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  [Marché du travail]

Enchaîné à eBay?
Cela dit, si vous pensez que les powersellers regardent monter les enchères les deux pieds sur le pouf et empochent leur chèque sans trop d’effort, vous vous trompez. «Ce n’est pas de l’argent facile, témoigne Elaine Serafini. Il y a des tas de choses à maîtriser : par exemple, les frais de douanes pour l’envoi de produits partout dans le monde, les outils informatiques et technologiques, les règles de communication avec les clients.»

Apprendre à mettre ses produits en valeur est aussi un défi de taille. «L’emplacement de l’article sur le site, sa description, la qualité de la photo font toute la différence, insiste Éric Garant. Je rachète souvent des produits mal positionnés sur eBay et je les revends le double en les présentant mieux!»

Toute cette paperasse exige au minimum une cinquantaine d’heures de travail par semaine, confirment les trois vendeurs interviewés. «Je ne prends pas de vacances, et rarement de congés», affirme Sylvain Carrier, un powerseller de 22 ans dont les ventes de pièces automobiles atteignent 25 000 $ américains par mois. «Quand je m’absente, je perds des milliers de dollars de ventes. Alors je prie pour ne pas tomber malade!» Pour sa part, Elaine Serafini se lève parfois la nuit pour prendre ses courriels. «Et je ne me déplace jamais sans mon ordinateur portatif et mon Blackberry.»

Bref, un rythme de vie décoiffant. Ce qui ne surprend guère Daniel Memmi, professeur d’informatique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), spécialiste des réseaux sociaux. «Tout le risque repose sur un individu, contrairement au modèle classique d’entreprise, où ce risque est mis en commun. Les gens acceptent de plus en plus de porter seuls ce fardeau en échange d’une certaine liberté d’action.» Hafedh Mili, également professeur d’informatique à l’UQAM et responsable du Laboratoire de recherche sur les technologies du commerce électronique, ne voit pas d’un bon oil l’émergence de ce type d’emploi. «Le poste garanti et stable dans une entreprise fiable est en voie de disparition. À la place, on voit apparaître des emplois à risque très élevé, comme la vente sur eBay, où l’individu ne contrôle pratiquement aucun paramètre.»

C’est sans compter la dimension humaine des relations de commerce qui en prend pour son rhume. «Ça me déprime quand je pense à ce nouveau modèle de travail, où les rapports sociaux se bornent souvent à des interventions ponctuelles, anonymes et superficielles entre individus qui ne se rencontrent jamais», affirme Hafedh Mili. Pour sa part, Elaine Serafini a tout de même réussi à faire d’eBay un terrain fertile pour l’amitié. «Je me suis fait des amis partout au Canada. On se visite à l’occasion. Par ailleurs, on trouve plusieurs forums de discussion sur eBay. Les utilisateurs s’entraident et échangent sur toutes sortes de sujets.»

Le gros lot, quoi.




  • Enchères et en os
  • Un péril nommé eBay



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