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La fin de la recherche fondamentale?

Les liens qu’entretiennent les universités avec les entreprises ont beau être plus étroits qu’auparavant, la recherche fondamentale, celle qui n’aspire qu’à l’avancement de la science sans visée pratique ou commerciale, n’est pas en train d’agoniser.

La plupart des universitaires consultés ne croient pas au triomphe de la recherche appliquée, menée dans un but bien déterminé et souvent mercantile. «C’est un faux débat, dit Sinh LeQuoc, directeur scientifique à l’Institut national de la recherche scientifique. La recherche appliquée va de pair avec la recherche fondamentale. La théorie alimente la pratique.»

«D’ailleurs, c’est souvent en faisant de la recherche appliquée qu’on repense des théories, affirme Pierre-André Julien, titulaire de la Chaire de recherche Bell pour des PME de classe mondiale. En menant des expériences en entreprise, on se rend compte que tel concept ne tient pas la route une fois confronté à la réalité. Ça nous oblige à redéfinir la recherche fondamentale.»

Alain Bergeron, secrétaire général au Conseil de la science et de la technologie, ne croit pas non plus qu’on puisse tracer une frontière entre recherche fondamentale et appliquée. «Le chercheur en nanotechnologie ne sait pas encore à quoi son travail sur les molécules va servir. Mais dans cinq ans, on y trouvera peut-être cent applications pratiques. Fait-il de la recherche fondamentale ou appliquée?»

Par contre, l’ancien recteur de l’UQAM Claude Corbo admet que l’université subit de la pression de la part des gouvernements et des entreprises pour orienter les thèmes généraux de recherche. Par exemple, les organismes subventionnaires ont une certaine influence en rendant disponible une part des fonds publics pour la recherche sur des sujets déjà déterminés.

«L’université doit se battre en ce moment pour préserver un espace à l’intérieur duquel elle peut fouiller des domaines qui ne correspondent pas nécessairement aux impératifs du public et du privé, insiste Claude Corbo. C’est là que réside son défi. Certes, c’est du capital de risque. Mais elle doit convaincre la société des avantages découlant des recherches qui tâtonnent aux frontières de la connaissance, sans but utile à court terme.

«Des théories élaborées gratuitement par des universitaires excentriques obsédés par leur dada intellectuel ont mené, cent ans plus tard, à des applications pratiques fort utiles, poursuit Claude Corbo. La recherche spatiale dans les années 1960, dans laquelle les États-Unis ont englouti des sommes considérables, a donné naissance au velcro et à la miniaturisation des composantes électroniques, ce qui permet aujourd’hui d’avoir des cellulaires gros comme des paquets de cigarettes. C’est donc dans l’intérêt de la société de laisser les chercheurs exploiter librement le savoir.» (M.-H. P.)


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