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[Mode de vie]
La bière made in Québec
Tu me fais tourner la tête
par Marie-Lyse Paquin
Depuis la première brasserie des Jésuites à Sillery jusqu’à l’explosion récente des microbrasseries, la boisson nationale a plutôt bien vieilli. Les Québécois sont enfin entrés dans l’ère des bières de dégustation, mais n’ont pas divorcé pour autant avec Molson ou Labatt. Savons-nous péter de la broue?
Il y a près de 20 ans, Laura Urtnowski, aujourd’hui présidente des Brasseurs du Nord, lavait des bouteilles à l’eau de Javel dans la baignoire de son appartement afin d’offrir des bières artisanales à ses amis. Quelques années plus tard, en 1988, le lancement de sa bière, la Boréale rousse, causait de vives réactions. «C’était la première bière de couleur commercialisée au Québec, raconte-t-elle. On a entendu toutes sortes de commentaires à son sujet : parce qu’elle était rousse, plusieurs pensaient qu’elle était périmée! Mais depuis, les connaissances des Québécois sur la bière se sont beaucoup développées», lance la femme d’affaires, qui est également présidente de l’Association des microbrasseries du Québec.
Aujourd’hui, les étiquettes des bières de fabrication industrielle telles Molson et Labatt sont noyées dans la multitude de produits qui garnissent les étagères des dépanneurs et des épiceries. Il faut dire que le marché de la bière est effervescent au Québec : les microbrasseries, des PME généralement lancées par d’audacieux alchimistes, offrent désormais une grande variété de cervoises. Outre les Brasseurs du Nord, les principales microbrasseries québécoises sont les Brasseries McAuslan, notamment brasseurs des bières St-Ambroise et Griffon; Unibroue, qui a récemment été achetée par le brasseur ontarien Sleeman et qui confectionne entre autres la Maudite, la 1837, la Blanche de Chambly, l’Éphémère et La Fin du monde; et les Brasseurs R.J., issus de la fusion de trois microbrasseries (les Brasseurs GMT, la Brasserie du Cheval Blanc et les Brasseurs de l’Anse), qui commercialisent notamment la Belle Gueule, la Tremblay et les bières Cheval Blanc.
À plus petite échelle, une vingtaine d’établissements — restaurants ou bistros-brasseries — brassent de la bière artisanale qu’on ne trouve pas dans les commerces d’alimentation. Parmi les bistros-brasseries les plus connus, citons l’Inox et Barberie à Québec, le Bilboquet de Saint-Hyacinthe, de même que le Cheval Blanc, le Dieu du Ciel! et l’Amère à boire à Montréal. Tenus par des passionnés qui n’hésitent pas à concocter des mélanges étonnants en petites cuves, ces établissements sont souvent bondés. Pourtant, les ventes de ces brasseries artisanales qui n’embouteillent pas leur production ne représentent que 0,3 % de la consommation québécoise de houblon, selon le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ).
Au total, la part de marché des microbrasseries québécoises se limite à 4 %, une proportion qui risque de stagner «parce que les bières au goût typé ne plaisent pas à la majorité», explique Luc Vallée, analyste au MAPAQ. La plus vaste portion du marché de la bière au Québec est toujours occupée par les grands brasseurs québécois (85 %) de même que par les brasseurs étrangers ou canadiens (10 %), dont la part de marché ne cesse d’augmenter depuis 10 ans.
«Plusieurs consommateurs préfèrent s’afficher avec une heineken à la main plutôt qu’avec une molson.»
— Luc Vallée, analyste, MAPAQ
En fait, par de judicieux partenariats, Molson, Labatt et Sleeman commercialisent maintenant une vaste gamme de bières importées. «Avec la mondialisation des marchés, nous avons l’avantage de puiser dans une grande variété de marques et d’offrir plusieurs choix aux consommateurs», explique Paul Wilson, vice-président aux affaires corporatives chez Labatt. Partenaire du groupe international Inbev (l’un des plus grands brasseurs au monde), Labatt importe des bières de spécialité telles que la Guinness, la Hooegaarden et la Leffe. La Heineken, par ailleurs, est quant à elle importée par la brasserie Molson.
Plus ouverts que jamais sur les goûts du monde, il semble que les Québécois embrassent volontiers les goulots de bières étrangères. «Bon nombre de bières importées n’ont pas nécessairement meilleur goût, mais depuis quelque temps, un important groupe de consommateurs préfèrent s’afficher avec une Heineken à la main plutôt qu’avec une Molson», commente Luc Vallée du MAPAQ.
Tu me fais tourner la tête
Minivocabulaire pour néophytes

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