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[Formation | Emploi]
Les États-Unis protègent leurs jobs
Nos voisins du Sud partent en guerre contre la délocalisation de leurs emplois. Les premiers touchés? Les centres de relation client en Inde. et au Canada!
Il y a quelques années, les prestataires de l’aide sociale du New Jersey qui téléphonaient au centre de relation client (CRC) de leur gouvernement se faisaient répondre par. quelqu’un en Inde! Ce n’est plus le cas : depuis quelques mois, une loi oblige le gouvernement du New Jersey à accorder ses contrats de CRC à des entreprises établies aux États-Unis.
En fait, «depuis 2003, pas moins de 47 États ont proposé des projets de loi pour contrer la délocalisation de leurs emplois», révèle Christian Trudeau, étudiant au doctorat en économie à la Chaire d’études politiques et économiques américaines de l’Université de Montréal. On trouve un peu de tout dans ces mesures législatives : certaines obligeraient les agents des CRC à dévoiler rapidement le nom du pays où ils se trouvent ou à mettre le client en communication avec quelqu’un aux États-Unis s’il en fait la demande, tandis que d’autres restreindraient la diffusion à l’étranger des renseignements de nature médicale ou financière ou favoriseraient, lors des appels d’offres publics, les compagnies dont le CRC est implanté en sol yankee.
À l’heure de la globalisation et du libre-échange, ces projets de loi sont-ils légaux? La dizaine de lois votées seront sûrement contestées devant les tribunaux de l’Accord de libre-échange nord-américain ou de l’Organisation mondiale du commerce, par les pays victimes de ces pratiques protectionnistes. «On sait que les États n’ont pas le droit de légiférer sur le commerce international, parce que c’est de compétence fédérale, et que l’État fédéral lui-même ne doit pas trop entraver le commerce. Mais on ne sait pas pour autant ce que vont dire les juges», explique Christian Trudeau.
En attendant, toute cette histoire préoccupe fort Monica Root, présidente du chapitre canadien de l’American Teleservices Association, un groupe de promotion des CRC. «Je comprends qu’un gouvernement préfère engager des compagnies nationales, mais je crains que ces lois ne finissent par s’appliquer aussi aux contrats signés entre deux entreprises privées.»
Pour éviter ce scénario, dit-elle, «il faut rappeler aux politiciens la longue tradition d’échanges commerciaux entre nos deux pays». D’autres suggèrent de défendre l’Amérique du Nord comme un tout face aux concurrents de l’Asie. Sur ce plan, le Canada a une longueur d’avance. «La délocalisation des emplois américains au profit du Canada est perçue comme moins injuste par les citoyens des États-Unis parce que les salaires des deux pays sont équivalents», dit Christian Trudeau.
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