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[Reportage photo]
Henri Henri, chapelier
André Lefebvre, propriétaire depuis 1978 . Ouvert depuis 1932 . 189, rue Sainte-Catherine Est, Montréal
André Lefebvre, chapelier, a la tête de l’emploi. Vêtu d’un complet trois pièces à fines rayures, une montre à chaînette dans la poche de sa veste, le propriétaire d’Henri Henri correspond exactement à l’image que l’on se fait d’un spécialiste du couvre-chef masculin. Rue Sainte-Catherine Est, en plein coeur du red light montréalais, l’enseigne vieillotte de sa boutique détonne au milieu d’une mer de néons aguichants. Des armoires en acajou massif aux présentoirs vitrés en passant par la caisse enregistreuse antique, l’intérieur dégage un charme on ne peut plus suranné. Pourtant, l’endroit a changé plus qu’il n’y paraît.
Assis dans un étroit bureau surplombant son temple du chapeau, le patron explique comment il a effectué une subtile modernisation pour éviter de disparaître comme la vingtaine d’autres chapeliers qui jalonnaient jadis la Catherine. «Quand je suis devenu propriétaire, en 1978, la clientèle était vieillissante et j’ai voulu la rajeunir», raconte celui qui a succédé à son père, qui avait lui-même acquis la boutique en 1970 après l’avoir gérée pour le compte d’Hosarius Henri pendant 38 ans.
Exit les trois fauteuils et les cendriers qui trônaient au centre de l’établissement et qui plaisaient aux clients en quête de conversation plutôt que d’un melon. «Personne n’a de temps pour ça aujourd’hui. Les temps changent, il faut s’adapter.» Le chapelier a aussi quadruplé ses stocks. Des chapeaux de fourrure, des modèles sport, des casquettes et même (ultime modernité) une petite sélection de chapeaux pour femmes se sont ajoutés aux classiques en feutre et en paille.
Résultat : les affaires vont mieux que jamais pour le plus grand et plus vieux spécialiste du chapeau au Canada. «Aujourd’hui, la moitié de notre clientèle a moins de 40 ans. Les jeunes achètent beaucoup de casquettes, mais on leur vend aussi des chapeaux de style Al Capone ou Blues Brothers pour des occasions comme leur bal de fin d’études.»
Pour ceux qu’une telle popularité étonne, l’apôtre du canotier en rajoute. «Il n’y a rien de rétro dans le chapeau. C’est un accessoire nécessaire, autant pour se protéger du froid l’hiver que du soleil l’été. En plus, ça complète une tenue avec style. Rien de pire qu’un homme de 40 ans avec une tuque. C’est bon pour pelleter, c’est tout!»
Messieurs, tenez-vous-le pour dit.
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