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  [Reportage photo]
Marchands d’hier
Pas tuable!

Recherche et rédaction : Corinne Fréchette-Lessard
Photos : Nathalie St-Pierre

On les dirait issues d'un roman de Michel Tremblay ou d'un vieux film. Vestiges d'une époque révolue, les boutiques vieillottes qui parsèment encore Montréal ont le charme fou du temps où les commerçants appelaient leurs clients Ti-Paul ou madame Chose. Aujourd'hui, la modernité resserre impitoyablement son étau sur elles : grandes surfaces et centres commerciaux finiront tôt ou tard par avaler ces temples de la nostalgie. Elles ont la vie dure, mais pour combien de temps? Au moins celui de ce reportage.

Di Lalla, snack-bar
Georgette et Gilles Roch, propriétaires depuis 1970 . Ouvert depuis 1965 . 345, rue Villeray, Montréal

Chez Di Lalla, Georgette Roch manie friteuse, plaque chauffante et steamer comme un jongleur du Cirque du Soleil. Tout en papotant avec sa clientèle, elle prend les commandes, sert ses burgers, fait du café et frotte quelques assiettes. Ses gestes, mille fois répétés, sont à la fois fluides et machinaux. Normal, compte tenu de ses 35 années d’expérience.

Pourtant, la patronne n’a pas toujours fait preuve d’autant d’assurance. Quand son mari, Gilles, a acheté le restaurant, en 1970, elle a mis un mois avant de se risquer derrière le long comptoir. «Dans ce temps-là, il n’y avait pas de chaînes de restauration rapide, seulement des petits restaurants de coins de rues, comme ici. Alors ça roulait et c’était stressant», raconte-t-elle. Surtout pendant les années 1970, alors que les Expos jouaient au parc Jarry, au bout de la rue, et que les employés des manufactures de la rue Saint-Laurent venaient se ravitailler le midi.

Au fil des ans, la cadence a passablement ralenti. Dans les années 1980, le resto a connu une période creuse. «Il y a eu la phase grano où manger du gras était mal vu, se souvient la propriétaire. Ensuite il y a eu la récession des années 1990. Mais maintenant, ça remonte tranquillement.»

Cette reprise, Georgette Roch l’attribue à la revitalisation du quartier. Les jeunes professionnels et les petites familles, installés en masse dans Villeray depuis une dizaine d’années, apprécient l’authenticité de Di Lalla.

Parce que le snack-bar, avec sa rangée de tabourets de cuir rouge et sa vitrine qui annonce en lettres délavées les «steamed hot dogs à la vapeur», est demeuré pratiquement inchangé depuis son ouverture. Le menu s’est allongé un peu et comprend aujourd’hui des sandwichs, des rondelles d’oignons et de la poutine, «même si mon mari trouvait ses frites trop bonnes pour être gaspillées avec de la sauce et du fromage!» s’exclame la patronne en rigolant. Mais elle fait toujours ses burgers de la même façon, avec de la viande fraîche, sans faire de boulettes et sans y ajouter de céréales. «Les gens viennent ici parce que c’est bon, résume simplement Georgette Roch, et parce qu’ils savent que je sers de la vraie viande et des vraies patates!»




 
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