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[Mot de la rédaction]
C’est de l’ouvrage
Septembre. Bien que l’été se termine et que la nature s’engourdisse peu à peu, c’est le mois de l’année où tout semble vouloir aussi se remettre à bouger. Enfants et étudiants retournent à leurs affaires, chargés de nouveaux défis. Les travailleurs aussi. Dans les entreprises, ça bourdonne. Les projets abondent, les équipes se renouvellent et s’organisent. Le rythme tranquillement s’intensifie, les rushes reprennent leurs aises, enterrant du coup la langueur de nos vacances estivales.
Il faut savoir partir pour mieux revenir, dit-on. En effet, un peu de recul ne nuit jamais à qui se regarde dans un miroir. Ainsi, plusieurs travailleurs auront profité de leurs vacances pour réfléchir sur leur vie et leur travail. Suis-je à la bonne place? Ce boulot me satisfait-il? Mon potentiel est-il utilisé à sa juste valeur? Suis-je assez bien rémunéré? Et si je voulais faire autre chose, qu’est-ce que ce serait?
Ces questions légitimes auront peut-être trouvé une réponse, peut-être pas, car rien n’est simple, ni noir ni blanc quand il s’agit de prendre sa place en société et de gagner décemment sa croûte. L’important, cependant, c’est que ces questions aient été posées et que des réflexions aient été semées.
Ainsi, tous les travailleurs se remettent un jour ou l’autre en question. Certains font même de ce questionnement leur pain quotidien. Leur occupation? Artiste. Ou plus précisément peintre, musicien, danseur, comédien, acrobate, écrivain, sculpteur, etc. Ils s’interrogent tous sur l’essence, l’utilité et la qualité de leur labeur qui ne donne pas toujours de résultats instantanés. Souvent sans patron, sans titre officiel et sans carte professionnelle, ils ont des horaires bizarres, un emploi du temps mystérieux et des finances parfois chaotiques. Aux yeux du commun des travailleurs (probablement un brin envieux), ils semblent vivre d’inspiration, de liberté, d’aide sociale ou de subventions chèrement payées par les contribuables.
Et pourtant. Quand on pénètre dans leurs coulisses et qu’on demande à ces marginaux de l’emploi s’ils travaillent, ils jurent que l’art, c’est un job, et pas le plus facile qui soit.
On clame sur les toits que le Québec ne serait pas ce qu’il est sans ses nombreux entrepreneurs qui font rouler l’économie, multiplient les emplois et améliorent notre qualité de vie. Il en va sûrement de même pour les artistes qui nourrissent la société d’originalité, de rêverie et de beauté. Et c’est aussi bien souvent grâce à eux qu’on arrive à s’évader un peu de notre «métro-boulot-dodo» tant valorisé.
Si ça, ce n’est pas de l’ouvrage, c’est à se demander ce que c’est.
Annick Poitras
Rédactrice en chef
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