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[Marché du travail]

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| Elaine Serafini |
Un péril nommé eBay
par Marie-Hélène Proulx
photos : François Roy
Pour vendre sur eBay à temps plein, il faut des nerfs et des reins solides. Un «métier» qui est loin de convenir à tous.
Vendre sur le Web, c’est vivre sur la corde raide. «Il faut être capable de composer avec l’insécurité d’emploi, avoir de l’intérêt pour les nouvelles technologies et aimer le risque», explique Daniel Memmi, professeur d’informatique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Un profil qui correspond tout à fait à Sylvain Carrier, un fanatique des jeux vidéo qui vend sur eBay à temps plein précisément parce que «c’est comme un jeu stratégique, avec en prime un chèque quand je remporte les parties».
Un jeu auquel participent parfois des tricheurs, hélas. Certes, eBay sécurise les transactions sur le site par divers mécanismes informatiques. Reste que le système repose avant tout sur la confiance mutuelle entre vendeurs et acheteurs, qui s’identifient par des codes d’utilisateurs aussi transparents que ZirconX ou Vénus_019. «On n’est pas à l’abri des histoires d’horreur, admet Éric Garant. L’an passé, j’ai perdu 5 250 $ américains au cours d’une transaction avec un New-Yorkais. Ç’a été éprouvant.»
Du reste, si l’expérience de la vente sur eBay semble attrayante – tant pour le bonheur d’être son propre patron que pour le pécule! –, il ne faut pas «dorer la pilule», croit Michel Cartier, ancien professeur au Département de communication de l’UQAM et fondateur de ConstellationW3, un réseau de veille sur les nouvelles technologies. «La clientèle qui fréquente ce genre de site est primesautière, infidèle. Il faut connaître ses produits comme le fond de sa poche et savoir parler le bon langage pour attirer l’attention de l’internaute. En somme, ça prend un profil de bouledogue pour réussir!»
De l’avenir?
Cette nouvelle forme de commerce est-elle vouée à un brillant avenir? Hafedh Mili est plutôt pessimiste. «De plus en plus de gens voudront peut-être s’enrichir au moyen d’eBay. Mais ça ne veut pas dire qu’il y aura de plus en plus de gens qui achèteront sur le site. La même somme d’achats sera alors redistribuée entre un nombre croissant de vendeurs. Je crois qu’il y a une limite au nombre de personnes qui peuvent vivre de la vente aux enchères.»
Jacques Robert estime de son côté que la réussite dépend surtout de la capacité à trouver son créneau. «Si tu vends sur eBay des produits rares et spécialisés qu’on ne risque pas de trouver à la boutique du coin, tes chances de succès augmentent. Mais ce type de commerce n’est pas une panacée non plus. On ne devient pas riche demain matin.»
Qu’à cela ne tienne, malgré toutes les difficultés et les horaires de fou, Sylvain Carrier n’est pas près d’abandonner son entreprise sur eBay. Et il voit grand. L’an passé, il a reçu son diplôme d’education specialist (le terme n’existe qu’en anglais) de l’université eBay. Il est le vingt-quatrième au Canada et le deuxième au Québec à avoir obtenu ce titre, qui l’autorise à donner des cours à des apprentis powersellers. «Je rêve de monter une grosse équipe de vendeurs professionnels sur eBay. De cette façon, je pourrai prendre des vacances de temps en temps!»
Éric Garant n’a pas davantage l’intention de lâcher prise. Il travaille avec sa conjointe et les affaires roulent rondement. «Pour percer sur eBay, il faut être honnête, rigoureux, avoir confiance en soi, bien connaître sa marchandise. J’ai semé de bonnes graines il y a sept ans et aujourd’hui, je récolte!»
Enchères et en os
Un péril nommé eBay

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