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[Formation | Emploi]
Le vent tourne?
De l'avis de tous les spécialistes consultés par le Magazine Jobboom, les conséquences de l'éclatement de la bulle n'ont pas été que néfastes. «Cela a permis de faire le ménage dans de nombreuses entreprises qui s'improvisaient dans un domaine qu'elles ne maîtrisaient pas forcément, croit Philippe Leroux. Elle a sensibilisé les directions d'entreprises aux enjeux d'affaires liés à l'informatique et rendu le marché beaucoup plus mûr.»
Internet a rempli ses promesses, selon Alexandre Taillefer, quand on observe les géants que sont devenus les sites Amazon, eBay et Google. «Même s'il y a moins d'élus qu'on avait espéré, ceux qui restent brassent de vraies affaires», soutient-il.
Et l'avenir s'annonce moins sombre. Selon le Profil statistique des TIC qu'Industrie Canada publiait en avril dernier, l'activité économique s'est accélérée dans ce secteur en 2004, alors que leur contribution au PIB augmentait de 4,1 % (contre 2,2 % en 2003).
Autre bonne nouvelle : le Conference Board du Canada annonçait au printemps que «l'industrie de la fabrication des ordinateurs et des produits électroniques est redevenue rentable l'an dernier, après trois années de pertes». L'organisme s'attend à une nouvelle année lucrative en 2005.
Mais il faut encore faire preuve de prudence, selon l'organisme de recherche économique. Dans un rapport intitulé Industrial Outlook: Canada's Information Technology and Communications Industry, publié en mars 2005, le Conference Board du Canada confirme que la production de l'industrie canadienne des TIC serait parvenue cette année aux sommets atteints en 2000. Toutefois, les économistes mettent quelques bémols. «Les profits n'ont été que de 3 milliards de dollars, bien en deçà de leur niveau record de 5,2 milliards en 2000», analysent-ils. Bref, les carnets de commandes des entreprises se remplissent à nouveau, mais ils ne génèrent plus autant d'argent qu'avant. Le Conference Board du Canada prévient aussi que la croissance de la production et des revenus devrait ralentir au cours de 2005. Les profits pourraient augmenter encore de 10 % l'an prochain et ralentir ensuite entre 2007 et 2009.
Au Centre d'étude sur l'emploi et la technologie (CETECH), on prévoit que l'emploi dans le secteur de l'informatique - au même titre que la santé ou l'éducation - devrait montrer des taux de croissance élevés dans le futur, lit-on dans Les travailleurs hautement qualifiés au Québec - Portrait dynamique du marché du travail, un document publié en 2004. Ces prévisions doivent cependant être accueillies avec circonspection, ajoutent les auteurs.
Plus optimiste, Éric Lacroix du CEFRIO mentionne que «l'emploi dans les TIC est revenu aujourd'hui au même niveau qu'au cours des belles années». Le secteur des TIC, qui représentait quelque 107 000 emplois en 2001, en compterait aujourd'hui près de 104 000, corrobore Jean-François Dumais, de TECHNOCompétences.
On prévoit que l'emploi dans le secteur de l'informatique devrait montrer des taux de croissance élevés dans le futur.
La menace indienne
Après le textile ou l'industrie manufacturière, certains craignent que les services informatiques soient aussi entraînés dans le cycle des délocalisations. L'un des sous-secteurs les plus susceptibles d'en pâtir est celui des services et de la conception de systèmes informatiques. En effet, les fabricants d'ordinateurs et les grandes entreprises de services informatiques doivent déjà composer avec des coûts de production plus bas dans les pays en développement. L'Inde, par exemple, offre de bonnes perspectives pour la délocalisation des tâches de programmation.
Le phénomène est encore marginal au Canada, nous rassurent les experts. Mais aux États-Unis, on s'inquiète drôlement. Si certains Américains croient que l'impartition n'affecte qu'une infime part des dépenses de leurs sociétés dans les TIC, d'autres craignent que l'industrie y perde des plumes. C'est notamment le cas de WashTech, un regroupement de travailleurs américains dans le secteur des TIC, selon qui la délocalisation aurait déjà coûté près de 200 000 emplois aux États-Unis. La situation est telle que le Congrès américain vient de commander une étude à ce sujet.
Même ici, «il ne faut pas sous-estimer la menace indienne, dit Éric Lacroix. [Les Indiens] ont d'excellentes pratiques dans le domaine du développement de logiciel, sans parler de leurs coûts de production. Que les lignes de code, celles qui composent tous les programmes informatiques, soient produites en Inde ou au Québec, elles demeurent les mêmes. Il y a donc certaines activités informatiques qui se prêtent bien à la programmation extraterritoriale, mais il y en a d'autres où il est toujours mieux d'être à proximité de son client, notamment sur le plan des services.»
Selon Philippe Leroux, ce phénomène «démontre que l'informatique est aujourd'hui arrivée à maturité», car elle fait face maintenant aux mêmes défis que toutes les industries prêtes à la production de masse. Pour tirer notre épingle du jeu, «il faudra donc développer des services haut de gamme, basés sur la valeur ajoutée et la proximité des clients. Si on compare avec le textile, il y a Wal-Mart qui fait tout fabriquer en Chine, mais ça n'empêche pas quelques designers québécois de faire de l'argent», renchérit-il.
Il faut d'ailleurs que l'industrie québécoise des TIC fasse preuve de créativité à tous points de vue pour prendre sa place «sur la map», croient les spécialistes. Il reste encore de nombreux défis à relever, dont celui de la concurrence asiatique. Des initiatives sont déjà en branle, comme la création d'une grappe des TIC, orchestrée par Montréal International, afin d'accentuer le réseautage quasi inexistant entre tous les joueurs des secteurs privé, public et parapublic. La balle est maintenant dans leur camp.
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