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  [Marché du travail]

Avoir du PIF
La pièce maîtresse de cette nouvelle façon de faire en éducation est ce qu’on appelle le Plan individualisé de formation (PIF). Derrière le PIF se cache une toute nouvelle façon de permettre aux Québécois de trouver leur voie, et ce, par la découverte de leurs champs d’intérêt, de leurs aptitudes et de leurs capacités.

En plus de faire réfléchir les élèves sur les différents métiers et professions, cette démarche leur permet d’acquérir des compétences en matière de prise de décision et d’autonomie. Ces compétences, comme celle de planifier son temps ou son budget personnel, sont dites «transversales».

À la polyvalente de Disraeli, en Estrie, les PIF tournent plutôt autour de l’économie locale, qui est orientée vers l’industrie du meuble. L’un des projets avait pour but la mise sur pied d’une petite manufacture d’objets de bois. Ainsi, une partie du cours de mathématiques consistait à réaliser une étude pour savoir quels objets auraient la cote auprès du marché ciblé : dans ce cas, le personnel de la polyvalente, les élèves, les parents et les amis.

«Le rôle de la polyvalente de Disraeli n’est pas de conseiller aux jeunes de se diriger vers des secteurs qui manquent de main-d’ouvre», précise Marcelle Gingras, professeure au Département d’orientation professionnelle de l’Université de Sherbrooke et spécialiste de l’école orientante. «Cependant, la gestion du projet d’une petite manufacture a pu aider les jeunes à voir des cas d’application concrète de tout ce qu’ils apprenaient en classe.» Le fabricant de meubles Shermag, qui a une usine dans cette petite communauté, a pris part au projet. Comme d’autres des environs, cette entreprise a dépêché un conférencier à la polyvalente pour conseiller les élèves dans l’élaboration de leurs projets, la gestion d’une chaîne de production, etc.

«Quarante pour cent des élèves qui sont indécis quant à leur choix de carrière à la fin du secondaire, c’est une tendance lourde qui ne se renverse pas facilement.»
- Michel turcotte, président, Occoppq
L’école orientante pourrait-elle permettre aux secteurs en manque de main-d’ouvre d’attirer des jeunes dans leur milieu? Oui et non. La polyvalente de Disraeli faisait déjà dans l’école orientante trois ans avant que le MELS commence à promouvoir le concept en 1997, soit avant même que la pénurie de main-d’ouvre ne devienne d’actualité. Déjà, en 1994, l’école lançait ses premiers programmes d’alternance travail-études, visant à prévenir le décrochage scolaire. «La polyvalente de Disraeli est située dans un petit centre où les perspectives d’emploi sont à l’extérieur de la municipalité. L’idéal type du rôle joué par l’entreprise, c’est d’accueillir l’élève qui est sur le point de faire son choix de carrière pour un stage d’un jour, explique Carol St-Laurent, responsable du projet de l’école orientante dans cet établissement d’enseignement.

Des rôles à revoir
Dans le concept d’école orientante, des matières entre lesquelles on ne pouvait pas établir de lien semblent maintenant des partenaires de choix. «Le professeur d’histoire est certainement mieux placé que le professeur de sciences pour expliquer l’impact historique de la bombe à neutrons dans un cours de sciences», illustre Marcelle Gingras.

Le rôle du conseiller d’orientation est aussi appelé à changer au cours des prochaines années. «À ce sujet, l’exemple de Shermag est frappant, poursuit Marcelle Gingras. Les conférenciers provenant d’entreprises comme celle-ci n’ont pas la capacité de vulgarisation d’un professeur. Un conseiller d’orientation devra expliquer à ces acteurs comment enseigner leur savoir de manière structurée. Le responsable de chaîne de montage venant à l’école n’est pas là pour veiller à la bonne marche du projet de minimanufacture de l’école : il est là pour expliquer comment cette dernière fonctionne à des jeunes qui ne connaissent rien d’une usine.»

Selon Michel Turcotte, il faudra du temps avant que le concept d’école orientante ne soit complètement rodé et fonctionnel. «Quarante pour cent des élèves qui sont indécis quant à leur choix de carrière à la fin du secondaire, c’est une tendance lourde qui ne se renverse pas facilement. L’indécision relative au choix de carrière reste tout de même un problème permanent, que les conseillers d’orientation n’auront pas le choix de gérer.»




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