf de cet organisme. Histoire de commencer la journée du bon pied, elle a pensé y intégrer une petite séance de yoga du rire, une idée qu'elle a eue en fouillant dans Internet. «On ne rit jamais suffisamment, dit-elle. Je pense que c'est essentiel, que c'est important pour la santé mentale. Les enfants rient beaucoup, je ne vois pas pourquoi on cesserait à l'âge adulte!»

Pour Michel Abitbol, les entreprises ont tout intérêt à intégrer le rire au sein de leur culture interne. «Le rire aide à tisser de nouveaux types de liens entre les membres d'une équipe, dit-il. Dans les entreprises, on a tendance à vouloir catégoriser les gens en fonction de leurs compétences ou de leurs performances. Je pense qu'il faut mettre tout ceci en perspective et considérer que l'on a affaire à des gens avant tout.»

Que l'on rie seul, en famille ou avec des collègues de travail, que l'on croie ou non aux vertus thérapeutiques du rire, une chose est certaine : le rire est gratuit, il ne nécessite aucune ordonnance et l'on peut en abuser sans danger! Et que les amateurs de blagues vaseuses se ravisent : les cas de personnes vraiment mortes de rire ne courent pas les rues!




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